
The Fountain a commencé à prendre forme en 2007 lorsque McCulloch s’est mis à travailler sur quelques nouvelles idées avec trois musiciens londoniens. “Je me disais qu’il fallait que [Will Sergeant et moi] fassions les choses différemment, mais ça sonnait toujours comme les Bunnymen,” dit-il. “On était arrivé à faire Think I Need It Too et Forgotten Fields et j’ai pensé qu’il fallait que tout l’album sonne comme ça.’”
L’album a été élaboré au cours de l’année suivante, Mac et Will travaillant ensemble à Liverpool dans les studios Parr Street, appartenant à leur management.
Mac : “Ces dernières années ont été des périodes de pré et post renaissance et, grâce à cet album et ces chansons ainsi qu’aux concerts Ocean Rain, les Bunnymen se sentent plus importants que jamais."
Quelque part au Nord de Londres, par une douce soirée de printemps, Ian McCulloch, leader des Bunnymen érigé au rang d’icone et réputé pour son ironie cinglante évoque The Idolness Of Gods, une bouleversante ballade qui s’impose comme l’un des titres phares de The Fountain. “Je ne peux pas m’imaginer quelqu’un d’autre chantant ce morceau,” déclare-t’il avec son fameux accent de Liverpool. “C’est une chanson magnifique, pure, très forte, vraiment forte. Je n’ai jamais rien entendu d’aussi poétique sur cette douleur à l’intérieur, sur la vie quand on vieillit.”
Avec sa fameuse chevelure en bataille et ses incontournables lunettes noires, Ian McCulloch marque une petite pause avant d’ajouter en souriant : “C’est une chanson qui met l’âme à nue, c’est une manière de se dénuder et de partager,”. “De telles considérations méritent bien une petite clope.”
Aujourd’hui, ‘Mac’ a plein de bonnes raisons d’être d’excellente humeur. 2008 a en effet été une année couronnée de succès pour Echo & The Bunnymen, le groupe qu’il a formé à Liverpool en 1978 avec Will Sergeant, son camarade et guitariste, fan d’Iggy, du Velvet et de Bowie s’il en est. En septembre 2008, les Bunnymen ont été invités à interpréter au Royal Albert Hall leur chef d’œuvre de rock orchestral de 1985 intitulé Ocean Rain (et célèbre pour avoir été présenté par Mac à sa sortie comme “le meilleur album jamais réalisé”), avant d’enchaîner dans la foulée sur d’autres concerts à guichets fermés au Radio City Music Hall de New York ainsi que dans le nouveau gigantesque stade de leur ville natale. Les critiques n’ont pas tari d’éloges sur ces concerts, usant et abusant d’adjectifs comme “euphorique” et “transcendantal”, tout en soulignant le romantisme et la grandeur de chansons telles que The Killing Moon, Silver et Seven Seas que le temps n’a pas estompé. “Il y avait à ces concerts une magie comme seuls les Bunnymen sont capables de créer,” poursuit Mac. “C’était incroyable !”
De retour à Londres en avril dernier, le groupe a fait une apparition au Koko comme tête d’affiche du Camden Crawl annuel laissant des centaines de personnes sur le trottoir, avant de s’envoler pour New York au cours de l’été pour participer au festival “All Points West” au Liberty State Park de New Jersey aux côtés de Coldplay, MGMT, The Fleet Foxes, Artic Monkeys et autres Beastie Boys.
Que les Bunnymen soient aujourd’hui devenus des ‘légendes’, dont l’extraordinaire héritage musical a inspiré une myriade de musiciens du 21ème siècle de Coldplay, The Killers et Glasvegas aux Red Hot Chili Peppers, Courtney Love, Flaming Lips et Perry Farrell, ne fait pas l’ombre d’un doute.
Tout cela nous amène donc à The Fountain, un album plein de fougue et truffé d’hymnes rock (Think I Need It Too, Do You Know Who I Am, Everlasting) et de titres pop à la Bowie (Proxy, Shroud Of Turin), autour d’une superbe et bouleversante ballade (The Idolness Of Gods).
“Siberia a eu une excellente presse, surtout en Amérique,” explique Mac. “Mais ce n’était pas non plus un disque exceptionnel. Celui-ci a vraiment été intéressant à réaliser – ne serait-ce que parce que les Bunnymen étaient de nouveau devenus intéressants, ce que je trouvais plutôt excitant en fait. J’ai retrouvé ma hargne – d’aucuns diront mes ‘névroses”, mais je préfère l’envisager comme une forme de hargne.”
The Fountain a commencé à prendre forme en 2007 lorsque McCulloch s’est mis à travailler sur quelques nouvelles idées avec trois musiciens londoniens. “Je me disais qu’il fallait que [Will Sergeant et moi] fassions les choses différemment, mais ça sonnait toujours comme les Bunnymen,” dit-il. “On était arrivé à faire Think I Need It Too et Forgotten Fields et j’ai pensé qu’il fallait que tout l’album sonne comme ça.’”
L’album a été élaboré au cours de l’année suivante, Mac et Will travaillant ensemble à Liverpool dans les studios Parr Street, appartenant à leur management.
Mac : “Ces dernières années ont été des périodes de pré et post renaissance et, grâce à cet album et ces chansons ainsi qu’aux concerts Ocean Rain, les Bunnymen se sentent plus importants que jamais.”
Et de souligner la mise à nue cathartique de The Idolness Of Gods et les mots de Do You Know Who I Am (sais-tu qui je suis). “‘C’est le genre de phrase qu’on n’ose jamais prononcer,” dit-il songeur. “C’est très ironique, mais tout au long de l’album je dis que je sais exactement qui je suis. J’ai bien envie d’insister là-dessus une fois encore. Maintenant je sais où je veux en venir. Disons que… si j’étais un acteur, je serai comme Jack Nicholson ou De Niro qui savent parfaitement ce qu’ils font. Même si j’aimerais choisir mieux mes rôles que De Niro…
“Je crois que les concerts que nous avons donnés ont contribué à renforcer notre assurance,” ajoute-t’il. “Je ne m’assagis pas. Sur scène, je me sens dans mon élément naturel. Je ne regarde pas le public de haut, même si c’est ce qui se passe physiquement. J’adore ça, tout en me demandant en même temps quel sens cela peut-il bien avoir ?”
Le splendide et espiègle Shroud Of Turin, constitue l’un de moments forts de l’album où Mac se retrouve face-à-face avec le Christ.
“Cette chanson est une sorte de conversation avec Jésus,” déclare Mac. “C’est ironique, mais c’est aussi une autre forme de prière. C’est parti d’un concert à Rimini dans un club - qui, si je me souviens bien, s’appelait le ‘Transylvania’ - où j’ai vu une image sur les écrans, celle du visage du Christ. Je me suis arrêté de chanter et j’ai dit aux gens que s’ils le voulaient, ils pouvaient voir le Suaire de Turin (Shroud of Turin). En anglais la prononciation de Turin permet aussi de faire un jeu de mots avec ‘urine’. Il avait fait dans son froc sur la croix d’où ‘Ce linceul tâché d’urine à Rimini”.
Alors vous vous entendiez comment avec Jésus ? “Plutôt bien en fait ! Il y a une partie de moi qui est Belzébuth et aussi le Ian que les gens semblent préférer – le type gentil mais fragile. Mais en fait il s’agit de Mr Hyde. C’est celui qui n’est pas facile à vivre, le type pas commode qui réprime tout, c’est un cauchemar. Mais j’aime mon Dr Jekyll, impossible de l’attraper, c’est un sacré petit malin.”
Le son ample et cristallin de ce nouvel opus est signé du producteur écossais John McLaughlin, dont le palmarès surprendra peut-être certains fans des Bunnymen. “Il a travaillé avec Busted and Five, que j’adorais !” lance Mac avec un grand sourire. “Il a dit que les Bunnymen était son groupe préféré de tous les temps, mais je pense que c’est véritablement les Clash et Bruce Springsteen. Nous sommes devenus très bons amis. Je voulais accompagner les paroles d’une production imposante et solide, quelque chose de différent de Siberia. Il me fallait quelqu’un en qui je puisse avoir confiance pour obtenir un tel son – lorsqu’il m’a entendu jouer The Idolness Of Gods juste à la guitare, il s’est mis à pleurer. Il comprend ma façon d’écrire. La splendeur qui s’en dégage. Parfois en écoutant certaines paroles on se dit : ‘Merde alors !’. C’est lié à l’atmosphère évoquée dans ma manière de chanter et dans les mélodies que j’ai écrites.
“J’écris et je chante tout simplement mieux qu’avant,” ajoute-t’il. “Je veux chanter comme Sinatra à l’époque de Reprise Records. Je sais que je parle beaucoup de lui, mais il est le seul que j’ai envie de surpasser car je suis meilleur que tous les autres. Ma voix a plus de … sincérité, qui correspond bien à ces chansons. Cet album parle de quelque chose, au lieu de se contenter de faire semblant. Il parle d’avoir vécu sa vie, tout en se sentant encore comme un enfant. Je ne suis pas un auteur-compositeur comme les autres. Lorsque je suis au meilleur de moi-même, j’écris de la poésie.”
Et où se situerait The Fountain parmi la discographie des Bunnymen ?
Mac sourit. “C’est ce que nous avons fait de mieux depuis Ocean Rain…”
Pat Gilbert

