
L’année dernière, la New-Yorkaise Santogold a réalisé l’un des enregistrements les plus représentatifs de 2007, un double single : "L.E.S Artistes / Creator". D’un côté, "Creator", un cri digital ultra-moderne produit par les producteurs londoniens Switch et FreQ Nasty; d'un autre, "L.E.S Artistes", une œuvre frappante de la pop au refrain venu d’ailleurs, que NME a d’ailleurs propulsé single de la semaine. A présent, l’extraordinaire talent aux deux titres est prêt à livrer son premier album, et il s’avère que la diversité vertigineuse du maxi n’était qu'un avant-goût de l’album concocté. Le premier album éponyme de Santogold est un opus sauvagement éclectique qui ne tombe à aucun moment dans l’incohérence. L’influence de ses collaborateurs décalés et avant-gardistes (Diplo, Disco D, Sinden) se fait fortement ressentir dans des titres musicalement innovants, mêlant dub, pop, rock et électronique en un genre nouveau qui redonne tout son pouvoir à la musique pop. "Les gens sont définitivement prêts pour des sons qui ne se résument plus qu’à un seul genre musical" dit Santogold, la musicienne native de Philadelphie qui se nomme en réalité Santi White. "Je veux créer une musique qui me reflète, moi et mes influences. Mon père m’emmenait voir des concerts quand j’étais petite. J’ai vu Nina Simone et Fela Kuti avec ses 27 épouses nues sur scène; ma grande sœur jouait du Bad Brains, The Smith et du rock classique; enfin, à l’école, les gens écoutaient The Cure, U2, et Talking Heads. C’est tout cela que reflète Santogold – des influences venues de tous endroits, réunies dans ce style qui est le mien". Compositeur pour des artistes tels que Lily Allen, Res ou encore Ashlee Simpson, chanteuse dans son propre groupe Stiffed et vocaliste (elle a chanté "The Jam’s Pretty Green" sur l’album de son ami Mark Ronson), Santi White prend aujourd’hui son indépendance. Son projet solo a vu le jour quand elle retourna à New-York après avoir vécu à Philadelphie, ville ou elle perdit son père, victime d’un cancer. A cette période, son père, conseiller au maire, était suspecté de corruption par le FBI. Le titre "You’ll Find a Way" est fortement inspiré de cette période traumatisante de la vie de la chanteuse (par ailleurs, le remix de cette chanson par Switch et Sinden était la chanson préférée de Bjork pour l’année 2007). La renaissance artistique new-yorkaise de Santogold est célébrée dans les paroles de "L.E.S Artistes", bien que la chanson présente également une vision tranchante des poseurs et autres influences de la scène musicale du Lower-East Side. New-York est essentiel pour l’impulsion créative de Santogold. "Parfois, cela peut dépasser les bornes, devenir trop discordant. Si tu n’es pas à l’aise avec ça, tu ne peux pas rester ici. Par contre, si tu carbures à ça, il n’y a pas de meilleur endroit et c’est l’état dans lequel je suis actuellement". Elle vit actuellement à Bed-Stuy dans Brooklyn et peint notamment son voisinage dans la chanson "Unstoppable". "C’est un peu rude mais il y a ces maisons étonnantes où tous les artistes vivent. M.I.A vit à un pâté de maison de moi et notre ami Tyler est en bas de la rue. En même temps, il y a toujours six mecs au coin de la rue à n’importe quel moment de la journée qui te harcèlent à chaque fois que tu passes par là et te jettent un "Wow! Mate ce cul !". Il y a aussi des magasins d’alcool, des églises un peu partout et parfois des flingues … Il y a donc beaucoup à écrire la-dessus". Le principal collaborateur de Santogold sur l’album est John Hill, un producteur-compositeur qui jouait de la basse avec Stiffed. Santi White et Diplo (M.I.A, Beck, Bloc Party), qui a produit "Unstoppable" et "My Superman" (avec John Hill), avaient tant d’amis en commun qu’ils se connaissaient déjà très bien musicalement. C’est lui qui présenta ensuite Santogold à Switch. Quant au producteur Disco D (50 Cent, Trick Daddy), il travailla sur la sarcastique chanson contestataire "Shove It", transformant ce titre en une pop-song inclassable, grâce à l’insertion d’un captivant rythme hip-hop. Pourtant, ce sont les compositions entraînantes et exaltantes qui impressionnent le plus, par exemple la surprenante "I’m a Lady", que Santogold définit précisément comme "la rencontre de Johnny Cash et des Cocteau Twins – et c’est aussi du Joan Armatrading". Cette chanson – "parlant du fait d’être une femme et de refuser d’accepter ce qui lui est automatiquement pourvu en terme de comportement et de personnalité" renverse la chanson "Lady" de Fela Kuti "en se foutant complètement de la gueule des femmes occidentales et de leur comportement, ces femmes ne portant plus de jupes et répondant insolemment à leurs hommes", et présente le petit copain de Santogold Trevor ‘Trouble’ Andrew, musicien et snowboarder professionnel. "J’adore le snowboard" s’enthousiasme t-elle. "J’adore les activités physiques comme le paintball et le jet ski, j’aime la nature, la vie en extérieur et pratiquer des activités qui représentent de vrais challenges physiques". Le magnifique "Say Aha" étale les scintillantes résonances reggae produites par l’esprit créatif et indépendant de Santogold : "Avoir sa propre voie et penser par soi-même, ne laisser personne définir ce que tu es". La ligne de basse sur "Lights Out", ode aux Pixies, est une chanson au refrain pop d’une véritable pureté : aussi irrésistible que la gravité. Et puis il y a "Anne", une chanson traitant de l’addiction à la drogue, si inspirée du titre The Model du groupe Kraftwerk qu’elle ne put être achevée, le sample restant incomplet. Actuellement en cours de ré-écriture, la version bootleg devrait bientôt voir le jour sur une mixtape que Diplo et Santogold construisent en ce moment. En résumé, c’est un album extraordinaire par une artiste extraordinaire, dont les esthétiques associations culturelles se prolongent jusqu’à la mode dont elle parle aussi dans ses chansons : "les vêtements vintage, les reproductions de Gucci, les baskets et les impressions d’animaux". Pour ce qui est des concerts, Santogold est en train de préparer une formule live avec un groupe, mais pour l’instant elle se produit avec un DJ et deux magnifiques danseuses : "ils ont une vraie présence et leur look est ahurissant". Après plusieurs années à avoir été rangée dans des cases (Stiffed pataugeait à cause de l’incapacité des gens à accepter le fait qu’une femme noire puisse chanter du rock) ou à jouer les seconds rôles pour des artistes médiocres, Santogold prend aujourd’hui son indépendance. Pour tous ceux qui aiment l’originalité, la qualité et la pop moderne et innovante, 2008 sera une année en or !
"Santogold" est annoncé partout comme l'un des albums de l'année. Le phénomène Santogold (la très charismatique chanteuse Santi White et le producteur John Hill aka Johnny Rodeo) arrive en France avec un 1er album éponyme produit par Diplo, Switch, FreQ Nasty et Disco D qui mêle Electro, Rock et Dub.

