
Un peu plus de deux ans après un premier album qui dévoilait la sensibilité de son interprétation comme la finesse de son écriture, Marie Modiano publie aujourd’hui Outland.
Plus personnel, plus audacieux et encore plus abouti, le disque affirme pleinement le potentiel d’une artiste ‘apatride’ qui écrit des chansons en anglais et revendique la dimension nomade de sa musique. Une dimension présente dès le titre de l’album lui-même. Outland, désigne en effet chez les Suédois le reste du monde, tous les pays qui se situent par-delà les frontières du leur. C’est avec Peter Von Poehl que Marie Modiano a peaufiné ses nouvelles compositions. Ces deux-là, qui se sont rencontrés à Berlin lors de l’enregistrement du premier album de Marie, ont cette fois décidé de travailler en étroite collaboration.
La conception des chansons elles-mêmes a nécessité cinq mois de travail, pendant lesquels ils se sont appliqués à tracer les contours d’un paysage qui doit autant aux grands espaces qu’à l’introspection. Des climats qui racontent aussi bien le désir d’évasion que la nécessité de se construire une carapace.. Dans ses textes souvent bouleversants, Marie Modiano offre un regard empreint de sensibilité, avec un sens de l’observation aïgu. « J’avais envie de chansons à la fois profondes et légères. Sur mon premier disque, j’avais besoin de me libérer de certaines obsessions personnelles. Sur celui-ci, j’avais envie d’adopter un point de vue plus détaché. » Il en résulte des chansons à tiroirs, offrant de multiples perspectives à ceux qui les écoutent. L’ambiance souvent onirique de certains titres sonne comme un écho lointain aux personnages des deux enfants John et Pearl, dans La Nuit du chasseur, film de Charles Laughton avec Robert Mitchum, on peut aussi entrevoir dans une autre chanson la silhouette de Martin Eden, héros du roman de Jack London…Mais bien loin des références, l’écriture de Marie Modiano est avant tout particulièrement originale et personnelle.
Peter von Poehl a supervisé la réalisation du disque. L’album a été enregistré en Suède, à Göteborg au Svenska Grammofon Studion, le studio personnel de Kalle Gustafsson, bassiste de The Soundtrack of Our Lives et ingénieur du son (The Hives, José Gonzales… ) sur sa console mythique, provenant de Montreux, utilisée pour des enregistrements d’artistes comme Aretha Franklin , David Bowie ou Johnny Cash. Peter Von Poehl signe la majorité des arrangements, et fait appel à Martin Hederos, membre des groupes Hederos & Hellberg et The Soundtrack of Our Lives pour en écrire quelques-uns, en lui demandant de mettre l’accent sur une orchestration utilisant des vents (hautbois, clarinette, cor anglais). Outland nous offre des tonalités originales et souvent déroutantes. Boisé et délicat, le son du disque propose des tonalités variées. Si Drifters in the Wood ou Tighrope walkers prennent des accents country, Martin évoque le folk anglais de Donovan. Mais Outland ne se déguste pas uniquement dans des tons mélancoliques : avec sa ligne de basse sautillante et ses chœurs, Spider’s Touch a toutes les qualités d’un véritable classique de la pop, tandis que la très enlevée Butterfly Girl sonne comme une invitation au voyage. On a pu la voir se produire dans une formule en trio en première partie de Patrick Watson, Yael Naïm ou The Do cet hiver. Avec ce deuxième album, Marie s’impose définitivement en tête d’affiche.
Marie Modiano découvre très tôt des artistes qui aujourd’hui encore influencent profondément son univers musical. Elle apprend le piano. Adolescente, écrit ses premiers poèmes. Un peu plus tard, elle passe du temps dans plusieurs petites villes perdues des Etats-Unis avec un ami qui lui enseigne ses premiers rudiments de guitare.
Après avoir habité et étudié l’art dramatique à Londres, elle obtient un petit rôle au théâtre, et s’en va durant plus d’une année, pour une longue tournée dans des villes inconnues qui l’inspirent et la poussent à écrire davantage, Elle se passionne ensuite pour la langue chinoise, étudie le mandarin, et fait plusieurs longs séjours en Chine.
Elle joue également dans le premier long métrage de sa sœur Zina Modiano, « La vie privée » (sortie prévue début 2006)
A l’image de sa musique Marie Modiano a l’esprit large ; ces idées larges et cette liberté, on la ressent dans la musique de Marie et de son complice Grégoire Hetzel.
Grégoire Hetzel a étudié le piano et la composition dès son enfance. Il entre au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris à l’âge de quinze ans, et commence parallèlement sa carrière de musicien en improvisant sur des films muets à la cinémathèque, et en composant diverses pièces de concert. Puis il devient compositeur pour le cinéma. Il a également écrit un premier roman, publié en 2003 chez Gallimard.
Marie et Greg ont commencé à collaborer il y a deux ans. Leurs premières chansons sont nées d’improvisations sur des poèmes anglais de Marie, puis, très vite, ils composent et réalisent les maquettes d’une cinquantaine de chansons.
Constamment entre le folk, le jazz, et la pop, leur musique efface les frontières. Ils créent un univers mélancolique aux ballades douces amères parfois vénéneuses magnifiées par la voix sensuelle et voilée de Marie qui n’est pas sans évoquer la voix de Nico ou encore celle de Beth Gibbons de Portishead. On a connu filiation artistique plus frelatée, preuve que Marie a du goût et les moyens de l’assumer.

