
Sur son huit-pistes, elle a enregistré à domicile des guitares, des violoncelles, fait des contre-chants et des hand-claps qui serviront à Louis Bertignac pour finaliser son album. Déjà réalisateur de "Quelqu’un m’a dit", l’ancien guitariste de Téléphone pour qui Carla Bruni venait d’écrire les textes de son dernier disque a sorti ses micros, guitares et ciseaux durant les creux de sa tournée. Il a gardé des violoncelles, ôté quelques contre-rythmes, rajouté des guitares, un harmonica ou une touche de clavier pour s’imposer dans une veine classique qui possède le double avantage de résister aux humeurs du temps comme de livrer ses secrets au compte-gouttes. Les références de Louis Bertignac de Dylan aux Stones en passant par Led Zeppelin encourageront encore Carla a puiser aux mêmes sources blues-rock pour agrémenter sa matière folk. Etre libérée du texte a amené Carla Bruni à d’autres points de sa musique, d’autres reliefs, contours et nuances sur ces poèmes dont elle a parfait la prononciation avec Marianne Faithfull. " Elle les connaît parfaitement. Elle sait même parfois pour qui ils ont été écrits. Elle m’a aussi permis de ne pas en trahir le sens par une mauvaise découpe. " Car les poèmes ne sont pas des chansons. Et il a fallu parfois que Carla Bruni répète une phrase pour en faire un refrain. " J’avais le sentiment d’avoir des maîtres à mes côtés. Et puis, je me suis souvenu qu’Aragon avait accepté qu’on déstructure ses poèmes de son vivant. J’ai pensé alors que Yeats n’aurait pas trouvé à redire si je répétais un de ses vers. " C’est ainsi qu’on pourra dire que ces poèmes sont devenus des chansons de Carla Bruni. Comme si elle avait jeté un pont entre eux, elle a offert une autre forme d’existence à ces poètes dont le romantisme, la mélancolie et l'incroyable sentiment de solitude paraissent correspondre avec Carla Bruni. " Bien sûr, je suis une femme de 2006. Mais avoir le cœur brisé au 17è siècle ou maintenant ne me semble pas si différent. Ce qui m’a surpris c’est l’état de solitude et de renoncement dans lequel ces poètes ont écrit une œuvre qui parfois n’a été publiée qu’après leur mort. Les poèmes de Dorothy Parker n’ont pas été publiés de son vivant tout comme Emily Dickinson. On a dit aussi de Christina Rossetti qu’elle a eu une vie aussi triste et terne que celle de son frère Dante Gabriel fut pleine de couleurs. Cela paraît impossible aujourd’hui avec nos moyens de communication. Ça n’empêche, il y a une modernité dans ces textes dont je me suis sentie proche. "
Deux ans après avoir mis en musique un florilège de poèmes anglo-saxons des XIXè et XXè siècles, Carla Bruni a repris sa plume pour écrire un nouveau disque de chansons originales, le premier depuis l’inaugural et triomphal Quelqu’un m’a dit, en 2002. Ce qui frappe immédiatement à l’écoute de Comme si de rien n’était, c’est la richesse de sa palette instrumentale. Après deux disques à la tonalité folk-blues dépouillée, la chanteuse explore un éventail de couleurs qui va de la pop au bluegrass, en passant par des touches jazz. Pour autant, on reconnaît immédiatement la patte Bruni dans ces compositions qui font cette fois-ci encore la part belle à l’exaltation des sentiments. « Je tiens le même fil depuis que j'ai commencé à «écrire des chansons. » explique-t-elle.
Centré autour d’un noyau d’accompagnateurs qui ont enregistré les titres dans les conditions du live (basse, batterie, guitare, clavier, harmonica), Comme si de rien n’était sonne presque comme un disque de groupe. Malgré cet aspect plus collectif dans le jeu, cet album parvient à sonner encore plus personnel que les précédents. « Il y a plus de participants, mais ce disque est tout autant à moi que les deux premiers. Je n'ai pas du tout l'impression qu'on a pris mes chansons et qu'on les a transformées. » précise Carla Bruni.
Avec l’aide de Bénédicte Schmitt, responsable du son du disque, le réalisateur Dominique Blanc-Francard a paré les nouvelles compositions de Carla Bruni de tenues variées et riches.
« Au moment où les chansons me viennent, je m'occupe du corps de leur corps, pas du tout de leurs vêtements. » explique la chanteuse. Après avoir travaillé exclusivement avec Louis Bertignac pour ses deux premiers albums, elle a fait appel à un collaborateur dont elle avait déjà croisé la route lors de la prise de son de ses concerts au Trianon, en 2004. « J'aurais beaucoup de mal à travailler avec quelqu'un qui me serait complètement étranger. Il est important que l’enregistrement se passe très tranquillement »

