
Le lien qui unit Fazil Say à Mozart est évident. A l'écoute d'abord : on entend dans ses interprétations mozartiennes une liberté et un naturel tels que ses conceptions pourtant si personnelles apparaissent tout simplement 'évidentes'. Le premier disque du pianiste turc était consacré au compositeur autrichien, et son succès a été immédiat. Depuis il n'a cessé de jouer Mozart sur toutes les scènes du monde, en particulier les trois célèbres concertos qu'il a enregistrés ici avec l'Orchestre de Chambre de Zürich sous la direction d'Howard Griffiths. De ces trois oeuvres pleines d'émotion, de grâce et de sérénité, traversées parfois d'accents plus dramatiques, il nous livre une interprétation frémissante, d'une fraîcheur, et d'une énergie revigorantes. Comme Gulda, qui lui aussi composait et passait volontiers de Mozart au jazz, il a écrit ses propres cadences, généreuses, spontanées, pour le 21ème concerto (dont le sublime mouvement central est, d'après Olivier Messiaen, " une des plus belles pages de la musique de Mozart et de toute la musique "), reprenant les cadences de Mozart lui-même pour les deux autres concertos. Et parce que le genre du concerto est autant une affaire d'orchestre que de piano, il a voulu enregistrer en se plaçant au milieu même des instrumentistes du Zürcher Kammerorchester, mêlant ses sonorités aux leurs, faisant de ces ouvres de véritables dialogues musicaux. Il en résulte un disque tout sauf fade, résolument unique, plein de vie et d'énergie - du pur Mozart.
Grâce à ses extraordinaires talents pianistiques, Fazil Say touche depuis vingt-cinq ans public et critique d’une manière devenue rare dans un monde de la musique classique de plus en plus structuré et organisé de part en part. Les concerts de cet artiste sont différents : plus directs, plus ouverts, plus excitants – en un mot : ils font mouche. C’est exactement ce que pensa le compositeur Aribert Reimann lorsqu’en 1987, il entendit un peu par hasard à Ankara le jeune pianiste alors âgé de dix-sept ans. Il demanda sur le champ à son accompagnateur, le pianiste américain David Levine, de se rendre au conservatoire de la ville, en se contentant de ces mots : « Il faut absolument que tu l’entendes, il joue comme un diable. »
Fazil Say fut d’abord l’élève de Mithat Fenmen, qui avait lui-même étudié à Paris auprès d’Alfred Cortot. Pressentant peut-être toute l’ampleur du talent de son élève, Fenmen lui demanda d’improviser tous les jours sur des thèmes du quotidien avant de s’atteler aux indispensables exercices et études. C’est sans nul doute dans ce contact régulier avec des processus de création et des formes libres qu’il faut chercher l’origine de l’immense talent d’improvisateur et de la vision esthétique qui font de Fazil Say le pianiste et le compositeur qu’il est. En tant que compositeur, il a écrit entre autres pour le Festival de Salzbourg, le WDR, le Konzerthaus de Dortmund, les festivals de Schleswig-Holstein et de Mecklembourg-Poméranie, ainsi que pour la Biennale de Munich. Son oeuvre comprend des compositions pour piano, de la musique de chambre mais aussi des concertos ainsi que de grandes oeuvres pour orchestre.
À partir de 1987, Fazil Say a parfait sa formation de pianiste auprès de David Levine, d’abord au Conservatoire Robert Schumann de Düsseldorf puis à Berlin. C’est là que ses interprétations de Mozart et de Schubert trouvent leur origine esthétique. Sa technique exceptionnelle lui permit très vite de maîtriser avec une parfaite aisance toutes les grandes compositions du répertoire. Et c’est justement ce mélange de finesse (chez Haydn, Bach et Mozart) et de virtuosité (dans les oeuvres de Liszt, Moussorgski ou Beethoven) qui lui valut en 1994 la victoire lors du concours international Young Concert Artists à New York. Fazıl Say se produisit ensuite avec tous les orchestres américains et européens les plus réputés, sous la direction de nombreux grands chefs, s’appropriant ainsi un vaste répertoire qui va de Bach à la musique contemporaine (y compris ses propres compositions), en passant par ces « classiques » que sont Haydn, Mozart et Beethoven, sans oublier les romantiques.
Fazıl Say s’est produit depuis sur tous les continents ; Le Figaro le considère comme « un génie ». Mais il mène également une carrière de musicien de chambre : avec la violoniste Patricia Kopatchinskaja, il forme un fantastique duo, et au nombre de ses autres partenaires célèbres, on compte notamment la violoncelliste argentine Sol Gabetta, le Quatuor Borusan d’Istanbul et d’autres solistes instrumentaux turcs. De 2005 à 2010, Fazıl Say fut en résidence exclusive au Konzerthaus de Dortmund, tandis qu’une autre résidence l’a mené, en 2010-2011, au Konzerthaus de Berlin. Le festival de Schleswig-Holstein 2011 lui consacrera une grande partie de son programme, et d’autres résidences et festivals ont eu lieu à Paris, Tokyo, Meran, Hambourg et Istanbul.
Ses enregistrements de Bach, Mozart, Beethoven, Gershwin et Stravinsky ont été encensés par la critique et lui ont valu de nombreux prix. Depuis 2003, Fazıl Say enregistre exclusivement pour Naïve. Père d’une fille, il vit à Istanbul.

