
Inspiré d'un passage de Don Quichotte de Cervantès, cette musique de Ballet ponctuait la pièce de théâtre de Copel et était destinée à divertir, éduquer et faire danser le jeune Louis XV. Les 41 courtes pièces des "Folies de Cardenio" forment un ensemble bien dans l'esprit de l'après Louis XIV (goût de la pastorale, exotisme...). Elles forment un récit d'aventures où se mêlent la folie amoureuse, le combat et la quiétude après la tempête. Christophe Coin y dirige l'Ensemble Baroque de Limoges ancadrant des étudiants de la Musik Akademie de Bâle et des deux CNSM de Paris et de Lyon.
Il est violoncelliste de formation, on le sait. Quartettiste, aussi, chef d’orchestre et pédagogue. Mais avant tout, il est musicien. C’est-à-dire qu’il ne lui est pas possible de jouer sans ressentir, ni de ressentir sans vouloir comprendre. Cette exigence transforme une vie d’artiste. Ses études l’ont mené vers le grand répertoire, mais en musicien complet, il a voulu aussi interpréter les créations de notre temps, et savoir comment pratiquer les musiques plus anciennes, celles du XVIIIe siècle, voire du XVIIe. Ou plutôt, en fin de compte, comment doit se jouer toute musique, chaque compositeur – chaque œuvre, même - au-delà de toute querelle d’école. Interroger en profondeur les partitions, les éditions, les traités, l’histoire de la musique, les textes fondateurs, bien sûr. Mais cela ne suffit pas encore. Il fallait passer par un travail de recherche sur les instruments, leur facture, leur mode de jeu, leur évolution. Et c’est là que l’expérience et la sensibilité de l’interprète prennent toute leur importance. Christophe Coin l’a bien compris, dont la démarche concilie la technique instrumentale avec l’étude des méthodes et l’organologie, pas tant pour elles-mêmes que pour la mise en application, par l’intuition et une longue pratique, de ce que nul traité, nulle partition ne sauront jamais transmettre. Jusqu’à retrouver la logique interne du discours musical du compositeur, la nécessité de sa pensée. D’où l’évidente obligation d’amplifier cette démarche personnelle, exemplaire, de l’étendre à l’échelle du quatuor, puis de l’ensemble instrumental, et jusqu’à l’intervention des voix. Violoncelliste, gambiste ? Sans doute, mais aussi chercheur et animateur. Baroque ? Certes, mais romantique, évidemment, et parfaitement moderne, aussi. Habité par une fièvre de l’approfondissement, de l’intelligence du sonore qui se fait contagieuse. Pour retrouver les œuvres dans l’élan de leur nouveauté, dans la fraîcheur de leur jaillissement. Et dans les risques d’une interprétation toujours nouvelle, unique et non recommençable.
Encore fallait-il que d’autres musiciens adhèrent à cette démarche artistique de l’ordre de l’humain et du spirituel. L’Ensemble Baroque de Limoges ne pouvait se façonner en un jour. Pour que les artistes cooptés deviennent, précisément, un « ensemble », par la mystérieuse alchimie d’un patient travail de groupe. Tous partageant une même exigence, et chacun apportant le fruit de ses connaissances, de sa réflexion, de son expérience. De son vécu. Fondus au sein d’un organisme vivant, respirant d’un seul souffle, agissant d’un seul geste, capables de ces réflexes collectifs que donne une longue recherche en commun et une totale identité de pensée. Où l’ensemble n’est riche que par ce que chaque individualité ne cesse de lui offrir.
Gilles Cantagrel

