La planète blanche
La planète blanche

Bruno Coulais, compositeur, évoque la création de la bande originale de La planète blanche. La musique occupe-t-elle un rôle particulier dans La planète blanche ? Comme dans beaucoup de films où il n’y a pas d’acteurs et où le texte est réduit à l’essentiel, la musique a un rôle majeur d’accompagnement et presque de commentaire. C’est pourquoi elle est très présente, parfois un peu souterraine, parfois au premier plan... Je me suis efforcé, en composant, d’amener une dimension fonctionnelle, en quelque sorte de tirer le documentaire vers le spectacle, vers la fiction. C’est une des vertus de la musique que de pouvoir apporter une autre dimension à quelque chose de réaliste. La planète blanche est extrêmement bien construit, sa narration est très évidente, ce qui a beaucoup facilité ce travail. Il y a des films, comme ça, qui prennent magnifiquement la musique ! Sur le plan musical, c’est l’une des expériences les plus jubilatoires que j’ai connues. Comment avez vous abordé le travail de composition ? Je ne peux travailler qu’à partir des images. J’ai besoin de voir les lumières, les décors, l’univers... pour m’imprégner de l’atmosphère du film. C’est également la seule manière d’éviter la redondance entre musique et images. J’ai en effet pour principe de ne jamais chercher à trop expliquer musicalement ce que l’on voir à l’écran. La musique doit éviter de prendre le spectateur par la main, mais plutôt essayer de lui révéler ce qu’il y a derrière l’image, la dimension secrète ou tout simplement ce qui n’est pas directement visible. Bien sûr, elle doit accompagner l’émotion. La planète blanche est un film extrêmement tendre, la musique doit nous aider à le ressentir. Il faut que le spectateur soit ému pour qu’il comprenne ce qui se passe aujourd’hui dans l’Arctique. Je sais que l’on peut faire passer beaucoup de choses par l’émotion. Mon cap premier et définitif, dans la composition, c’est l’émotion, par la douceur ou par le cri... Quels moyens, quels partis pris musicaux pour rendre cette émotion ? J’ai essayé d’éviter le piège de "Pierre et le loup". Je n’aime pas que la musique soit trop psychologique, qu’elle type trop les héros ou les situations. Elle doit en revanche soutenir l’univers émotionnel du film, le sentiment d’espace, cette idée d’un monde qui se perd et qui risque la destruction, l’isolement des animaux, tous ces sentiments mêlés, ce souffle déjà très présent à l’image. Pour cela, j’ai utilisé des instruments divers, ceux de l’orchestre mais également des instruments naturels, branches d’arbres, pierres, sons de la glace... qui nous ramènent au décor. Je tenais à ce que la musique ne soit pas une espèce de couche surajoutée mais qu’elle semble venir des images elles-mêmes. Bien sûr, elle s’appuie sur des thèmes récurrents, mais que j’ai voulus très variés. C’est une autre des difficultés que doit affronter le musicien de cinéma : trouver un univers musical qui donne de l’unité au film et en même temps éviter la répétition. On peut trouver une certaine filiation avec vos compositions antérieures pour des films dont les univers étaient voisins, notamment le recours à ces voix qui semblent survoler l’orchestre... Je crois pourtant que mon travail sur LA PLANÈTE BLANCHE est très différent de ce que j’ai fait auparavant. Si l’on peut voir une filiation, notamment parce que certains passages sont chantés sur des sons et non des paroles, la grande différence porte sur le traitement vocal. Pour ce film, j’ai fait appel à une extraordinaire chanteuse canadienne, Jorane, mais également à une chanteuse inuit. Avec Jorane, notamment, nous avons travaillé sur l’énergie. Plutôt que l’aspect contemplatif ou onirique, bien qu’ils soient également présents, mon souci a été de dégager de l’énergie, quitte à être violent, ce qui est parfois le cas. Un dernier mot : y a-t-il dans la vie de Bruno Coulais, un avant et un après Les Choristes ? J’ai été très content de ce succès, c’est vrai ! Heureusement pour moi, j’avais déjà fait beaucoup de choses avant... Un tel succès est à la fois formidable et dangereux, car il altère le regard des autres. Tout devient plus facile, en apparence, et en même temps plus difficile. Mais cela ne modifiera pas mon état d’esprit : moi, ce qui m’amuse, c’est de changer de style, de changer de peau avec chaque film, de varier les expériences, de me fondre chaque fois dans un nouveau projet... et surtout de ne pas me répéter ! Elles interprètent la bande originale du film : Jorane Née en 1976, la Québécoise Jorane a découvert la musique très jeune, mais ce n’est qu’à 19 ans, pendant ses études au Conservatoire, qu’elle découvre le violoncelle qui devient son instrument de prédilection. En 1999, elle enregistre son premier album, Vent Fou, pour lequel elle est à la fois interprète et compositeur. La presse enthousiaste la compare déjà à Tori Amos, Sinead O’Connor ou Loreena McKennitt. Entre deux concerts, Jorane prépare son deuxième album, 16 mm, et repart en tournée dans le monde, du Japon à l’Europe. Elle se produit notamment en 2002 au Festival de Jazz de Montréal, et sort dans la foulée un album live. Son dernier opus, The You and the Now, sorti en 2004, a été réalisé par Michael Brook. Élisapie Isaac Élisapie Isaac, née d’une mère inuk et d’un père terre-neuvien, a été adoptée dès sa naissance par une famille inuit. Elle passe son enfance à Salluit, au Nunavik, où elle chante tous les jours à l’église. Pourtant, Élisapie ne se voit pas chanteuse, et décide de poursuivre des études de communication. En 2001, elle réalise un .lm en hommage à son grand-père adoptif, chasseur inuit menacé par le réchauffement climatique, Sila Piqujjppat (Si le temps le permet), sorti en 2003 et présenté à de nombreux festivals, dont le prestigieux Sundance. De sa rencontre avec le compositeur Alain Auger naît un duo et un album, Taima, qui sort en 2004, et où se mêlent harmonieusement chants traditionnels et sonorités électriques.

Autres oeuvres
9
Bruno Coulais

Né en 1960 à Paris. Tout d'abord compositeur de musique contemporaine avant de composer pour le cinéma et la télévision, il est désormais reconnu comme compositeur français à succès (il est l'auteur d'une des meilleures ventes de BO en France : LES CHORISTES). Bruno Coulais est un expérimentateur sonore.

Pour en savoir plus
L'album
La planète blanche
Ref
 WN145088

1
 L'espoir de l'ours
2
 La naissance des oursons
3
 La planète blanche
4
 Baleines boréales
5
 Le zoo plancton
6
 Le festin des baleines
7
 La sortie des ours
8
 La migration des caribous
9
 La famille des ours
10
 Le phoque capuchon
11
 Coups d'ailes sous la mer
12
 La pieuvre
13
 Le combat des boeufs musqués
14
 La séparation des ours
15
 Le voyage des caribous
16
 Le fin de l'été
17
 La chasse de l'ours
18
 Alerte
19
 Le repas des ours
20
 Générique fin
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