
"Hey Eugene", un titre écrit par China Forbes, sonne comme la parfaite chanson pop. Elle raconte l’histoire d’une rencontre dans une soirée avec un garçon qui lui a demandé son numéro de téléphone mais ne l’a jamais rappelée. Ce titre est devenu l’un des préférés du public en concert. Pour finir, le légendaire Jimmy Scott se livre, en duo avec China, à une superbe reprise de "Tea for Two", un standard de 1925 de Vincent Youmans et Irving Caesar, extrait de la comédie musicale No, No, Nanette. A propos de Jimmy Scott, Thomas raconte : "Il a maintenant 81 ans. Tout le monde a appris de lui. De Frank Sinatra à Aretha Franklin et Michael Jackson. Il était le chanteur préféré de Billie Holiday. Il a eu une vie souvent tragique : alors qu’il n’avait encore que treize ans, sa mère est morte dans d’horribles souffrances, traînée sur plusieurs pâtés de maison après avoir été renversée par une voiture. Auparavant, il avait appris qu’il était atteint du syndrome de Kallmann, une maladie génétique rare qui freine la croissance et empêche le développement de la puberté, d’où cette voix de soprano incroyable. Dans les années 50, il a signé des contrats abominables qui le poursuivront jusque dans les années 60 empêchant la sortie d’un disque qu’il avait fait avec Ray Charles ainsi que celle d’un autre magnifique album enregistré en 1969 qui s’intitulait ‘the Source’. Malgré tous ces revers terribles, il est toujours resté gai et optimiste. Il a fait un retour au début des années 90. Jimmy Scott est mon chanteur préféré de tous les temps, alors vous pouvez imaginez ma surprise lorsque j’ai trouvé son numéro de téléphone dans l’annuaire ! ‘Tea for Two’ est pour moi l’un de mes meilleurs moments avec le groupe. C’est une berceuse, simple, douce et ravissante." La photo figurant sur la pochette de l’album, qui correspond parfaitement à l’esthétique de Pink Martini, a été prise environ en 1962. Il s’agit de Mildred Eichler, la grand-mère du meilleur ami de Thomas Lauderdale (également le petit ami de China). "Vers la fin des années 50 et le début des années 60, Mildred habillait toutes les drag queens de New York," explique Thomas. "Lorsque j’ai vu cette photo il y a une quinzaine d’années, je l’ai trouvée absolument stupéfiante."
“Pink Martini est une pétillante aventure musicale des quatre coins de la planète… Un peu comme aurait vraisemblablement pu être le groupe des Nations Unies s’il avait existé en 1962.” – Thomas Lauderdale, leader et pianiste du groupe
Moderne, classique, sophistiqué et multilingue, Pink Martini est le groupe qui devrait permettre d’espérer en l’existence d’Américains suffisamment intelligents, imaginatifs et passionnés pour envisager le monde au-delà de leurs frontières avec intérêt, engagement et optimisme. “Nous sommes consternés par le désordre mondial engendré par l’actuel gouvernement des Etats-Unis. En tant que groupe nous espérons servir d’ambassadeurs musicaux s’efforçant de créer un monde bon, beau et romanesque,” déclare Thomas M Lauderdale, le pianiste de formation classique et diplômé d’Harvard qui a fondé le groupe en 1994. “Pour moi, notre musique est une sorte de mélange entre une comédie musicale hollywoodienne des années 40 et les Nations Unies telles qu’elles ont été conçues initialement.”
Une philosophie qui a ses racines dans l’éducation que Thomas a reçue en grandissant dans l’Indiana rural. D’origine asiatique inconnue, Thomas a été adopté par une famille multiraciale composée de deux enfants noirs issus d’une même fratrie et d’un frère iranien. Lorsqu’il a 12 ans, son père fait son coming out et ses parents divorcent (tout en restant bons amis). La famille déménage alors à Portland dans l’Oregon où son père est désormais pasteur.
C’est à Harvard que Thomas Lauderdale rencontre China Forbes, qui deviendra la sensuelle chanteuse de Pink Martini. Il est alors étudiant en littérature et en histoire, tandis qu’elle étudie les arts visuels, la littérature anglaise et le théâtre. Le soir, China (également issue d’une famille multiraciale avec une mère noire et un père franco-écossais) chante des arias de Verdi et Puccini accompagnée de Thomas au piano. Lorsque ce dernier décide de former un groupe en 1994, il pousse China à quitter New York, où elle avait commencé à écrire des chansons et jouer de la guitare dans le cadre de son projet folk-rock, pour rejoindre Pink Martini à Portland. Ils se mettent à écrire et composer ensemble se produisant lors de collectes de fonds politiques, notamment celle du cousin éloigné de China Forbes candidat au présidentielle américaine, John Kerry. Tandis que le groupe redéfinit ses objectifs et développe son répertoire, Thomas Lauderdale se met en quête de musiciens de qualité, la plupart issus d’orchestres symphoniques. Pink Martini, qui était un quintet au départ, devient une formation réunissant une douzaine de membres.
En 1997, Pink Martini sort un premier album sur le label du groupe, Heinz Records (du nom du chien de Thomas). Fort du fameux tube “Je Ne Veux Pas Travailler”, qui touchera le grand public européen grâce au spot télévisé de la campagne publicitaire de la Citroën Picasso – souvenez-vous, cette pub dans laquelle des robots rebelles décoraient de dessins les voitures sur la chaîne de production, Sympathique s’est vendu à plus de 650 000 exemplaires dans le monde à ce jour. Sept longues années plus tard, en 2004, Pink Martini revient avec un deuxième album intitulé Hang On Little Tomato réunissant des chansons en italien, croate, français, espagnol, anglais et japonais, et se place d’entrée à la première place des meilleures ventes du site Amazon. Les chansons de Pink Martini figurent dans les bandes sons de séries comme Les Sopranos et La Maison Blanche (The West Wing).
“Hey Eugene”, le troisième opus de Pink Martini, est en fait le premier album que Thomas et China ont produit ensemble et constitue “une parfaite association entre mes sensibilités et celles de China,” confie Thomas. “C’est un disque beaucoup plus exubérant et guilleret que les deux précédents. Même s’il y a d’inévitables moments mélancoliques, ‘Hey Eugene !”est un disque plein de joie et d’espoir.”

