
Musique et Cinéma Autrefois, la musique de film quittait rarement les salles obscures, ou alors seulement dans les grandes occasions, lorsqu’un thème inoubliable ou une chanson se détachaient de l’écran pour venir imprimer la mémoire des spectateurs. Autrefois, la musique de film était un genre oublié, mésestimé, trop souvent réduit à quelques airs rabattus, et si certains compositeurs se voyaient admis au sein de telle ou telle famille musicale (le classique, le jazz, la pop), c’était souvent au titre de cousin éloigné, voire de pièce rapportée d’origine étrangère, ou bâtarde. Ennio Morricone, Henri Mancini, Michel Legrand, Francis Lai, on connaissait bien leurs noms pour les avoir vus défiler furtivement dans les génériques, mais connaissait-on seulement leurs visages ? Parfois, on ignorait même leur identité, on disait alors " les musiques des films d’Hitchcock ", " de Tati ", " du Dernier tango à Paris ". Avions nous le goût d’aller, une fois les lumières rallumées, fureter dans ces discographies souvent pléthoriques pour découvrir l’œuvre d’un compositeur séparément des films ? Longtemps, d’ailleurs, n’étaient disponibles dans les rayons B.O. des officines qu’une maigre sélection de nouveautés et quelques intemporels comme Il était une fois dans l’ouest, une seule parmi les 300 et quelques partitions écrites par Ennio Morricone ! Et puis, un beau jour pas si lointain, vinrent les samplers, machines à digérer la musique du passé, et les soundtracks – des plus connus au plus obscurs - constituèrent un ingrédient particulièrement appétissant pour les DJ’s et musiciens de la sphère électronique et bien au-delà. Un ingrédient, une épice, un parfum souvent étrange, ou simplement un rappel de couleur permettant d’évoquer des souvenirs universellement partagés. Quand Le Fouquet’s proposa à Béatrice Ardisson de réfléchir à un sound design autour de ce lieu de légende, le cinéma et ses musiques s’imposèrent comme une belle évidence. Un subtil mélange de reprises et de thèmes originaux, des standards et des perles rares tissèrent ainsi la trame de cette toile imaginaire dans laquelle les clients rêveurs étaient invités à venir se perdre, comme on se laisse emporter par un film. Sur la présente compilation, ce sont pour la plupart de grands thèmes dans des versions inattendues que l’on découvrira : Un été 42, Casablanca, Les Vacances de Monsieur Hulot, Un Homme et une Femme, Bagdad Café… Un voyage sonore envoûtant à écouter, comme aurait dit Stanley Kubrick, " les yeux grands fermés. " Christophe Conte
"Elle n’est pas sans rappeler le personnage de Scarlett O’Hara et a la fine beauté d’Audrey Hepburn. Elle habite à la campagne avec ses enfants, ses parents, ses chiens, ses chats et ses chevaux. Elle est venue là, envers et contre tout, parce qu’elle voulait éduquer ses enfants dans la nature et dans le calme. Tout était à refaire, à construire. La nuit, le jardin était obscur. Son époux, restant à Paris pendant la semaine, lui avait proposé de lui acheter des dobermans pour garder la maison. Mais elle a préféré des oies.
Elle dit que ce sont deux années, de quatorze à seize ans, passées au pensionnat de la Légion d’Honneur qui lui ont forgé le caractère. Piano, sport, études. À moins qu’elle n’ait hérité, de cette ancêtre argentine dont le portrait est au grenier et de ce grand-père militaire, cette force si particulière dont on ne voit que le velours.
Elle dit qu’à la campagne on sent le passage des saisons et celui de la mort. Au printemps, en automne, les feuilles tombent et la cloche de l’église sonne plus souvent, qui scande les départs. Elle a refusé le quotidien de Paris pour ne garder, de la ville, que les lumières de la nuit. À seize ans, elle quitte le pensionnat des Loges pour intégrer un lycée à Paris et se voue à la fête, comme on glisse la nuit dans une mer chaude. Les Bains-Douches, le Palace, Privilège, Tango. En cours, elle dort souvent sur son pupitre. Mais cette voie-là, pourtant, ne sera pas néfaste. Un soir, avec des amis, faisant à pied le chemin qui conduisait des Bains Douches au Palace ou de Privilège au Tango, elle vit s’arrêter une voiture à son niveau. Un jeune homme qui s’appelait Thierry Ardisson l’invitait à boire un verre.
Comment la définir ? Une créatrice d’univers, d’ambiances. Branchée sur les reprises de chansons très connues. Voix graciles, glacées. Couleurs pastel, fauteuils en skaï et tables en formica. Années soixante. Aéroports, bars et cocktails.
Chez Naïve, elle a créé des collections : Paris dernière et Mania. Elle a conçu et réalisé l’univers musical du Crillon, du Kong, du Fouquet’s, de Louis Vuitton. Toujours en déclinant le même concept : des reprises de standards qu’elle glane au fil d’internet, dans les bacs des disquaires ou grâce à son réseau de copains, amies et cousines. Ainsi reliée aux quatre coins de la planète, elle œuvre sans répit de son petit domaine normand. Il faut dire qu’elle a le don de créer des familles. Des collections et des familles.
En fait, c’est une collectionneuse. Avant de décliner sa jolie manie en collections de disques, eux-mêmes, collections de reprises, elle a collectionné les expressions comprenant des noms d’animaux. ‘ Il fait un froid de canard et il pleut comme vache qui pisse’. Et de deux. Tout le monde s’y est mis, ses parents, ses enfants, ses voisins, ses cousins, ses cousines. Elle en a fait un livre qui s’appelle déjà Animots et qui, pour l’heure, attend sagement d’être illustré. Encore faut-il que les reprises décalées des grands standards du monde entier, ses chats, son cheval et ses trois chiens, Belle, Superchien et MP3, lui en laissent le temps.
Quand je lui demande quel est son secret, si pour construire elle s’est appuyée sur une philosophie particulière. Elle me répond, sans hésiter, que tout cela qui l’accapare, tout en étant indispensable, n’a au fond aucune importance. Cela viendrait à faire défaut que personne n’en mourrait. L’essentiel est ailleurs, ici, avec ses enfants."
Yasmine Khlat
« Paris Dernière », émission phare de la chaîne du cable Paris Première, a inventé la psycho TV : on ne regarde plus un animateur à la télé, on voit ce qu’il voit. A émission différente, il fallait une musique autre. Pour clipper les traversées de Paris en accéléré numérique qui rythment les rencontres, interviews ou bavardages, Béatrice Ardisson a choisi d’utiliser sa collection de reprises décalées des plus grands tubes. Il n’y a en effet aucune raison pour que les bonnes mélodies ne servent qu’une fois ! Encore faut-il que leurs reprises apportent une véritable ré-interprétation dans le rythme, le chant, l’arrangement, bref le style… Ce travail d’illustration sonore sur Paris Dernière existe maintenant sur 3 CD ! Les livrets sont écrits par le plus érudit des rock-critics, Yves Bigot, et les illustrations sont de la plus tendance des graphistes, Florence Deygas.
Thierry Ardisson

