
CONCERTOS POUR VIOLONCELLE Les deux concertos pour violoncelle d’Eric Tanguy en première mondiale au disque. Pour son premier enregistrement de musique contemporaine, Anne Gastinel leur donne vie en studio après des concerts très remarqués. Avec la complicité de l’Orchestre national de France dirigé par Alain Altinoglu, grand spécialiste des répertoires des XXe et XXIe siècles. ERIC TANGUY (né en 1968) Concerto pour violoncelle et orchestre n° 1 (1994-95) Concerto pour violoncelle et orchestre n° 2 (2000) ANNE GASTINEL violoncelle ORCHESTRE NATIONAL DE FRANCE ALAIN ALTINOGLU direction
Bords du Rhône et de la Saône, murmures des fleuves qui s’étreignent et des arbres qui respirent : la découverte des sons commence avec la vie, à Lyon, pour Anne Gastinel, entre une mère pianiste et un père compositeur. La musique, elle baigne dedans dès le ventre de sa mère ! Pour autant, elle fait des études générales de bon niveau – et des études musicales brillantes : le violoncelle l’occupe très tôt durant de longues heures. Les amis de passage qui l’entendent s’étonnent chaque fois d’une telle maturité chez cette toute jeune fille au visage de Tintin amusé. On lui conseille de se présenter à des concours internationaux : bonne fille, Anne se retrouve ainsi, à 17 ans à peine, troisième prix du Concours de Prague ; elle enchaîne avec le Concours de Scheveningen et en rapporte le Premier Grand Prix !
Maman se dit qu’un talent comme celui de sa fille, il faut que ça rayonne : elle suggère à Anne de se présenter au Concours Eurovision des jeunes musiciens et envoie une cassette ; on la fait venir à Paris : elle se souvient encore de cette audition, maman au piano, elle, les yeux baissés sur son violoncelle, son « Albert » comme elle l’appelle, devant deux messieurs qui l’écoutent sans rien dire. Mais quelques semaines plus tard, un coup de téléphone : elle est sélectionnée pour représenter la France. En mai 1990, la voici donc à Vienne avec son « Albert », elle passe brillamment les épreuves et arrive en finale, une finale retransmise par toutes les télévisions depuis la Musikvereinsaal, la belle salle où se déroule chaque année le fameux concert du Nouvel An. C’est à une pianiste scandinave que le jury attribue le Premier Prix – mais pour le public, la lauréate, c’est Anne ! Et puis surtout, elle a été vue et entendue à travers toute l’Europe.
À peine de retour en France, elle est assaillie de demandes de concerts, elle est engagée par un grand impresario, sa carrière internationale est lancée : elle a 18 ans. Dès lors, ce seront l’Allemagne, l’Autriche, le Portugal, le Canada, la Hollande et puis le Japon, l’Afrique du Sud, le monde entier ! Avec à la clé des récompenses en brassées – et de belles rencontres aussi, avec, attrapées au vol ici ou là, quelques phrases qu’elle épingle sur son mur comme des papillons, celle de Rostropovitch par exemple qui, dans les coulisses d’un concert, lui lance : « Toi, ma belle, tu es une grande ». Et il s’y connaît ! La vie aussi lui sourit : car un jeune homme, Maxime, qui était son ami d’enfance et l’avait perdue de vue, la redécouvre à la télévision, est frappé par sa grâce, la retrouve – et l’amour éclot bientôt entre ces deux jeunes gens aux regards rêveurs, pour ne plus les lâcher.
Depuis, Anne a enregistré des disques subtils, multiples, variés, superbes, elle a fait deux jolis enfants, elle a aussi connu durant quelques mois les frissons de l’infidélité envers son « Albert » quand Martha Istomin lui a prêté le superbe Goffriler de son mari, Pablo Casals… – et puis elle a revécu avec « Albert » jusqu’à ce qu’un jour elle succombe au charme d’un bel Italien : c’est ce « Testorino » qui l’accompagne partout maintenant, même au Conservatoire de Lyon où elle a découvert un nouveau plaisir, celui de la transmission, quand on s’enrichit en faisant éclore le talent d’autres jeunes artistes. Elle s’est installée dans une jolie maison en bois qui lui ressemble, là où elle aime toujours embrasser Maxime et caresser les quatre cordes de son « Testorino » avec lequel elle s’enferme pour des conversations concentrées durant de longues heures pour en faire rayonner la vibration profonde, une vibration qui est aussi la sienne. Comme si, quand elle joue, c’était sur ses nerfs, sur ses veines qu’elle promenait son archet pour se raconter à travers toutes ces oeuvres auxquelles lle donne de la lumière. Car elle n’aime rien tant que se retrouver à la maison, à deux pas de son cher Maxime et de ses bouts de chou, et puis se pelotonner contre son « Testorino » : elle sait qu’elle a tant encore à lui faire dire…
-- Alain Duault

