En casa
En casa

"En casa n’a rien à voir avec ce que j’ai pu faire avant, et n’aura peut être rien à voir avec ce que je ferai après" nous confie Raul Paz, un sourire en coin… Car aujourd’hui, Raul Paz, celui à qui l’on doit une grande part du renouveau du son cubain, nous fait découvrir un autre visage de sa musique. Plus que jamais, son nouvel album "En Casa" ouvre des horizons où le rythme des sonorités traditionnelles se mêle à la fraîcheur et à la créativité propre à Raul. À l’origine de "En Casa", il y a le retour à Cuba : Un mix subtil entre souvenirs d'enfance et redécouverte du pays. Pour la première fois depuis longtemps Raul passe de nombreuses semaines à La Havane et se plonge dans la musique de son enfance, s’imprègne de son âme et de ses sens, coeur de son inspiration et partage son univers musical et ses expériences avec les nouveaux talents de la musique cubaine actuelle dans une Havane en perpétuelle effervescence ou modernité et tradition sont indissociables et font partie de la réalité quotidienne. Il y composera des chansons, jouées et chantées dans la veine acoustique de la musique "campesina" (de la campagne) mais teintées d’une touche personnelle et moderne: Raul Paz réinvente et donne à ces sons de toujours, un nouveau souffle. Au cours des voyages qui ont jalonné son parcours musical, Raul a toujours su faire preuve d'émancipations astucieuses des couleurs connues et convenues de la musique cubaine - mélanger des éléments, fait partie de son exigence artistique et "la musique cubaine, est elle-même issue de mélanges", dit-il. Aujourd’hui Raul Paz retourne à la maison ("En Casa"). Lors de son premier concert à l'Olympia à l'automne 2005 au milieu de la tournée triomphale "Revolucion", Raul Paz ouvre son concert en faisant référence à cette époque, celle des prémisses de sa vocation, celle où il dormait avec la guitare offerte par des voisins, au grand dam de ses parents. "Ce jour là, j‘ai rendu un hommage à mon père et chanté la musique qu’il aimait, la musique campesina. J’ai fait la première partie de mon concert en interprétant le répertoire classique cubain et quelques chansons à moi, mais à la sauce traditionnelle". "En Casa" est l’écho, le prolongement de ce moment, de ce rendez-vous intime avec sa mémoire. "Enregistré à l’ancienne, c’est-à-dire tous ensemble", entouré de musiciens cubains hors pair de 20 ans, au diapason de ses intentions, dans l’historique studio Egrem, "En Casa mélange des couleurs de l’enfance et ma manière de voir la musique". C’est à la fois un retour aux sources mêmes de la musique cubaine, aux origines de Raul Paz, mais également l’album qui souligne le mieux ses talents d’auteur compositeur interprète subtil et généreux. L’acoustique, le dépouillement mettent à nu les chansons qui ne reposent plus que sur elles mêmes et la force de leurs mots. Déjà unanimement salué pour ses concerts enflammés, Raul Paz réussit avec cet album à franchir une nouvelle étape décisive. À nouveau il joue avec les mots, il nous fait voyager dans son univers réel fantastique et nous fait partager des mélodies qui restent dans la tête, mais cet album est aussi personnel et subtil et nous rapproche de son intimité de sa propre vision de Cuba. Pour la première fois, il ose le français sur l’un des titres : "le temps passe". Sous ses couleurs acoustiques et traditionnelles, se cache un gisement d’influences. "Je n’en ai jamais autant exprimé qu’à travers cet album", confie-t-il. Les textes en espagnol des autres chansons nous plongent dans de vraies histoires a s’approprier pour les interpréter chacun à sa façon. Pour lui, la musique, c’est une manière d’aller à la rencontre "de plein de choses" et de les faire dialoguer ensemble. "Mon plaisir dans la musique, il est là, dans cette recherche… Et dans le rêve".

Autres oeuvres
8
L'art de la «HAVANIZATION IN CARNAVAL» par WENDY GUERRA

Nous avons grandi confinés dans une station de radio, Raúl, ne le nie pas.De longues nuits passées à tromper l’ennui, des journées entières à recréer le souvenir par des chansons. A Cuba, le temps n’est pas d’or et l’île se berce au son de sa musique. Nous avons vécu ce passage rapide de Marx à la psychanalyse à l’école des beaux-arts. Aux paroles les plus profondes se substituaient les harangues ou les thérapies destinées à résister au frénétisme d’une créativité collective.
Le microphone, le label RCA Victor, la console et les bandes (Nagra, Orwo), les repas avalés en quatrième vitesse histoire de se sustenter, le sucre grouillant de fourmis dans le café, unique drogue pour rester éveillé.

Nous faisions l’amour entre deux vinyles longue durée, sur d’antiques fauteuils poussiéreux. Nous nous couchions en chantant les hymnes de carnaval de nos aïeuls qui résonnent encore et encore dans une fête invisible.
Nous émettions de notre phare sur une île à la merci des intempéries, protégée par tous les saints. Du haut de cette structure phallique qui tentait de nous capturer dans son étrange faisceau, nous transmettions des signaux sonores depuis La Havane, Cuba. Vous nous écoutez ? Radio Reloj, Radio Tiempo, Radio Rebelde, Radio Progreso. Radio Ciudad del Mar…
 
Raúl nous dit :
« Nous allons nous mettre d’accord ».
Interdite la musique en anglais, les Beatles étaient ici des agents de ScotlandYard. Tout cela est du passé et un Lennon exténué s’assoit dans un parc pour nous écouter. « Mais pas toi ».
 
« Parce que je veux t’offrir le meilleur moment… à l’heure du recommencement » :
La nouvelle et l’ancienne trova, les divas espagnoles et la pop des pays de l’Est. Nino Bravo, Mina, tout un culte voué aux sonorités brésiliennes, les chanteurs et compositeurs authentiques te suffisaient pour transcender ces différences qui reflétaient la difficulté de vivre « le dos tourné au reste du monde ». Le meilleur rock argentin post dictature, la découverte de Bob Marley dans une Caraïbe cultivée désireuse de redéfinir ses influences. « Pousse, et la porte s’ouvrira ».
 
« Peut-être en a-t-il été ainsi,
je ne sais pas.
 Et si c’est le cas, ce n’est qu’une douce fin.
 L’esquisse d’un possible.
 Et ça te paraît mal, et tu souffres à nouveau
 Cette fin pourrait être ce qui peut t’arriver de mieux.
 Parce que rien n’est vrai
 Parce que rien n’est vrai ».
 
 
Suite aux innombrables listes d’interdictions, nous nous sommes identifiés à la génération née en 60-70,. Nous échangions les disques défendus et écoutions tant bien que mal les radios du Nord. Nous traduisions les chansons des Bee Gees et, le moral au beau fixe, nous les faisions nôtres sans autorisation. Nous vivions entre Cartas Amarillas, Papeles, papeles son, Cuba Va, Ausencia quiere decir olvido, No me gritesOjala et autres chansons néoréalistes.
Aux informations cubaines, la récolte de sucre de 70, avec son impossible objectif de 10 millions d’arrobes de canne à sucre dont parlaient « Los Van Van », a été plus médiatisée que les premiers pas de l’homme sur la lune. La musique des actualités latino-américaines diffusées au cinéma rythme aussi ta vie.
 
Tout ce dont je parle est ton tempo, ta cadence, le KO qui se répète dans ma tête quand je t’écoute me mettre en garde avec les gros titres : « (…) de ce carnaval ».
 
« Ne me demande plus combien de temps cela peut durer »
« Il existe une Havane qui est prête et une autre qui se méfie »
« Parce que j’aime flâner dans les rues de La Havane »
« Ma solitude s’efface, la ville change, et tu ne pars pas »
 
Il en est sorti beaucoup de cette radio inénarrable. Il se peut que notre sang s’écoule par la blessure de la fuite, mais le retour est pour nous l’unique moyen de poser l’aiguille sur la face B du disque, de tout reprendre à zéro pour mettre le son de l’île au goût du jour et, au son d’accords harmonieux, toucher le ciel du doigt depuis notre grand morceau de terre.
« La mode passe », comme passe le son du synthé des années 70 dont du parles, Raúl, ce qu’on nous a interdit hier est aujourd’hui de rigueur. « Un lieu où comprendre comment se gagne un cœur ». 
J’écoute depuis cette même radio où, cachés sous le piano et bardés de questions idéologiques, nous préparions ton évasion vers un Paris de « papier mâché ». A la grande époque de l’Orquesta Aragón, nous bidouillions le « Wawa » et le DX-7 pour imiter TalkingHeads, alors que David Byrne s’inspirait des cubains d’Irakere ou Afrocuba, qui sait.
Sommes nous décadents ou vintage ? Sommes-nous des pièces de musée ou dignes d’être cités ? Ton duo inspiré avec Camille évoque une Celia Cruz démente, reine d’un éternel Carnaval.
C’est le moment, saute. La radio ne ferme jamais, je vais donner l’heure au micro de toujours et alors...
Tu sais maintenant comment nous allons et avec ce disque tu emportes en fraude avec toi notre station de radio, notre île, et tout le passé qui perdure dans ta voix inoubliable.
 
Ce CD distille : Rhum nouveau vieilli dans un antique tonneau.
 
Le symbolisme en est clair :
 
69 : Tête-bêche. Double domino. Autosatisfaction de deux pièces blanches et noires.
Sexo (Sexe) : Tempo torride et universel de la musique cubaine.
Verso (Vers) : Façon de te dire ce que je ressens alors que je ne devrais pas.
Resaca (Gueule de bois) : Etat supérieur au petit matin : La vie commence Havanization.
 
Les titres sont parlants :
 
Pasan (Ils passent) : Ils glissent et se faufilent, tels des chars de carnaval qui pourraient revenir, mais aujourd’hui ne font que passer.
Tal como fue (C’était comme ça) : Les choses racontées selon notre interprétation de la vérité. Notre point de vue, ce qui n’est pas pareil.
Carnaval : Notre vie entre rhum et épopées, musique et bals, serpentins et adieux, mauvais souvenirs et structures sur roues, de celles que salue l’étoile et que le peuple salue : délirant, se déversant dans les rues.
Mejor (Mieux) : Le contraire du pire, ce qui peut nous soulager, supérieur et ou excellent, tranquillisant.
Tengo (J’ai) : Prière initiale du poète Nicolás Guillen, appropriation légale, passage du nous au moi.
Gente (Gens) : Masse qui vit entre l’agitation et le bruit. Cumul de caractères et de races. Visages de ceux qui défilent sur la place ou qui ne furent jamais, ceux qui écoutent ta musique, ceux qui l’ignorent et la voient depuis un « autre monde », ceux qui l’ont en eux, cheminant à tes côtés dans la rue.
Aire (Air) : Courant pour la respiration entre les masses auxquelles s’adressent les chanteurs et les politiciens. Airs de liberté et airs de supériorité. Souffle et brise qui me décoiffe quand je te regarde.
Cariño (tendresse) : Attachement, affection qui vient de loin. Ce qui me ramène inévitablement à l’île.
Ponernos de acuerdo (nous mettre d’accord) : Alliance ou accord indéchiffrable que nous, Cubains, devons conclure à court terme.
 
Je reste enfermée dans ma radio, d’autres sont partis et je les remplace. Je tue le temps en parlant à ton fantôme. Certains soirs je m’évade sur ta carte du monde. Je regarde ta photo en noir et blanc dans « Hello Hemingway », ce film où nous avons joué, que nous avons vécu, et j’entends ta voix. Combien de matins ai-je allumé un cierge pour qu’elle s’élève à nouveau au sein d’un chœur stupéfait. Ta voix est unique, la ville semble parler par ta musique et nul ne peut arrêter ce déchaînement. C’est une vague, le feu, le sel, un gémissement, un choc, la pluie sur le toit, la tempête de sable à Santa Maria.
Tu le sais, et tu le clames : la fête est finie, il reste l’odeur aigre de la bière, les serpentins abandonnés dans les rues, les cornets et les masques de carton au milieu du port. Les voix avinées se mêlent au son des bateaux qui accueillent l’aube.
 
Ton Bola de Nieve et ton Beny Moré sortent du bar « Dos hermanos » dans des directions opposées. Les petits cafés de rues ouvrent leurs portes. Radio Reloj signale au soleil qu’il est l’heure de se lever. Nous ne sommes pas morts, nous nous apprêtons à émerger à nouveau de l’obscurité. C’est : « L’heure violette ».
« La lumière, brother, la lumière. ». « Que la lumière, le courage et la chance soient avec toi. » « Où iras-tu, où irai-je ».
Tout peut s’arrêter en toi sauf l’art de la Havanization.
Tout a pu se pétrifier ou être remisé ici, sauf ton Havanization qui se pare aussi des accents de :
Karel Goth, Alla Pugachova,BisserKirov, Eva Pilarova, Silvio et Pablo, Stevie Wonder, Bob Dylan. Les premières grandes voix du Casino de la Playa qui n’ont pas vu se réaliser le rêve du « Buena Vista Social Club », la couleur de ta voix posée sur « Compay Primero » : Lorenzo Hierrezuelo. « Je me souviens uniquement de ce qui me plaît » ”… « Ce carnaval ».  
« Et cheminant au petit matin, je réaliserai que je ne te reverrai plus ».
Embrasse-moi et emporte au loin ce disque, ce bouclier que tu tiens à la main. « Et si nous nous promettions des choses qui pourraient arriver ». « Et si nous nous regardions comme si c’était normal ». « J’aime le son du rire quand il éclate ».
Les moteurs des locomotives vrombissent, les portes d’usines gémissent à fendre l’âme. « Bonne chance ». Toute ta génération voyage avec toi dans le doux silence qui va de chanson en chanson, alors que se termine le Carnaval de rire, ces « larmes noires ». Nous savons que rien n’est fini, car tu arrives : Havanization now.

Pour en savoir plus
Clips & Lives
3
  • Carnaval
    Mama
  • Mulata
3 items
L'album
En casa
Ref
 NV810111

1
 En casa…
2
 25 Años…
3
 Le Temps Passe…
4
 No Me Incomodes…
5
 Te Fuisté
6
 Tu y Yo
7
 La Ventana
8
 Azul
9
 Cubano
10
 Solos
11
 Canciones
12
 Distancia
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