El Mundo Esta Cambia'o
Un jour peut-être, à La Havane, les visiteurs s’arrêteront à un endroit précis du Paseo et diront : « C’est ici que William Vivanco et Robert Aaron ont donné naissance à El Mundo esta Cambiao. » Il y a quelques mois en effet, un petit appartement sur cette belle avenue qui descend en pente douce vers la mer a résonné pendant deux semaines de voix, d’arpèges de flute, d’accords de guitare et de riffs de saxo. Les deux artistes ne se connaissaient pas, le coup de foudre musical a été immédiat, et leur collaboration nous offre un des disques majeurs de 2009.
Mais avant d’arriver à cette maison du Paseo, le vieux routier américain et le jeune Cubain aux dreadlocks ont accompli un long chemin.
William Vivanco est né en 1975 à Santiago, la deuxième ville de Cuba, berceau du « son » et du bolero. Comme ses prédécesseurs Sindo Garay, Compay Segundo ou Eliades Ochoa, William a arpenté les pavés du centre ville à l’architecture coloniale, passé plus d’une nuit place Cespedes à chanter avec ses potes et à boire du rhum, trainé à la Casa de la Trova et remonté la rue Heredia jusqu’à la Isabelica, pour boire un délicieux café servi dans une tasse minuscule et se mêler à la bruyante discussion des étudiants qui refont inlassablement le monde (une ambiance qu’il décrira plus tard dans sa chanson « Café »). Les troubadours d’antan composaient sous l’influence des romances espagnoles et des airs du bel canto italien. Ceux d’aujourd’hui ont dans l’oreille le rap, le rock ou la bossa.
Pourtant, ses premières années de formation musicale indiquaient une autre direction : à 17 ans, il intégrait le prestigieux Coro Madrigalista de sa ville natale, dont le répertoire va de Monteverdi à Pablo Milanes. William fera même un stage à Bâle, en Suisse, pour parfaire sa technique de chant baroque. Mais il sait déjà qu’il ne s’exprimera jamais mieux qu’à travers ses propres compositions, en s’accompagnant à la guitare. Très vite remarqué par l’originalité de ses chansons, il gagne la capitale où il s’immerge dans le milieu des jeunes créateurs. Le noyau dur de cette génération se retrouve au sein du collectif Interactivo, dont William fait toujours partie, et dont le nom passe-partout dissimule une foisonnante créativité, au carrefour du rap, du latin jazz et de la nueva trova (la chanson d’auteur).
En 2002, son premier CD, ironiquement intitulé « Lo tengo to’pensao » (J’ai tout planifié), parait à Cuba, et le fait connaitre dans toute l’île grâce au tube « Cimarron ». En décembre 2003, il est programmé aux Transmusicales de Rennes et donne son premier concert parisien, dans un restau latino des Champs Elysées. L’été suivant, il s’attaque aux grands festivals : les Nuits de Fourvière à Lyon, les Nuits du Sud à Vence, le Paleo à Nyon en Suisse... A chaque fois, le public qui le découvre est conquis. Pour transformer l’essai, l’étape suivante est le disque. Martin Meissonnier, gourou français de la sono mondiale (le premier à faire tourner hors d’Afrique Fela ou King Sunny Adé, le premier producteur de Khaled), se porte volontaire. A Cuba, il enregistre des démos acoustiques de William qui circuleront d’un bout à l’autre de l’Europe. Beaucoup de labels sont intéressés, mais la l’effondrement du marché du disque a rendu l’industrie frileuse. Occasion manquée...
A La Havane, où il est désormais installé, William ne chôme pas. Interactivo est plebiscité par le public jeune, et lui-même attire, dans la capitale comme en province, un public large. En 2006, « La isla milagrosa », son deuxième CD, est un des événements musicaux de l’année sur l’île, avec à la clé un nouveau tube : « Pilon ».
Et Robert Aaron, le deuxième larron ? C’est ici qu’il entre en scène. Comme musicien et producteur, il a traversé trente ans de révolutions musicales, passant de l’avant-garde new-yorkaise (James White and the Chances) à la période commercialement la plus brillante de David Bowie (le saxo de « Modern Love », c’était lui). Après une longue collaboration avec Wyclef Jean, des Fugees, il débarque en France pour réaliser l’album de Raphael « Je sais que la terre est ronde ». Une démo de William Vivanco lui parvient et l’interpelle immédiatement : des harmonies complexes mais des chansons qui s’inscrivent immédiatement dans la mémoire, un grain de voix magique... Robert est séduit et ne tarde pas à prendre l’avion pour découvrir de près cet animal à dreadlocks et fines lunettes.
L’entente des deux artistes est immédiate, et débouchera sur une véritable collaboration : trois des chansons de « El Mundo esta cambiao » (le Monde est bouleversé) sont co-signées par Robert. L’enregistrement a lieu dans la foulée, au studio Scorpio, un lieu d’enregistrement privé, chose encore rare à Cuba. Où Robert Aaron s’extasie de la qualité des ingénieurs du son : « Le matériel est modeste mais ce qu’ils arrivent à en tirer est stupéfiant. J’ai rarement travaillé avec des gens aussi doués. » Le disque porte comme une mappemonde les empreintes des voyages de William Vivanco, réels ou imaginaires : le Brésil (« Samba de los Cotuntos »), l’Argentine (le tango « Anaconda »), la Jamaïque (« De la Lluvia »), les Antilles françaises (« La Ouika »), le Venezuela (« Que guapanga »), l’Andalousie (« Como un tango gris », qui n’est pas un tango mais une rumba flamenca) ou encore un Orient poétique et imaginaire (« Del Oriente »), la spiritualité apportée d’Afrique par les esclaves (« Olokun »). Le titre d’ouverture, « Palo Haitiano », réunit les expériences du chanteur comme du producteur : le premier est fasciné par les traditions des descendants d’Haïtiens dans la région de Santiago, le second s’est familiarisé avec les rythmiques de Haïti en travaillant avec Wyclef Jean.
Bien au delà du cénacle de la « world music », un peu à la manière de Seu Jorge ou de Keziah Jones, William Vivanco se montre capable de communiquer avec un public rock tout en restant ancré dans sa (ses) traditions. « Nous sommes les explorateurs du hasard, nous sommes partis en quête de pollen et d’amour » chante-t-il dans « Anaconda ». Un beau résumé de ce disque qui lui ouvre enfin les portes d’une reconnaissance internationale à un artiste longtemps resté le secret musical le mieux gardé de Cuba.
Présentation
Ce jeune auteur/compositeur/interprète, né à Santiago de Cuba, surprend par la maturité et l’originalité de ses compositions. Il est sans aucun doute l’une des plus grandes révélations de la « Nueva Trova » de cette dernière décade.
William Vivanco pratique tout d’abord les arts plastiques, mais c’est la guitare qui exerce sur lui une attraction à laquelle il ne peut résister.
Il fréquente avec assiduité « La Casa de la Trova » à Santiago et rencontre de nombreux trovadores, tel qu’Eliades Ochoa….
Son anti-conformisme le démarque des musiques traditionnelles cubaines ; doté d’une curiosité insatiable, il se nourrit de nombreuses influences : pop, rock, musiques caribéennes, et particulièrement brésiliennes : « Tout tombe dans la bouche de ma guitare ». À travers ses voyages, que ce soit en Europe, ou encore en Haïti, il découvre toujours d’autres musiques qui enrichissent son univers : cependant, la musique cubaine reste la racine, le ciment de ses chansons.
Il développe avec talent un style qui lui est très personnel. Son travail sur la voix est hors du commun : avec beaucoup de naturel, à la recherche de nouveaux sons, il en joue comme d’un instrument, et parfois comme d’une percussion. Son passage pendant deux ans au sein du « Coro Madrigalista » lui aura permis d’acquérir les techniques nécessaires pour développer son imaginaire vocal.
Après avoir été sélectionné en 1998 « Projet national », et grâce à ses rencontres avec de jeunes artistes (peintres, écrivains, poètes…), il s’affirme davantage dans son travail de composition et d’écriture.
Il enregistre son premier album en 2002 « Lo tengo to’pensao » : disque teinté de pop, reggae et de musique brésilienne ; la chanson « Cimarron » est un véritable tube et passe régulièrement en radio depuis 2003; le vidéo-clip de cette chanson est alors très remarqué, et lui vaut plusieurs nominations aux « Premios Lucas », qui récompensent les meilleurs clips de l’année à Cuba. Après sa rencontre avec Martin Meissonnier en 2000 à Cuba, William se produit, entre 2003 et 2005, en formation très acoustique et intimiste, où sa personnalité s’épanouit pleinement.
Martin Meissonnier se souvient d’ailleurs de sa rencontre à Santiago avec William : « c’était le plus impressionnant de tous les jeunes artistes que j’ai écouté à Cuba. Des années plus tard, j’avais encore en mémoire une de ses chansons, que je n’avais entendu qu’une fois. »
Il fait alors ses premiers pas dans les festivals européens comme les Transmusicales de Rennes, le Paleo, les Nuits de Fourvière, le Festival les nuits du sud à Vence, …En 2006 il sort à Cuba son deuxième album La « Isla Milagrosa ». Après avoir passé plusieurs mois au Mexique et fait quelques voyages au Brésil , il vient de réaliser son troisième album « El Mundo esta Cambia’o » en collaboration avec le musicien Canadien- américain Robert Aaron. Le songwriter cubain nous invite à un voyage dans les caraïbes, Haïti , Brésil , Mexique…
Les mondes bouleversés de William Vivanco
Un jour peut-être, à La Havane, les visiteurs s’arrêteront à un endroit précis du Paseo et diront : « C’est ici que William Vivanco et Robert Aaron ont donné naissance à El Mundo esta Cambiao. » Il y a quelques mois en effet, un petit appartement sur cette belle avenue qui descend en pente douce vers la mer a résonné pendant deux semaines de voix, d’arpèges de flute, d’accords de guitare et de riffs de saxo. Les deux artistes ne se connaissaient pas, le coup de foudre musical a été immédiat, et leur collaboration nous offre un des disques majeurs de 2009.
Mais avant d’arriver à cette maison du Paseo, le vieux routier américain et le jeune Cubain aux dreadlocks ont accompli un long chemin.
William Vivanco est né en 1975 à Santiago, la deuxième ville de Cuba, berceau du « son » et du bolero. Comme ses prédécesseurs Sindo Garay, Compay Segundo ou Eliades Ochoa, William a arpenté les pavés du centre ville à l’architecture coloniale, passé plus d’une nuit place Cespedes à chanter avec ses potes et à boire du rhum, trainé à la Casa de la Trova et remonté la rue Heredia jusqu’à la Isabelica, pour boire un délicieux café servi dans une tasse minuscule et se mêler à la bruyante discussion des étudiants qui refont inlassablement le monde (une ambiance qu’il décrira plus tard dans sa chanson « Café »). Les troubadours d’antan composaient sous l’influence des romances espagnoles et des airs du bel canto italien. Ceux d’aujourd’hui ont dans l’oreille le rap, le rock ou la bossa.
Pourtant, ses premières années de formation musicale indiquaient une autre direction : à 17 ans, il intégrait le prestigieux Coro Madrigalista de sa ville natale, dont le répertoire va de Monteverdi à Pablo Milanes. William fera même un stage à Bâle, en Suisse, pour parfaire sa technique de chant baroque. Mais il sait déjà qu’il ne s’exprimera jamais mieux qu’à travers ses propres compositions, en s’accompagnant à la guitare. Très vite remarqué par l’originalité de ses chansons, il gagne la capitale où il s’immerge dans le milieu des jeunes créateurs. Le noyau dur de cette génération se retrouve au sein du collectif Interactivo, dont William fait toujours partie, et dont le nom passe-partout dissimule une foisonnante créativité, au carrefour du rap, du latin jazz et de la nueva trova (la chanson d’auteur).
En 2002, son premier CD, ironiquement intitulé « Lo tengo to’pensao » (J’ai tout planifié), parait à Cuba, et le fait connaitre dans toute l’île grâce au tube « Cimarron ». En décembre 2003, il est programmé aux Transmusicales de Rennes et donne son premier concert parisien, dans un restau latino des Champs Elysées. L’été suivant, il s’attaque aux grands festivals : les Nuits de Fourvière à Lyon, les Nuits du Sud à Vence, le Paleo à Nyon en Suisse... A chaque fois, le public qui le découvre est conquis. Pour transformer l’essai, l’étape suivante est le disque. Martin Meissonnier, gourou français de la sono mondiale (le premier à faire tourner hors d’Afrique Fela ou King Sunny Adé, le premier producteur de Khaled), se porte volontaire. A Cuba, il enregistre des démos acoustiques de William qui circuleront d’un bout à l’autre de l’Europe. Beaucoup de labels sont intéressés, mais la l’effondrement du marché du disque a rendu l’industrie frileuse. Occasion manquée...
A La Havane, où il est désormais installé, William ne chôme pas. Interactivo est plebiscité par le public jeune, et lui-même attire, dans la capitale comme en province, un public large. En 2006, « La isla milagrosa », son deuxième CD, est un des événements musicaux de l’année sur l’île, avec à la clé un nouveau tube : « Pilon ».
Et Robert Aaron, le deuxième larron ? C’est ici qu’il entre en scène. Comme musicien et producteur, il a traversé trente ans de révolutions musicales, passant de l’avant-garde new-yorkaise (James White and the Chances) à la période commercialement la plus brillante de David Bowie (le saxo de « Modern Love », c’était lui). Après une longue collaboration avec Wyclef Jean, des Fugees, il débarque en France pour réaliser l’album de Raphael « Je sais que la terre est ronde ». Une démo de William Vivanco lui parvient et l’interpelle immédiatement : des harmonies complexes mais des chansons qui s’inscrivent immédiatement dans la mémoire, un grain de voix magique... Robert est séduit et ne tarde pas à prendre l’avion pour découvrir de près cet animal à dreadlocks et fines lunettes.
L’entente des deux artistes est immédiate, et débouchera sur une véritable collaboration : trois des chansons de « El Mundo esta cambiao » (le Monde est bouleversé) sont co-signées par Robert. L’enregistrement a lieu dans la foulée, au studio Scorpio, un lieu d’enregistrement privé, chose encore rare à Cuba. Où Robert Aaron s’extasie de la qualité des ingénieurs du son : « Le matériel est modeste mais ce qu’ils arrivent à en tirer est stupéfiant. J’ai rarement travaillé avec des gens aussi doués. » Le disque porte comme une mappemonde les empreintes des voyages de William Vivanco, réels ou imaginaires : le Brésil (« Samba de los Cotuntos »), l’Argentine (le tango « Anaconda »), la Jamaïque (« De la Lluvia »), les Antilles françaises (« La Ouika »), le Venezuela (« Que guapanga »), l’Andalousie (« Como un tango gris », qui n’est pas un tango mais une rumba flamenca) ou encore un Orient poétique et imaginaire (« Del Oriente »), la spiritualité apportée d’Afrique par les esclaves (« Olokun »). Le titre d’ouverture, « Palo Haitiano », réunit les expériences du chanteur comme du producteur : le premier est fasciné par les traditions des descendants d’Haïtiens dans la région de Santiago, le second s’est familiarisé avec les rythmiques de Haïti en travaillant avec Wyclef Jean.
Bien au delà du cénacle de la « world music », un peu à la manière de Seu Jorge ou de Keziah Jones, William Vivanco se montre capable de communiquer avec un public rock tout en restant ancré dans sa (ses) traditions. « Nous sommes les explorateurs du hasard, nous sommes partis en quête de pollen et d’amour » chante-t-il dans « Anaconda ». Un beau résumé de ce disque qui lui ouvre enfin les portes d’une reconnaissance internationale à un artiste longtemps resté le secret musical le mieux gardé de Cuba.