
orchestre philarmonique de radio france direction : eliahu inbal L'éventail des compositeurs tombant sous le coup de la "dégénérescence" est large, et Hanns Eisler, figure même de l'artiste "engagé" (en l'occurence: engagé contre le régime nazi au nom des idéaux communistes), en constitue à ce titre l'un des extrèmes. Elèves de Schoenberg, à qui il dédiera en 1924 sa Sonate pou piano n°1, il d'éloigne peu à peu de ce maître dont il rejette la conception sacralisée de l'art, peu conforme à ses propres souhaits d'implication immédiate dans la vie de la cité. Dès 1919, Eisler dirige en effet des choeurs prolétaires. Il commence à y élaborer sa théorie et sa pratique de l'agit-prop. Des Six Lieder op. 2 et Pièces pour piano op. 3 aux Coupures de journaux op 11, la première période de sa production musicale révèle sa volonté de faire le deuil des principales caractéristiques d'un post-romantisme embourgeoisé : le pathos et le lyrisme. Pour ce faire, il modernise la tradition chorale allemande par l'entremise du jazz et des vertus pédagogiques du song, développé par Weill et Brecht. En 1929 s'inaugure d'ailleurs une collaboration avec Brecht, qui se poursuivra non seulement durant l'exil américain, mais encore en République Démocratique d'Allemagne, et ne cessera qu'à la mort du poète en 1956.
Parmi les dizaines de concerts produits chaque saison par Radio France, il en est qui méritent de rester. Le concert est en effet un moment unique, chargé parfois d'une émotion électrisante, que la radio peut transmettre et que le disque peut conserver. C'est ce qui nous a déterminés à imaginer cette collection qui vous permettra d'entendre, au fil des parutions, des concerts enregistrés au cours des saisons qui viennent de s'écouler, mais aussi des documents d'archives qui sont un peu les incunabes de la musique et que l'Institut National de L'Audiovisuuel, héritier de la propriété des archives de la radio, conserve. Puissent les disques qui vous sont promis contribuer à faire durer le mystère de l'instant et à faire rayonner notre mémoire vivante.
Jacques Taddei, directeur de la musique de Radio France

