
DVD !En Vivo!
1er live / 1er best of 100% made in Cuba
Premier DVD, premier live et premier Best-of… Il arrive que les premières fois soient aussi des célébrations, de vraies grandes fêtes. Revenir après cinq albums enregistrés, des tournées dans le monde entier, revenir pour combler ce manque aussi : « C’était pour moi très important de jouer ici à Cuba, insiste Raul Paz, devant un public qui comprend si bien ma musique, mes textes, les troisièmes degrés, les malices… Je voulais avoir leur aval, les voir s’approprier ma musique. J’avais besoin de ça, comme un fils a besoin que son père lui dise qu’il est fier de lui. »
Alors, à l’Acapulco - un cinéma de La Havane où, étudiant, Raul venait voir jouer les groupes cubains qui l’ont marqué - au moment de rentrer en scène, l’émotion était évidemment très forte. Après La Havane, ce fut Pinar del Rio, la ville natale de Raul. Deux concerts dans un extraordinaire théâtre à l’italienne, le “Milanès”, petite bonbonnière rococo où la famille, les amis, et tous ceux qui ont eu la chance d’avoir un billet ont pris place deux soirs de rang. Raul avait huit ou neuf ans quand pour la première fois il est monté sur scène au “Milanès”. » Boucler la boucle…
Tout a commencé en 1998, à Paris. Comme dans un film américain, avec un producteur qui entre dans la loge et dit : « J’aime ce que tu fais, tu signes en bas de la page ? Ça c’est passé à peu près comme ça, sourit Raul. » Le producteur était Ralph Mercado, président du Label RMM aux Etats-Unis, où toutes les stars de la musique latino étaient engagées, Tito Puente, Celia Cruz… Il enregistre à Miami son premier disque “Imaginate” qui sortira en Europe sous le titre“Cuba Libre”, puis un deuxième album suivra, très salsa, très latino.
Après deux ans aux Etats-Unis, il décide de revenir en France, avec l’idée de faire une autre musique : « Je ne me retrouvais pas complètement dans ce second disque, dans l’image du Cubain qui fait de la salsa. » Sur “Mulata”, son troisième album, qui marque le début de la collaboration avec Naïve, Raul tourne à sa façon la “matière cubaine” qui constitue le socle, l’origine, de sa culture musicale en l’ouvrant sur des sonorités et des couleurs nouvelles.
En pleine “Buena Vista mania”, Raul Paz apportait une autre vision de la musique cubaine. Une vision qui allait toucher le public : trente dates dans des clubs parisiens, la Cigale en clôture… « C’était énorme pour moi, je jouais la musique que je souhaitais faire, sans compromis, et mes choix trouvaient un super écho auprès du public..»
Après “Mulata” est venu “Revolución”, en 2005. Album plus rock… Façon Paz…
Enfin, en 2006, Raul s’installe pour quelques mois à Cuba. Premier séjour de longue durée pendant lequel il reprend contact avec son pays et enregistre “En Casa”, dans le mythique studio Egrem de La Havane. C’est au cours de cette période que s’est petit à petit imposée l’idée de venir donner des concerts à Cuba. « Quand tu te retournes sur ce que tu as fait, tu vois ton parcours, l’Europe, l’Amérique du sud, les Etats-Unis… Dans tout ça, il ne manquait que Cuba. L’idée est venue naturellement, en regardant la feuille de route d’une tournée de concerts et en se disant : tiens, pourquoi pas une date à Cuba ? Pourquoi, non ? »
Rien n’allait être simple entre les soucis purement administratifs, le manque de matériel, les problèmes techniques, sans oublier l’obligation de renouer des relations diplomatiques avec son pays…Mais ce DVD, je ne pouvais le faire qu’à Cuba. Et Raul Paz est plutôt obstiné… « Tu as l’impression que rien n’avance, reprend Raul, que ce ne sera pas faisable et puis miraculeusement les choses se dénouent et tout le monde commence à travailler dans le même sens, ministère de la Culture, équipe technique sur place, équipe vidéo, staff français, maison de disques, partenaires, musiciens… »
Après avoir pensé jouer en plein air, le premier concert sera finalement donné à l’Acapulco, une salle historique de la scène cubaine : « J’étais mort de trouille, j’allais vers un public que finalement je ne connaissais pas. C’était une rencontre bouleversante. Je ne m’attendais pas à un accueil comme celui-là. Le concert a duré 2 H 30, un moment vraiment très fort. »
Beaucoup de titres joués proviennent de “Révolucion” et de “Mulata”, L’ouverture du concert donne le ton avec “El beso”, au groove revisité. « Un concert plus funky reconnaît Raul, avec des passages parfois proches du R&B et de l’électro, comme sur “Policia”ou Aprietala. ». Chaque chanson prend sur scène une dimension nouvelle. « La cadence est là, le piano, les cuivres, les percussions notamment nous renvoient à une sonorité cubaine, mais les tournures mélodiques et les arrangements sortent complètement des clichés qu’on peut se faire de la musique cubaine, et on s’amuse à être libre » explique Raul. « C’était ce qu’ils attendaient de moi, ils veulent écouter une musique ouverte aux influences diverses du monde actuel. »
À Pinar del Rio, Raul a choisi le théâtre “Milanès” : « Je voulais absolument donner les deux concerts dans cette petite salle de 600 personnes qui représente toute mon enfance. C’était essentiel de chanter là où j’ai commencé. »
Au total, deux ambiances très différentes. Si le concert de La Havane est celui de la rencontre avec le public cubain, ceux de Pinar del Rio sont ceux du retour à la maison.
Le concert de Pinar del Rio commence avec les chansons d’“En Casa”, qui est son disque le plus emprunt de la tradition musicale acoustique cubaine, et des chansons de son enfance à la campagne. “El Nino”, le plus grand percussionniste cubain du moment vient apporter sa fougue et sa sensualité de sonero.
Peu à peu les sons du traditionnel se mélangent aux sonorités plus contemporaines et l’alchimie de Raul s’opère et s’impose dans un concert plus intime et chargé d’émotions.
“Mama” est le titre qui cloture ces 2 concerts :La version de La Havane flirt avec des accents californiens, Steely Dan n’est pas si loin. Celle de Pinar del Rio est l’occasion d’un jeu entre Raul et le public qui chante à sa suite, un moment permis par l’intimité de la salle. On trouve dans le Milanés une pudeur en plus, qui loin d’éloigner rapproche musiciens et spectateurs.
Il y a beaucoup d’amour dans ce retour à Cuba, toute la force de cette aventure est là. Pas de ressentiment, pas de revanche, simplement l’envie de partager ensemble un moment de plaisir, de bonheur. L’envie de montrer que c’était possible, que ces concerts pouvaient avoir lieu malgré tout. L’envie de dire aussi que l’on peut vivre avec ses différences et que le monde en devient plus beau.
Ce sentiment est désormais partagé par une génération d’artistes et d’intellectuels cubains qui envisagent aujourd’hui une “troisième voie” pour leur pays, un avenir de réconciliation et d’acceptation des différences. Raul Paz prépare actuellement un documentaire sur l’émergence de cet élan nouveau. Les témoignages recueillis auprès de l’écrivain Wendy Guerra, de Laura de la Uz, l’actrice la plus en vue de Cuba, ou du peintre Javier Guerra vont tous dans ce sens. « Nous adoptons une position différente de celle que les artistes ou les intellectuels prenaient par le passé, nous voulons simplement pouvoir cohabiter ou communiquer tous ensemble, cela semble peu de chose, mais à Cuba c’est important, explique Raul. Cette troisième voie, elle passe aujourd’hui par les arts, par la création. » Un chemin que beaucoup de pays en recherche d’alternative démocratique ont effectivement emprunté… Buena Suerte amigos !
Autres oeuvres
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L'art de la «HAVANIZATION IN CARNAVAL» par WENDY GUERRA
Nous avons grandi confinés dans une station de radio, Raúl, ne le nie pas.De longues nuits passées à tromper l’ennui, des journées entières à recréer le souvenir par des chansons. A Cuba, le temps n’est pas d’or et l’île se berce au son de sa musique. Nous avons vécu ce passage rapide de Marx à la psychanalyse à l’école des beaux-arts. Aux paroles les plus profondes se substituaient les harangues ou les thérapies destinées à résister au frénétisme d’une créativité collective.
Le microphone, le label RCA Victor, la console et les bandes (Nagra, Orwo), les repas avalés en quatrième vitesse histoire de se sustenter, le sucre grouillant de fourmis dans le café, unique drogue pour rester éveillé.
Nous faisions l’amour entre deux vinyles longue durée, sur d’antiques fauteuils poussiéreux. Nous nous couchions en chantant les hymnes de carnaval de nos aïeuls qui résonnent encore et encore dans une fête invisible.
Nous émettions de notre phare sur une île à la merci des intempéries, protégée par tous les saints. Du haut de cette structure phallique qui tentait de nous capturer dans son étrange faisceau, nous transmettions des signaux sonores depuis La Havane, Cuba. Vous nous écoutez ? Radio Reloj, Radio Tiempo, Radio Rebelde, Radio Progreso. Radio Ciudad del Mar…
Raúl nous dit :
« Nous allons nous mettre d’accord ».
Interdite la musique en anglais, les Beatles étaient ici des agents de ScotlandYard. Tout cela est du passé et un Lennon exténué s’assoit dans un parc pour nous écouter. « Mais pas toi ».
« Parce que je veux t’offrir le meilleur moment… à l’heure du recommencement » :
La nouvelle et l’ancienne trova, les divas espagnoles et la pop des pays de l’Est. Nino Bravo, Mina, tout un culte voué aux sonorités brésiliennes, les chanteurs et compositeurs authentiques te suffisaient pour transcender ces différences qui reflétaient la difficulté de vivre « le dos tourné au reste du monde ». Le meilleur rock argentin post dictature, la découverte de Bob Marley dans une Caraïbe cultivée désireuse de redéfinir ses influences. « Pousse, et la porte s’ouvrira ».
« Peut-être en a-t-il été ainsi,
je ne sais pas.
Et si c’est le cas, ce n’est qu’une douce fin.
L’esquisse d’un possible.
Et ça te paraît mal, et tu souffres à nouveau
Cette fin pourrait être ce qui peut t’arriver de mieux.
Parce que rien n’est vrai
Parce que rien n’est vrai ».
Suite aux innombrables listes d’interdictions, nous nous sommes identifiés à la génération née en 60-70,. Nous échangions les disques défendus et écoutions tant bien que mal les radios du Nord. Nous traduisions les chansons des Bee Gees et, le moral au beau fixe, nous les faisions nôtres sans autorisation. Nous vivions entre Cartas Amarillas, Papeles, papeles son, Cuba Va, Ausencia quiere decir olvido, No me grites… Ojala et autres chansons néoréalistes.
Aux informations cubaines, la récolte de sucre de 70, avec son impossible objectif de 10 millions d’arrobes de canne à sucre dont parlaient « Los Van Van », a été plus médiatisée que les premiers pas de l’homme sur la lune. La musique des actualités latino-américaines diffusées au cinéma rythme aussi ta vie.
Tout ce dont je parle est ton tempo, ta cadence, le KO qui se répète dans ma tête quand je t’écoute me mettre en garde avec les gros titres : « (…) de ce carnaval ».
« Ne me demande plus combien de temps cela peut durer »
« Il existe une Havane qui est prête et une autre qui se méfie »
« Parce que j’aime flâner dans les rues de La Havane »
« Ma solitude s’efface, la ville change, et tu ne pars pas »
Il en est sorti beaucoup de cette radio inénarrable. Il se peut que notre sang s’écoule par la blessure de la fuite, mais le retour est pour nous l’unique moyen de poser l’aiguille sur la face B du disque, de tout reprendre à zéro pour mettre le son de l’île au goût du jour et, au son d’accords harmonieux, toucher le ciel du doigt depuis notre grand morceau de terre.
« La mode passe », comme passe le son du synthé des années 70 dont du parles, Raúl, ce qu’on nous a interdit hier est aujourd’hui de rigueur. « Un lieu où comprendre comment se gagne un cœur ».
J’écoute depuis cette même radio où, cachés sous le piano et bardés de questions idéologiques, nous préparions ton évasion vers un Paris de « papier mâché ». A la grande époque de l’Orquesta Aragón, nous bidouillions le « Wawa » et le DX-7 pour imiter TalkingHeads, alors que David Byrne s’inspirait des cubains d’Irakere ou Afrocuba, qui sait.
Sommes nous décadents ou vintage ? Sommes-nous des pièces de musée ou dignes d’être cités ? Ton duo inspiré avec Camille évoque une Celia Cruz démente, reine d’un éternel Carnaval.
C’est le moment, saute. La radio ne ferme jamais, je vais donner l’heure au micro de toujours et alors...
Tu sais maintenant comment nous allons et avec ce disque tu emportes en fraude avec toi notre station de radio, notre île, et tout le passé qui perdure dans ta voix inoubliable.
Ce CD distille : Rhum nouveau vieilli dans un antique tonneau.
Le symbolisme en est clair :
69 : Tête-bêche. Double domino. Autosatisfaction de deux pièces blanches et noires.
Sexo (Sexe) : Tempo torride et universel de la musique cubaine.
Verso (Vers) : Façon de te dire ce que je ressens alors que je ne devrais pas.
Resaca (Gueule de bois) : Etat supérieur au petit matin : La vie commence Havanization.
Les titres sont parlants :
Pasan (Ils passent) : Ils glissent et se faufilent, tels des chars de carnaval qui pourraient revenir, mais aujourd’hui ne font que passer.
Tal como fue (C’était comme ça) : Les choses racontées selon notre interprétation de la vérité. Notre point de vue, ce qui n’est pas pareil.
Carnaval : Notre vie entre rhum et épopées, musique et bals, serpentins et adieux, mauvais souvenirs et structures sur roues, de celles que salue l’étoile et que le peuple salue : délirant, se déversant dans les rues.
Mejor (Mieux) : Le contraire du pire, ce qui peut nous soulager, supérieur et ou excellent, tranquillisant.
Tengo (J’ai) : Prière initiale du poète Nicolás Guillen, appropriation légale, passage du nous au moi.
Gente (Gens) : Masse qui vit entre l’agitation et le bruit. Cumul de caractères et de races. Visages de ceux qui défilent sur la place ou qui ne furent jamais, ceux qui écoutent ta musique, ceux qui l’ignorent et la voient depuis un « autre monde », ceux qui l’ont en eux, cheminant à tes côtés dans la rue.
Aire (Air) : Courant pour la respiration entre les masses auxquelles s’adressent les chanteurs et les politiciens. Airs de liberté et airs de supériorité. Souffle et brise qui me décoiffe quand je te regarde.
Cariño (tendresse) : Attachement, affection qui vient de loin. Ce qui me ramène inévitablement à l’île.
Ponernos de acuerdo (nous mettre d’accord) : Alliance ou accord indéchiffrable que nous, Cubains, devons conclure à court terme.
Je reste enfermée dans ma radio, d’autres sont partis et je les remplace. Je tue le temps en parlant à ton fantôme. Certains soirs je m’évade sur ta carte du monde. Je regarde ta photo en noir et blanc dans « Hello Hemingway », ce film où nous avons joué, que nous avons vécu, et j’entends ta voix. Combien de matins ai-je allumé un cierge pour qu’elle s’élève à nouveau au sein d’un chœur stupéfait. Ta voix est unique, la ville semble parler par ta musique et nul ne peut arrêter ce déchaînement. C’est une vague, le feu, le sel, un gémissement, un choc, la pluie sur le toit, la tempête de sable à Santa Maria.
Tu le sais, et tu le clames : la fête est finie, il reste l’odeur aigre de la bière, les serpentins abandonnés dans les rues, les cornets et les masques de carton au milieu du port. Les voix avinées se mêlent au son des bateaux qui accueillent l’aube.
Ton Bola de Nieve et ton Beny Moré sortent du bar « Dos hermanos » dans des directions opposées. Les petits cafés de rues ouvrent leurs portes. Radio Reloj signale au soleil qu’il est l’heure de se lever. Nous ne sommes pas morts, nous nous apprêtons à émerger à nouveau de l’obscurité. C’est : « L’heure violette ».
« La lumière, brother, la lumière. ». « Que la lumière, le courage et la chance soient avec toi. » « Où iras-tu, où irai-je ».
Tout peut s’arrêter en toi sauf l’art de la Havanization.
Tout a pu se pétrifier ou être remisé ici, sauf ton Havanization qui se pare aussi des accents de :
Karel Goth, Alla Pugachova,BisserKirov, Eva Pilarova, Silvio et Pablo, Stevie Wonder, Bob Dylan. Les premières grandes voix du Casino de la Playa qui n’ont pas vu se réaliser le rêve du « Buena Vista Social Club », la couleur de ta voix posée sur « Compay Primero » : Lorenzo Hierrezuelo. « Je me souviens uniquement de ce qui me plaît » ”… « Ce carnaval ».
« Et cheminant au petit matin, je réaliserai que je ne te reverrai plus ».
Embrasse-moi et emporte au loin ce disque, ce bouclier que tu tiens à la main. « Et si nous nous promettions des choses qui pourraient arriver ». « Et si nous nous regardions comme si c’était normal ». « J’aime le son du rire quand il éclate ».
Les moteurs des locomotives vrombissent, les portes d’usines gémissent à fendre l’âme. « Bonne chance ». Toute ta génération voyage avec toi dans le doux silence qui va de chanson en chanson, alors que se termine le Carnaval de rire, ces « larmes noires ». Nous savons que rien n’est fini, car tu arrives : Havanization now.
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