
Le piano avant la musique Arpenter l'oeuvre de Debussy pour l'instrument qu'il exerçait, le piano, est comme ouvrir un livre sur l'histoire du langage musical. Tout ce que cet interprète de Schumann et de Chopin a pu recevoir de "bonnes manières" dans l'art de la composition y trouve sa place : le piano de Debussy est toujours autant "piano" que "de Debussy". Certes, tous les pianismes issus du langage romantique se mettent au service d'un projet poétique toujours original, et proprement debussyste quant à lui (adjectif qui recoupe un vaste territoire allant de raffiné à vague) ; ils ne cèdent cependant jamais tout à fait, et savent imposer leur présence dans une construction qui intégre en permanence une conscience "de ce qui sonne" et de "comment les Anciens s'y sont pris" pour que cela sonne. Pas de grand soir musical dans la littérature pour piano de Debussy : consubstantiel au salon et aux aménités du discours à soi-même, l'instrument ne se prête pas aux révolutions autres que poétiques. Le ton peut changer, pas le vocabulaire.

