Bowie Mania
Bowie Mania

"Le Temps attend en coulisse" chantait David Bowie en 1973, lui qui, justement, n’a jamais pris la peine de patienter. L’habilleuse musicale Béatrice Ardisson n’est pas non plus du style à se reposer sur les lauriers que ses récentes parutions lui ont permis de récolter. Elle fonce, dans la myriade de chansons tintinnabulantes, accrochées aux mémoires pas seulement collectives, qu’elle a amassées : reprises audacieuses et souvent improbables dont elle s’est fait, de jour comme de nuit, la dénicheuse en chef. On savait que, tôt ou tard, Béatrice s’intéresserait au cas Bowie, un artiste-musicien crucial à la discographie si riche que, justement, elle peut sonner comme une anthologie de chansons interprétées par les différents personnages qu’il a incarnés au cours d’une carrière longue de plus de quatre décennies. En 2007, le rocker aux mille et un visages a discrètement fêté ses soixante ans, et on imagine que, quelque part, la mélomane au regard qui pétille et dont les oreilles frétillent dès qu’un musicien, originaire de cette planète ou d’ailleurs (Mars ?) détourne un refrain connu de manière singulière, a voulu lui rendre hommage. A sa façon. C’est-à-dire en ne réunissant pour ce projet que de véritables artisans de la chose mélodique, des créateurs qui considèrent les chansons comme une matière première plus ou moins docile, qu’ils malaxent et domptent à l’envi dans le but avoué de les téléporter ailleurs, et certainement pas dans les traces, encore fraîches, du savant fou qui les a conçues. Ainsi, endossent ici le rôle d’interprètes de luxe, des artistes aussi divers et pionniers eux-mêmes que Divine Comedy et Yann Tiersen ("Life On Mars?"), Medi & The Medecine Show ("Rebel, rebel"), ou la petite fée de l’electro national, Emilie Simon ("Space Oddity"). Les Parisiens de Ask The Dust y vont leur "John I’m Only Dancing", tandis que le Belge fantasque Arno dépose son "Jean Baltazaarrr/ Jean Genie" comme s’il s’agissait d’une bombinette, surtout pas à retardement. Plus rares, les contributions de Rhonda Harris ("China Girl"), Microsillion ("This Is Not America") ou The New Standards ("All The Young Dudes") abondent dans le sens d’un éclectisme frondeur qui a déjà fait le charme et la réputation de la série de disques initiée par Béatrice. On signalera également que l’agencement de l’album est en lui-même une réussite. Trouver des reprises dignes de ce nom est une étape, les présenter de façon cohérente, revient à la remporter. Un peu comme "Pin Ups", le mythique disque de reprises publiée par David Bowie en 1973 (la même année que "Time" !), "Bowiemania" mérite d’être écouté d’une traite et donne l’impression de déambuler dans l’œuvre du maître mais en n’empruntant que des chemins de traverse. A vivement conseiller aux âmes rebelles rebelles. Jérôme Soligny

Autres oeuvres
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Béatrice Ardisson

"Elle n’est pas sans rappeler le personnage de Scarlett O’Hara et a la fine beauté d’Audrey Hepburn. Elle habite à la campagne avec ses enfants, ses parents, ses chiens, ses chats et ses chevaux. Elle est venue là, envers et contre tout, parce qu’elle voulait éduquer ses enfants dans la nature et dans le calme. Tout était à refaire, à construire. La nuit, le jardin était obscur. Son époux, restant à Paris pendant la semaine, lui avait proposé de lui acheter des dobermans pour garder la maison. Mais elle a préféré des oies.

Elle dit que ce sont deux années, de quatorze à seize ans, passées au pensionnat de la Légion d’Honneur qui lui ont forgé le caractère. Piano, sport, études. À moins qu’elle n’ait hérité, de cette ancêtre argentine dont le portrait est au grenier et de ce grand-père militaire, cette force si particulière dont on ne voit que le velours.

Elle dit qu’à la campagne on sent le passage des saisons et celui de la mort. Au printemps, en automne, les feuilles tombent et la cloche de l’église sonne plus souvent, qui scande les départs. Elle a refusé le quotidien de Paris pour ne garder, de la ville, que les lumières de la nuit. À seize ans, elle quitte le pensionnat des Loges pour intégrer un lycée à Paris et se voue à la fête, comme on glisse la nuit dans une mer chaude. Les Bains-Douches, le Palace, Privilège, Tango. En cours, elle dort souvent sur son pupitre. Mais cette voie-là, pourtant, ne sera pas néfaste. Un soir, avec des amis, faisant à pied le chemin qui conduisait des Bains Douches au Palace ou de Privilège au Tango, elle vit s’arrêter une voiture à son niveau. Un jeune homme qui s’appelait Thierry Ardisson l’invitait à boire un verre.

Comment la définir ? Une créatrice d’univers, d’ambiances. Branchée sur les reprises de chansons très connues. Voix graciles, glacées. Couleurs pastel, fauteuils en skaï et tables en formica. Années soixante. Aéroports, bars et cocktails.



Chez Naïve, elle a créé des collections : Paris dernière et Mania. Elle a conçu et réalisé l’univers musical du Crillon, du Kong, du Fouquet’s, de Louis Vuitton. Toujours en déclinant le même concept : des reprises de standards qu’elle glane au fil d’internet, dans les bacs des disquaires ou grâce à son réseau de copains, amies et cousines. Ainsi reliée aux quatre coins de la planète, elle œuvre sans répit de son petit domaine normand. Il faut dire qu’elle a le don de créer des familles. Des collections et des familles.

En fait, c’est une collectionneuse. Avant de décliner sa jolie manie en collections de disques, eux-mêmes, collections de reprises, elle a collectionné les expressions comprenant des noms d’animaux. ‘ Il fait un froid de canard et il pleut comme vache qui pisse’. Et de deux. Tout le monde s’y est mis, ses parents, ses enfants, ses voisins, ses cousins, ses cousines. Elle en a fait un livre qui s’appelle déjà Animots et qui, pour l’heure, attend sagement d’être illustré. Encore faut-il que les reprises décalées des grands standards du monde entier, ses chats, son cheval et ses trois chiens, Belle, Superchien et MP3, lui en laissent le temps.

Quand je lui demande quel est son secret, si pour construire elle s’est appuyée sur une philosophie particulière. Elle me répond, sans hésiter, que tout cela qui l’accapare, tout en étant indispensable, n’a au fond aucune importance. Cela viendrait à faire défaut que personne n’en mourrait. L’essentiel est ailleurs, ici, avec ses enfants."

Yasmine Khlat

La Musique de Paris Dernière

 « Paris Dernière », émission phare de la chaîne du cable Paris Première, a inventé la psycho TV : on ne regarde plus un animateur à la télé, on voit ce qu’il voit. A émission différente, il fallait une musique autre. Pour clipper les traversées de Paris en accéléré numérique qui rythment les rencontres, interviews ou bavardages, Béatrice Ardisson a choisi d’utiliser sa collection de reprises décalées des plus grands tubes. Il n’y a en effet aucune raison pour que les bonnes mélodies ne servent qu’une fois ! Encore faut-il que leurs reprises apportent une véritable ré-interprétation dans le rythme, le chant, l’arrangement, bref le style… Ce travail d’illustration sonore sur Paris Dernière existe maintenant sur 3 CD ! Les livrets sont écrits par le plus érudit des rock-critics, Yves Bigot, et les illustrations sont de la plus tendance des graphistes, Florence Deygas. 

Thierry Ardisson

Pour en savoir plus
Clips & Lives
2
  • Bowie mania 1/2
    Bowie mania 2/2
2 items
Multimedia
1
  • Paris Dernière 7
1 item
L'album
Bowie Mania
Ref
 NS91542
Code ean
 3298490915424

1
 Emilie Simon - Space Oddity
2
 PacoVolume - The Jean Genie
3
 Y.Tiersen & Divine Comedy - Life Comedy
4
  Medi & The Medicine Show - Rebel
5
 Microsillon - This is not America
6
 Los Chicros - Changes
7
 The Gourds - Ziggy Stardust
8
 The New Standards - All The Young Dudes
9
 Ask The Dust - John I'm Only Dancing
10
 Rhonda Harris - China Girl
11
 The String Quartet - Ashes To Ashes
12
 Botox - Fashion
13
 Cocosuma - The Man Who Sold The World
14
 Man'olo - Heroes
15
 Arno & Beverly Jo Scott - Jean Baltazaar
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