
Est-il encore besoin de présenter Natacha Atlas ? De ses débuts au sein de Transglobal Underground à aujourd’hui, ce n’est pas moins de 15 ans de carrière qu’il convient de fêter ici. Le CD regroupe tous les plus grands titres de la dame; tous ses tubes, bien sûr, mais également les morceaux qui lui tenaient à cœur, et qu’elle a optimisé pour l’occasion, se permettant d’ici de là un remix ou un edit. Le résultat s’écoute plus comme un album que comme une compilation et s’avère impressionnant de cohérence.
Natacha Atlas (c’est son vrai nom), bien qu’originaire du Moyen-Orient, avec des racines et des liens familiaux en Egype, en Palestine ou encore au Maroc, est née en Belgique, Elle a parcouru le monde pendant la majeure partie de sa vie, s’installant successivement à Bruxelles, en Egypte, en Grèce et en Angleterre. Cette expérience des différentes cultures a sans aucun doute influencé sa musique.
La première rencontre de Natacha en tant que chanteuse avec un large public se fera au travers du hit club « Timbal », du groupe !Loca!. Très vite, elle rejoindra le cercle de Jah Wobble, où elle écrira et composera avec les Invaders Of Heart tout juste formé (elle a d’ailleurs retravaillé dernièrement avec Jah Wobble, en 2002, sur l’album « Shout At The Devil » de Wobble/Temple Of Sound).
En parallèle, elle rencontrera aussi le collectif multiculturel londonien Transglobal Underground, qui en mélangeant l’electronica, le dub, le hip hop, le funk avec les musiques traditionnelles africaines, indiennes et moyen-orientales, jouera un rôle déterminant dans l’explosion de la scène world-dance actuelle. Cette rencontre avec Transglobal Underground deviendra rapidement une longue et heureuse collaboration. Après une première apparition en tant qu’invité en 1991, Natacha deviendra, deux ans plus tard, un membre à part entière du collectif, en qualité de chanteuse et de danseuse du ventre (elle exécute à la perfection le vrai raq sharki, pas la version « touristique » de cette danse).
Deux ans plus tard, Tim Whelan, Hamid ManTu et Nick Page (aka Count Dubulah et aujourd’hui Temple Of Sound), tous membres de Transglobal Underground, aideront Natacha à enregistrer son premier album solo, « Diaspora ». En parallèle au succès de sa carrière solo, Natacha Atlas restera un membre à plein temps de Transglobal Underground, ces derniers l’accompagnant même sur scène, et ce jusqu’à ce que le groupe se sépare de Nation, leur label, en 1999. Aujourd’hui encore, et comme au début, les Transglobal Underground restent des alliés et des renforts de poids dans la carrière solo de Natacha Atlas.
« Diaspora » sorti en 1995, sur le label Mantra (comme tous ses albums solos). Le disque combine l’approche dance et dub de Transglobal Underground et un travail plus traditionnel avec des musiciens arabes, et sera unanimement salué par la critique. « Halim » sortira en 1997, suivi de « Gedida » en 1999, et la fusion naturelle opérée entre les influences venues d’Europe et du Moyen-Orient rencontre un succès grandissant sur les deux continents.
En 2000, « Remix Collection » proposera un florilège de titres issus des trois premiers album de Natacha, revus par des remixers au nombre desquels on retouve Talvin Singh, Banco de Gaia, Youth, 16B, Klute, The Bullitnuts, TJ Rehmi, Spooky et bien évidemment Transglobal.
« Ayestheni », quatrième album, verra le jour en 2001. Au travers de la reprise de « I Put A Spell On You » de Screamin’ Jay Hawkins, Natacha démontre avec maestria sa capacité à s’approprier et à sublimer un tel classique.
En 2002, Natacha s’associe à Marc Eagleton, et enregistre « Foretold In The Language Of Dreams ». C’est un changement radical de direction. Pas de rythmiques, juste un disque d’ambiance, calme, enregistré avec un nombre de musiciens réduit, parmi lesquels on retrouve tout de même le maître es-qanum Syrien, Abdullah Chhadeh, qui s’avère également être depuis 1999 l’époux de Natacha.
En aparté à sa carrière, Natacha Atlas reste très demandée comme chanteuse invitée par une quantité impressionnante de musiciens parmi lesquels figurent Nitin Sawhney, Jocelyn Pook, The Indigo Girls, FunDaMental, Ghostland, Abdel Ali Slimani, Toires, !Loca!, Musafir, Sawt El Atlas, Franco Battiato, Juno Reactor, Dhol Foundation, Jah Wobble, Jaz Coleman, Apache Indian, Mick Karn ou encore Jean-Michel Jarre (lors de son spectacle du Millénaire aux pieds de pyramides). On la retrouvera également sur la bande originale du film « The Truth About Charlie » de Jonathan Demme, et sur certaines B.O.F. de David Arnold, comme « Stargate » ou « James Bond - Meurs un autre jour ».
« Something Dangerous » verra le jour en 2003. C’est un album de contrastes et de collaborations, où Natacha plonge la musique orientale au cœur de pop anglaise, réunissant dans un étonnant creuset de création dance music, rap, drum’n’bass, r’n’b, pop indienne, la musique de film et la chanson française.
Le succès de Natacha au Moyen-Orient comme en Europe est là pour prouver à quel point un pont lancé entre deux cultures peut donner une musique excitante ; les rythmes et textures de la musique Arabe laissent apercevoir ici de nouveaux horizons pour le traditionnel 4 temps de la pop occidentale, comme un moyen pour les musiques du Moyen-Orient de s’ouvrir au reste du monde.
Pendant un temps, le signe d’une telle ouverture se fit en France, avec les succès d’artistes comme Khaled, Faudel, Cheb Mami, et bien sûr Natacha Atlas, qui s’installera au plus haut des charts avec sa reprise arabisante du classique de Françoise Hardy, « Mon amie la rose », succès qui sera couronné par une Victoire de la Musique de la meilleure chanteuse de l’année. Comme l’a souligné l’ex-Présidente Irlandaise Mary Robinson, lorsqu’elle nommera Natacha Atlas Ambassadrice des Nations-Unies contre le racisme : « Elle sublime le message qu’il y a des liens dans la diversité, que nos différences -qu’elles soient ethniques, raciales ou religieuses- sont une richesse qu’il faut embrasser plutôt qu’un sujet de peur ».
Avec « Something Dangerous » , Natacha passe directement de ses influences orientales au cœur de la pop Anglaise actuelle, partant des directions aussi diverses que la dance , le rap, la drum’n’bass, le R&B, l’hindi pop, la musique de film et la chanson française.
« Something Dangerous » ne se contente pas seulement de visiter plus de styles que par le passé, il marque également l’arrivée pour la première fois sur un album de Natacha Atlas d’autres chanteuses sur certains morceaux. De plus, beaucoup plus de morceaux qu’à l‘accoutumé sont chantés en anglais. Mais ce n’est pour autant un abandon de l’Arabe ; elle adopte et combine les deux langages aussi bien que l’hindi et le français.
« Something Dangerous » est un album bien nommé. Natacha y prend tous les risques, repoussant sans cesse ses limites et la palette de sa diversité musicale. Le résultat aurait pu cruellement manquer d’unité… Il n’en est rien. Comme tous les grands disques, c’est dans l’audace que le sublime s’inscrit.

