Before the poison / Edition 10ans
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L'artiste

Grâce à sa longue et remarquable carrière, Marianne Faithfull figure parmi les compositeures-interprètes les plus originales que le pays ait produit. Foncièrement impénétrable, elle n’est de loin pas dénuée d’une forme de chaleur très personnelle et détient surtout ce rare talent qui consiste à métamorphoser n’importe quel texte en se l’appropriant complètement. Un don qu’elle ne se borne pas à exercer sur ses propres textes. Elle excelle, en effet, dans l’art de s’identifier aux mots et aux musiques des autres.

Son histoire a fait l’objet de nombreux et de riches écrits. Citons à cet effet son intéressante et intelligente autobiographie FAITHFULL (1994). Née en décembre 1946 à Hampstead, elle doit son titre de princesse du Swinging London à « As Tears Go By », premier titre composé pour elle par le tandem Mick Jagger et Keith Richard, suivi de cinq albums accompagnant la carrière parallèle de l’artiste en qualité de comédienne de cinéma dans GIRL ON A MOTORCYCLE (1968), et de théâtre dans les THREE SISTERS de Chekhov (1967) et HAMLET (1969). Carrière suspendue à la fin des années soixante pour des raisons personnelles, avant que l’addiction à la drogue ne la submerge.

Elle tente un premier retour au milieu des années soixante-dix avec l’album DREAMIN’ MY DREAMS (1976), mais c’est avec le fameux et désormais célèbre BROKEN ENGLISH qu’elle réussit définitivement son come-back en 1979. S’en suivent plusieurs explorations new wave avec DANGEROUS ACQUAINTANCES (1981) et A CHILD’S ADVENTURE (1983), mais malgré sa puissance créative, Marianne ne se remet que difficilement des problèmes de drogue qu’elle avait rencontré dans les années soixante.

Affichant une tristesse teintée d’optimisme et un désespoir non dépourvu d’humour, Marianne revient, définitivement débarrassée de son addiction, avec un éventail de mélodies pop mâtinées de blues sur l’album STRANGE WEATHER (1987), plébiscité par la critique. Album suivi d’un rétrospectif live, BLAZING AWAY (1990), sous forme de CD et de VHS, qui retrace intelligemment le cheminement de Faithfull et ce qui a fait d’elle l’artiste de concert la plus convoitée des 30 dernières années.

Sa carrière prend une nouvelle orientation avec SECRET LIFE (1995), album coécrit avec le compositeur italien Angelo Badalementi, et son incursion dans les univers de Kurt Weill et de Bertolt Brecht, dont elle réalise l’entame en 1991 avec sa performance au Threepenny Opera, au Gate Theatre de Dublin, poursuivie par l’opus 20TH CENTURY BLUES (1996), et l’épilogue avec le notable enregistrement de l’opéra THE SEVEN DEADLY SINS (1998). Le plus apprécié de ses albums, VAGABOND WAYS, sorti en 1999, marque son retour vers une carrière musicale mainstream.

Avec l’arrivée du nouveau millénaire et forte d’une créativité et d’une vigueur retrouvées, elle revient à ses premières amours de comédienne dans INTIMACY (2001), MARIE ANTOINETTE (2006), et un premier rôle dans IRINA PALM (2006), qui lui vaut de figurer parmi les nominations de l’EFA pour le titre de meilleure actrice. Deux albums couverts d’éloges, basés sur des collaborations avec d’autres artistes, lui permettent de retrouver sa place au panthéon du rock, KISSIN TIME (2002) avec Billy Corgan, Beck, Pulp et Blur, et plus radicalement, avec PJ Harvey, Nick Cave, Damon Albarn et Jon Brion sur BEFORE THE POISON (2004). Marianne reprend le chemin de la scène avec THE BLACK RIDER (2004), une comédie musicale faustienne, signée par des compagnons de route tels que Tom Waits et le regretté William Burroughs. Des problèmes de santé la placent une fois encore en marge de toute activité en 2005 et 2006. Mais elle revient en force en 2007 par le biais d’une tournée mondiale et la publication d’un second volume de mémoire présentant une facette plus personnelle de sa vie, intitulé MEMORIES DREAMS AND REFLECTIONS (2007).

Son dernier opus EASY COME, EASY GO sera dans les bacs en fin septembre 2008. Enregistré en l’espace de deux semaines, fin 2007, dans les mythiques studios Sear Sound de New York, les titres qui le composent, des relectures de chansons d’artistes divers telles que « Solitude » de Billie Holiday, « Sing Me Back Home » de Merle Haggard, « Easy Come Easy Go Blues » (titre éponyme de l’album) de Bessie Smith, « Dear God Please Help Me » de Morrissey et « Down from Dover » de Dolly parton, ont tous été choisis par Marianne et Hal. Caractérisé par une formation de cuivres et de cordes, l’album a la particularité de réunir Marianne, Marc Ribot et Barry Reynolds. Marianne et Hal ont le sentiment que cet opus constitue leur meilleure entreprise à ce jour. En parallèle, Marianne se produira également au courant de l’année 2008, avec les sonnets in love de Shakespeare, dont elle donnera une lecture de morceaux choisis accompagnée par un violoncelle.

Contrairement à d’autres artistes, dont les œuvres font l’objet d’une définition au cours de la genèse de leur carrière, Marianne Faithfull suit sa propre voie avec opiniâtreté. Elle se démarque de ses contemporains dans une quête perpétuelle de nouveaux horizons créatifs, au fil d’un parcours qui s’est toujours avéré comme un processus positif d’affirmation de soi.

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