
Certaines rencontres se prévoient pendant des mois voire même des années. D’autres peuvent se produire presque par hasard et pourtant nous laissent l’impression qu’elles se produisent juste au bon moment. La rencontre d’Ana Carolina et Seu Jorge rentre dans la deuxième catégorie. Deux artistes, Ana Carolina et Seu Jorge, avec une admiration mutuelle et des affinités pour le travail de l’autre ont reçu début 2005 une invitation du club de São Paulo, Tom Brasil, pour faire un show ensemble dans le cadre des projets acoustiques du club. Après des discussions autour du programme et du répertoire puis environ une semaine de répétitions, le résultat était si réussi que les deux concerts initialement prévus ont été prolongés jusqu’à quatre et qu’aujourd’hui ce show se retrouve sur un CD/DVD qui sort le 14 novembre chez naïve. Un tel événement aurait facilement pu se limiter à une célébration du succès des deux artistes qui se seraient contentés d’enregistrer chacun leurs morceaux qui apportent fraîcheur et nouveauté à la musique brésilienne. Ana Carolina & Seu Jorge ont cependant préféré amener les choses beaucoup plus loin. Nouvelles associations (entre eux-mêmes et avec d’autres compositeurs), nouvelles versions de vieux hits, nouvelles paroles écrites par des amis, nouvelles versions de classiques de la Musique Populaire Brésilienne (MPB), nouveaux instruments, nouveaux arrangements….C’était une rencontre marqué par l’innovation et l’affinité. Affinité notamment en ce qui concerne la vision qu’ils peuvent avoir de leur pays d’origine et que l’on retrouve dans leurs deux répertoires mais qu’Ana Carolina n’a réalisé qu’ensuite " Nous avons choisi de façon complétement aléatoire des chansons contenant des revendications, des critiques de la scène politique, pas seulement au Brésil mais dans le monde entier. " dit-elle. Durant l’enregistrement, Seu Jorge alterne la clarinette (son premier instrument qu’il a appris avec Paulo Moura) avec la guitare classique, la basse et le tambourin. De son côté, Ana alterne tambourin, guitares folk et classique et fait sa première apparition à la basse avec le soutien entier de Jorge. C’est d’ailleurs en jouant de la basse qu’elle fait le duo avec Seu Jorge sur la morceau " Tanta Saudade ", un classique de Djavan et Chico Buarque auquel ils redonnent une toute nouvelle puissance. Comme si tout cela n’était pas suffisant, le DVD contient encore d’autres surprises comme le bonus où l’on voit Ana et Jorge dans un cercle de Samba à Bar da Maria, le long de la route de la maison des musiciens à São Paulo. En tant qu’invitée d’honneur et jouant du tambourin, Ana s’est clairement sentie très à l’aise dans la maison de ses amis. " Je mets régulièrement des cds de samba chez moi et les accompagne au tambourin, mais à Bar da Maria j’ai fini par chanter avec Ivone Lara avec qui j’avais déjà fait un show à Canecão " explique-t-elle. Alors que l’amitié entre Ana Carolina et Seu Jorge leur a déjà apporté beaucoup de plaisir ainsi que de magnifiques duos pour le public, leur récent travail les a encore rapprochés. Comme si, ayant partagé une scène, ils se sentent chacun plus que jamais à l’aise dans l’univers de l’autre, que ce soit pour jouer de nouveaux morceaux ou de vieux hits. On retrouve d’ailleurs toute cette complicité dans le DVD, par exemple lors des répétitions dans le garage de Seu Jorge où celui-ci montre à Ana Carolina comment jouer aux jeux vidéos en pyjama imprimé d’animaux.
M’sieu’ Jorge ne manque pas de ressources, son
éveil à l¹expression artistique, dans le théâtre, l’a sorti de la rue et lui a appris une grande liberté d’expression(s) : le cinéma, comme acteur,
bien sûr, on se rappelle son rôle de chauffeur de bus dans « La cité de Dieu », et celui de... chanteur des tubes de Bowie dans « Life aquatic », et de sa propre musique dans « Moro no Brasil », du Finlandais Mika Kaurismäki, mais
aussi comme auteur de soundtracks. Et, justement, la musique, depuis son groupe d’origine Farofa Carioca, jusqu’à un impressionnant duo live avec Ana
Carolina, en passant par « Samba esporte fino », réalisé avec Mario Caldato (producteur des Beastie Boys). Et par « Cru », cet opus échappant à l’imagerie conventionnelle du Brésil : une entrée triomphale dans la cour des grands, en France (avec l’effet grossissant de l’Année du Brésil) et au Japon, notamment.

