
" Il connaît la chanson " Alex Beaupain est de retour avec un album ardent. De vie, de sexe, et de consolations. Un 33 tours à la place du cœur. Des souvenirs encore, des fantômes toujours. Quelques actrices qui traversent son paysage mental. Une météo pas folichonne, je crois. Novembre, toujours dégueulasse, un peu cardiaque, très patraque. La pop est ici une maison de parapluies. Parfois on se gèle un peu dans les refrains d’Alex Beaupain. Mais après la pluie vient le moment d’exulter, car il faut bien que le corps… comme disait Brel. La voix, belle, caresse toujours. Le garçon d’honneur tient ses promesses. Il est rutilant comme un juke box. Avec des tubes en pagaille et aussi sa façon de rendre à ses pères ce qui leur appartient. Alex Beaupain connaît la chanson. Nous aussi. Cela tombe bien. Merci Jodie, les Korgies, Ten CC, Julien Clerc période cauchemar noir album " 7 ", " Souffrir par toi n’est pas souffrir ", et puis réminiscence ultime ce " Pierre " de la longue dame brune. Cette façon de murmurer parfois comme s’il y avait un feu dans la cheminée, l’automne, la pluie qui tombe sur la remise et un saxo qui chiale dans l’arrière-cour. La pluie sur le génie de la Bastille. La pluie qui nous manque quand on est actrice de cinéma. La pluie tout le temps… Des chansons mouillées. Ca donne des corps humides aussi. Comme les sexes qui se cherchent aussi. Alex Beaupain chante comme si c’était hier et demain à la fois. Voix intemporelle sans époque. Qui croiserait par exemple Dominique A au bord d’un chemin pour parler de la modernité qui nous tenaille. Alex Beaupain est un chanteur à part. Un garçon qui chante en aparté aussi. Drôle quand il parle, mélancolique quand il chante. Un sentimental planqué qui offre aux fleurs le courage que les hommes n’ont plus. Peut-être aurait-il pu être un jeune homme moderne. Rajuster sa cravate sur une photo de pochette de disque. Avant la scène. Très classe. Une certaine façon de ne pas voir que l’on est beau soi-même. De toutes les façons, le bonheur est de courte durée. Léo Ferré avait dit : " le bonheur c’est du chagrin qui se repose ". Le ciel est toujours au-dessus de nos têtes. Il ne nous est pas tombé dessus. Tant que le ciel tient, Alex Beaupain peut chanter. Les disparus sont passés maîtres dans l’art du chantage. Et en souvenir d’eux on fait quand même gaffe à ne pas avoir le ventre trop mou. Alex Beaupain ne sait pas. Avec ses chansons on fait attention à nous. Que tout ne s’encrasse pas. Ou alors être " A bout de souffle " pour mourir abattu en chef d’œuvre sur le bitume. Et puis au bout du compte on veut tous à un moment ou un autre la même chose. Rentrer chez nous. " I want to go home ". Anymore. Là, on oublie que nos visages ne sont qu’un souvenir de nous. Même en novembre, le mois des pluies et des tempêtes…C’est dire. Par Didier Varrod
«J’ai compris qui j’étais comme auteur compositeur grâce aux Chansons d’amour», dit Alex Beaupain. De même, c’est devant les fans du film, affluant à ses concerts, émus et reconnaissants, qu’il a trouvé quel interprète, quel chanteur il serait. «33 Tours», son deuxième album (2008), est
sorti dans le sillage de cette révélation, comme une suite, et s’est mélangé naturellement sur scène aux morceaux des « Chansons d’amour ». Le titre «Comme la pluie», chanté avec Chiara Mastroianni, Clotilde Hesme et Ludivine Sagnier, se retrouve d’ailleurs dans le film suivant de Christophe Honoré, « La Belle Personne ».
Aujourd’hui, Alex Beaupain s’émancipe, mais dans la fidélité. D’un côté, il a écrit et composé les chansons des « Bien-aimés », le prochain Honoré, avec, entre autres, Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier et Louis Garrel. De l’autre, voici «Pourquoi battait mon cœur», un troisième album qui n’appartient qu’à lui. Seul le titre «Avant la haine» rappelle le cinéma : à l’origine destiné à l’album «Garçon d’honneur», on pouvait l’entendre, interprété par Romain Duris et Joana Preiss, à la fin de « Dans Paris » (2006). Objet d’un culte secret depuis lors, ce duo est cette fois chanté non avec une actrice, mais avec Camélia Jordana : «Comme elle a une voix puissante et que je chante de façon plutôt douce, les rôles sont inversés, c'est un peu moi qui fait la fille", s’amuse Alex Beaupain.
Le partage se précise entre les sentiments et le sexe, qui est la source d’inspiration des titres les plus pop, les plus rythmiques – «Sur toute la ligne», «La Nuit promet», d’un hédonisme débridé. Un nouveau réalisateur, Jean-Philippe Verdin, venu de l’électro, entraîne Alex Beaupain sur cette pente
festive, mais toujours un peu fêlée, et qui appelle la scène. Ces chansons-là esquissent son manifeste libertaire à lui, son geste politique, en quelque sorte.
La chanson qui donne son titre à l’album, «Pourquoi battait mon cœur», est celle qui le résume le mieux. Energique et mélancolique, elle parle du tourbillon de la vie et de la confusion des sentiments. Elle donne congé aux souvenirs («La mémoire, vois-tu, je n’y tiens plus ») mais garde le tempo de l’amour en fuite. C’est une chanson sur les temps qui changent, une chanson de vertige : «Allons regarde toi, ce doit être une erreur, ce n’est sûrement pas ça, pourquoi battait mon cœur.»

