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Naïve maison d'artistes

Pour une âme souveraine - A dedication to Nina Simone

Meshell Ndegeocello - Meshell Ndegeocello

pop-rock - 09/10/2012 - Genre Jazz - soul - Code ean 3298498270112 - ref NV827011

  1. 1.  Please Don't Let Me Be Misunderstood
  2. 2.  Suzanne
  3. 3.  Real Real (feat. Toshi Reagon)
  4. 4.  House Of The Rising Sun (feat. Toshi Reagon)
  5. 5.  Turn Me On
  6. 6.  Feeling Good
  7. 7.  Don't Take All Night (feat. Sinead O'Connor)
  8. 8.  Nobody's Fault But Mine (feat. Lizz Wright)
  9. 9.  Be My Husband (feat. Valerie June)
  10. 10.  Black Is The Color Of My True Loves Hair
  11. 11.  See Line Woman (feat. Tracy Wannomae)
  12. 12.  Either Way I Loose
    • 13.  To Be Young, Gifted And Black (feat.Cody ChesnuTT)
    • 14.  Four Women
  13. voir les 14 titres

« Elle est hors de toute habitude, hors de tout contrôle, hors compétition. Sa voix est entre toutes reconnaissable et son esprit incontournable. Elle peut...

« Elle est hors de toute habitude, hors de tout contrôle, hors compétition. Sa voix est entre toutes reconnaissable et son esprit incontournable. Elle peut être laconique, colérique et expressive de son désespoir, de sa joie, de sa sexualité. Elle ne joue pas le jeu de l’industrie du disque, bien évidemment difficile et par trop volatile. Si elle a desiré le succès, elle a subi des pressions pour faire des hits, mais son propre son demeura toujours irrépressible. Elle avait des choses à dire, et elle n’a jamais hésité à protester. Elle était une voix noire, féminine, forte, fière à une époque où de telles icônes n’étaient pas encouragées à se faire entendre. » Meshell Ndgeocello dresse ainsi le portrait de Nina Simone : coutures toujours saillantes comme des plaies jamais refermées… Les contours d’une personnalité à la marge qui pourraient bien réfléchir sa propre image. Celle dont le surnom signifie « libre comme un oiseau » en swahili est célébrée pour voler de ses propres ailes, à tenir bec et ongles à son indépendance d’esprit. Pas question de s’en laisser conter par le premier perdreau de l’année. Pas le genre à être mise en cage, dans une catégorie soigneusement prédéfinie. Pas de doute que ses qualités, pour qui sait les apprécier, collent à la peau de Nina Simone, connue pour son verbe aiguisé et reconnue pour ses positions tranchées.

« Les critiques ont commencé à discuter mon style. Je leur compliquais la tâche : je jouais des chansons pop dans un style classique influencé aussi par mes années “cocktail jazz”. Ajoutez à cela les spirituals et gospels de mon enfance, le fait que le public du mouvement folk se reconnaissait dans ma façon de lier cette histoire personnelle avec l’histoire tout court : j’étais un casse-tête pour les spécialistes. » Ces mots de Nina Simone (dans son récit autobiographique I Put A Spell On You) renvoie aux maux dits blues de Meshell Ndgeocello qu’elle bastonne funk ou tonne hip-hop, qu’elle culmine vers le jazz ou chemine dans la folk. L’une comme l’autre traversent avec génie tout le spectre de la Great Black Music, voire au-delà. Sans oeillères, elles invitent à briser les codes de bonne conduite, à traverser les frontières des Apartheid mentaux. En ce sens aussi, la bassiste pourrait bien être la digne héritière de la pianiste, qu’elle a découvert au début des années 1990, en écoutant “Black is the color of my true love's hair”, un titre de Latimer Emile qui devint sous les traits de Nina Simone la voie à suivre pour toute une génération. Une phrase qui écorche le rêve d’une Amérique bon teint, une sentence qui est l’accroche de ce nouvel album au titre on ne peut plus explicite. “Pour une âme souveraine”. Y entendre une dédicace à Nina Simone, bien mieux qu’un énième hommage. La bassiste souligne par la grâce d’une poignée de classiques toute la fragilité de son aînée, toute la complexité de ce personnage, sa spiritualité qui rime avec atemporalité. De “Please Don't Let Me Be Misunderstood” qui fut composé pour saluer son esprit rebelle à « Four Women », qu’elle écrivit sur quatre stéréotypes de femmes noires, en passant par “Suzanne” de Leonard Cohen et “Nobody's Fault But Mine”, un pur spiritual. Standards sortis de la tradition comme le classique “House Of The Rising Sun” et compositions écrites par Nina Simone comme “Real Real”, ou pour elle comme “To Be Young, Gifted And Black” du génial Weldon Irvine, la palette est large, histoire de recomposer la réalité d’une artiste toute en contraste. « Il s’agissait d’en montrer les nombreux visages. Nina Simone était une musicienne, une auteure, une chanteuse, une voix politique, radicale. Une femme complète et compliquée, et non un simple jeton sur lequel on mise. Elle était surtout une outsider, telle une étrangère, à l'intérieur du système. Elle était tout autant opprimée par son inclusion qu'elle le fût par son exclusion. C’est ce qui la rendait si singulière, comme sa voix si personnelle, même si beaucoup d'entre nous peuvent s’y rapporter dès l’avoir entendue. » Classiques ou originaux, tous sont aujourd’hui marqués de l’empreinte de Nina Simone. Tous porteront demain la griffe de Meshell Ndegeocello, qui transcende ces versions en d’inédites visions.

Jazz, blues, gospel, folk, rock, là n’est pas l’enjeu de cette dédicace à une femme, dont les états d’âme traduisent toute la complexité de ce monde. Aux lectures univoques, monochromes, Meshell préfère donc parcourir l’étendue d’une palette autrement plus sensible. « Même si elle fut engagée, Nina Simone n’était pas la porte-parole d’un message ferme et définitif. Sa musique parlait souvent pour elle, de ses failles et de ses troubles. Son humanité est sans doute ce qu’il faut garder, ce désir de tout embrasser avec les failles que l’on sait. Elle n'était ni bonne, ni mauvaise, ni même brillante. Elle était tout cela, et surtout humaine. C'était important pour moi de garder ses chansons vivantes, de les transmettre à d’autres. » Et au-delà, comme le suggère le titre de cet album, Meshell perçoit dans la musique de Nina Simone un encouragement pour tous ceux qui sortent des cadres. Intimes visions plus que futiles versions, elle ne se lance pas ici dans un exercice du style « décalcomanie à la manière de » : chaque titre est réinventé, transfiguré comme il se doit, comme s’il lui appartenait. Comment faire autrement pour se montrer digne d’un tel répertoire ? Face à de telles histoires, il faut savoir les faire siennes, y poser avec subtilité des touches qui impriment une autre signature. La traditionnelle ballade “House of Rising Sun” prend ainsi des accents trépidants, “Feeling Good” joue plus sur le velours d’une voix tout (folk) soul, “Don’t Take All Night” offre l’occasion d’un duo sur le mode bluegrass avec Sinead O’Connor, l’indomptable chanteuse irlandaise qui vit et vibre au plus profond chaque mot dit, “Nobody’s Fault But Mine” reprend ses couleurs d’origine, gospel blues sublimement minimal et intensément spirituel…

Pour ce faire, dix jours à Los Angeles ont suffi dans les studios du guitariste Pete Min, ingénieux ingénieur aux manettes pour donner au son cette couleur tout à la fois brute et sophistiquée. Sans prise de tête, ces prises directes rappellent la complicité entre Meshell Ndegeocello et son trio qui l’accompagne sur scène, au diapason de ses intentions : Deantoni Parks aux baguettes, Jebin Bruni aux claviers et Chris Bruce à la guitare. À ceux-là s’ajoute le souffle subtilement essentiel de la saxophoniste Tracy Wannomae, repérée dans des projets à forte dimension spirituelle (Build An Ark) ou à connotation plus charnelle (Macy Gray), comme sur le terrible “See Line Woman”. Comme un chant émouvant, à l’égal des voix majuscules qui habitent la plupart des chansons. Outre Shinead O’Connor, au fil des titres on retrouve Lizz Wright, l’une des grandes voix du jazz tendance folk soul apparue depuis dix ans, Valérie June, la nouvelle égérie du blues rustique et organique, Toshi Reagon, héritière d’une grande lignée (Les Freedom Singers) qui s’illustra durant la lutte pour les Droits civiques, dont elle a repris le flambeau depuis plus de vingt ans à travers une thématique enracinné dans le folk blues, et enfin le natif d’Atlanta Cody Chesnutt, chantre d’une soul décloisonnée depuis le bien-nommé The Headphone Masterpiece, où son timbre rauque parvenait à réunir sur un simple quatre-pistes la soul, le blues, le hip-hop et le rhythm’n’blues. À ce festin tout à la fois nu et cru, chaque convive est judicieusement choisi pour incarner la profondeur des champs esthétiques abordés, tous au diapason de leur maître de céans, Meshell Ndegeocello, tout à la fois singulièrement multiple et résolumment unique, profondément ancrée dans l’urbanité et puissament arrimée aux terroirs américains. « Je les ai choisies parce que ces voix ont toujours eu le souci de ne pas rester enfermées dans la petite boîte où elles était censées demeurer. » Toutes autant à l’image de l’irréductible Nina Simone, de sa manière de toucher à l’intime le temps d’une ballade, de crier haut et fort sa colère au monde sur un gospel réinvesti de fond en comble.

Cette diversité de tons et timbres en dit long sur la variété de registres abordés, sous le vernis des teintes plus mates que brillantes. « Il s’agissait avant tout de choisir des chansons qui honorent le talent protéiforme de Nina Simone mais que je puisse connecter à ma vision. » Emblématiques, les deux classiques qui closent ce recueil, des hymnes tout à la fois intimes et universels : “To Be Young, Gifted And Black” dont le propos n’a pas pris une ride, et “Four Women”, remise en perspective par une voix sombre et sobre. Comme une apnée dans les tréfonds de sa propre pensée, Meshell Ndegeocello se livre sans faux semblants. Une exigence que stigmatise Chris Bruce qui coproduit l’album et en signe les arrangements. « Le maître mot de ces sessions était l’authenticité. Il fallait créer un son qui nous corresponde. Le but n’était donc pas de recréer les versions existantes, parce que nous avons estimé fortement que la seule façon d’honorer Nina serait pour Meshell pour trouver sa propre voix dans cette matière. Nina explorait et expérimentait toujours, tout à fait cathartique. Quand on connaît bien son travail et son parcours, on se rend compte qu’elle a elle-même souvent donné de multiples versions d’une même chanson. C’était ce modèle que nous avions en tête : la créativité était la seule possibilité pour accoucher d’un résultat dont on puisse dire, finalement, qu’elle en aurait était fière. »

 

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