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Naïve maison d'artistes

Pause

Andy Emler - Andy Emler

Classique - 26/04/2011 - 1 CD digipack - Durée 54'40 - Code ean 3298490640012 - ref DJ64001

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  1. 1.  Crazy orgue café
  2. 2.  Pulsations Nocturnes
  3. 3.  Dehors dans les nuages
  4. 4.  Ti pièce en or
  5. 5.  Triorgue

Le goût pour la rencontre et la transmission, mais surtout le plaisir du jeu collectif dessinent d’emblée la personnalité du musicien épicurien et...

Le goût pour la rencontre et la transmission, mais surtout le plaisir du jeu collectif dessinent d’emblée la personnalité du musicien épicurien et généreux qu’est Andy emler, "catalyseur d’énergies comme de désirs" - comme il aime à se définir. en marge du collectif, qu’incarne à merveille l’actuel megaoctet, véritable "boule de feu" en fusion constante (au point que chacune des apparitions de cet orchestre est un cataclysme "heureux"), il y a aussi les voyages en solitaire et l’album récent "For Better times" que le pianiste a fini par s’autoriser. Que la partie se joue à plusieurs ou seul devant son piano, la source vive est la même ; l’incessant jaillissement des idées musicales – ce qu’on nomme "improvisation", et qui est sans aucun doute le langage premier de ce musicien. Un langage des origines, sans cesse revivifié par les plaisirs de la composition, le goût pour les contrastes, la diversité des timbres, de l’instrumentation. Andy emler, héritier d’un maurice Ravel ou d’un Albert Roussel ? Peut-être bien … D’ailleurs il aime rappeler qu’il a fait ses classes de piano aux côtés d’une organiste qui l’a en même temps initié aux plaisirs de la composition et à "l’émotion" musicale. entre deux symphonies de Beethoven et mozart, déchiffrées à deux pianos, la dame en question a été semble-t-il également l’auditrice privilégiée des premières improvisations de son élève. et voilà que le passé rattrape celui qui pensait avoir enfoui dans un coin de sa mémoire non pas l’initiatrice aux plaisirs des sons, mais plutôt l’esthétique de l’ecole niedermeyer qu’elle incarnait, avec sa tradition d’organistes. Lorsque la Fondation Royaumont se lance en 2001 dans un travail de restauration de son orgue Cavaillé-Coll, elle offre à Andy emler, une fois cette restauration achevée, un nouveau territoire de jeu : les trois claviers de l’orgue, installé dans le splendide réfectoire de l’abbaye. Le musicien profite de sa résidence dans ce lieu splendide pour apprivoiser "l’animal". en décembre 2009, des micros glissés dans les entrailles de l’instrument captent la musique qui jaillit sous les doigts - et les pieds - de l’organiste, avec la complicité de quelques amis chers, ceux de son megaoctet : nous voilà arrivés à la musique de "Pause". Nous sommes dans le réfectoire de l’abbaye de Royaumont, et les musiciens réunis autour de l’orgue comme autour d’une table dressée nous invitent à un banquet sonore ; un banquet beaucoup moins frugal sans doute, que les repas partagés autrefois par les moines dans ce même réfectoire, et qui prend très vite la forme d’un voyage autour d’une idée musicale très simple – presque la ligne mélodique d’un cantique ? La voilà qui parcourt chacune des pièces, et se trouve, selon le contexte, transposée, transformée, tronquée, clamée ou balbutiée, écourtée ou allongée, à l’envi…. Cette mélodie, chantée d’abord à l’orgue par Andy Emler, voyage d’un instrument à l’autre, au gré d’une savante “mélodie de timbres“. Notre écoute de "Pause", c’est ce voyage : un "suivez le thème" d’autant plus plaisant qu’il est libre et imprévisible. Improvisation et composition s’y entrelacent, rejoignent leurs lignes, comme les croisées d’ogive du réfectoire de l’abbaye. Et comme toujours, dans la musique d’Andy Emler, les "coutures" disparaissent dans une courbe unique d’une absolue fluidité. La musique qui se joue dans "Pause" est par moments en même temps qu’un banquet, un formidable bouquet de "jeux d’anches", les anches de l’orgue venant se glisser, jusqu’à se confondre avec elles, avec celles de Laurent Dehors et Guillaume Orti. Ces jeux d’anches sonnent parfois comme des appels mystérieux, des cris d’oiseaux - comme on en entend parfois dans les églises et les abbayes, et pas seulement lorsque la musique d’Olivier Messiaen y résonne ! Appels qui surgissent aussi, au milieu de ce banquet inouï, de la trompette de Laurent Blondiau et de l’archet de Claude Tchamitchian. La musique de "Pause" porte d’ailleurs en elle quelque chose de nocturne ; le silence et les longues résonances creusent l’espace nuit. On le sait, la nuit les appels se font plus déchirants, les battements de coeur sonnent plus fort. Ici, un pouls, une pulsation régulière innervent chacune des pièces, et ce n’est pas seulement le pouls de "la bête à tuyaux", mais aussi cette formidable pulsation qui fait danser ensemble la contrebasse de Claude Tchamitchian et la batterie d’Eric Echampard. "Faire groover un orgue, c’est possible" aime à dire Andy Emler… Oui, surtout quand on apprivoise "complètement" cet animal qu’est l’orgue ; c’est-à-dire qu’on en explore tous les jeux et registres, tous les moyens expressifs, ceux de la soufflerie comme du pédalier, ou de ses touches, plus tout à fait blanches… Autrement dit lorsqu’on extrait de lui, avec sensualité et générosité, aussi bien les grognements, les râles, que les sons les plus purs ! "Longtemps, lorsque tout jeune enfant, une énorme clef en main, je prenais le chemin de la tribune d’orgue, la porte lourde et crissante et cet escalier aux méandres rompus étaient déjà pour moi le prologue à un long poème de la matière, qui ne devait s’achever qu’à la limite des voûtes. Cette odeur particulière du vieux bois humide, de colle et de peau, était pour moi non pas l’odeur des siècles, mais l’odeur chaude de quelque animal d’essence inconnue, animal robuste et démesuré, jamais venu à maturité parce qu’on sait qu’il eut prise son essor dans des contrées rares, lovecraftiennes et hors du temps…" Jean Guillou / L’orgue, souvenir et avenir Anne Montaron
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