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Naïve maison d'artistes

Le Salon des refusées

Claire Diterzi - Claire Diterzi

chanson française - 19/01/2013

écouter l'album
  1. 1.  Le roi des forêts
  2. 2.  Nature morte
  3. 3.  La précieuse
  4. 4.  Renaissance
  5. 5.  Au salon des refusées
  6. 6.  Cadavre exquis
  7. 7.  Entre ses mains
  8. 8.  Le bal des pompiers
  9. 9.  Branle du lazio
  10. 10.  Riders on the storm
  11. 11.  Clair-obscur
  12. 12.  Corps étrangers

En 1863, le jury du Salon Officiel de peinture et de sculpture (désigné par les membres de l'Académie), refusa plus de 3000 œuvres sur 5000. À l'époque, le Salon était la seule façon pour un artiste d'acquérir une reconnaissance officielle. L’empereur Napoléon III, sur conseil de Viollet-le-Duc, décida qu’une exposition des refusés se tiendrait au Palais de l’Industrie. Le Salon des Refusés, illustration de l’émergence en opposition avec le goût officiel, marqua par sa grande modernité le début de la libération de la peinture, inacceptable pour la foule habituée au mauvais goût douceâtre des académiques (surnommés à l’époque “pompiers”). Coupée du grand public, cette peinture nouvelle œuvra en marge, dans l'audace soutenue par la foi commune des artistes.

En octobre 2010, Claire Diterzi devient la première artiste provenant des musiques actuelles à obtenir une résidence à la Villa Médicis à Rome. Cette nomination déchaîna une vague de violentes protestations dans le monde de la musique contemporaine. Une lettre ouverte fut adressée au Ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, dénonçant le “désintérêt pour l'art non directement rentable au profit d'une production artistique qui, séduisante par essence, a la faculté de mettre tout le monde d'accord sans aucun effort.” Contestant ce diagnostic et s'indignant de ces attaques, une contre-pétition intitulée “Soutien à la création musicale : Oui ! et sous toutes ses formes”, est lancée et signée par de nombreux acteurs du monde musical et culturel. Attache-parisienne en Italie Dans Le salon des refusées, onze chansons et une plage sonore sont accrochées aux murs comme autant de tableaux aux paysages mouvants, sensiblement différents mais ouverts sur un horizon commun : les cycles de l’amour. Dans ce salon règne un confort ouaté, une chaleur d’appartement que régule un éclairage calfeutré. Du cœur de cet espace d’habitation transformé en studio de travail, la voix de Claire Diterzi s’élève, ses mots, sa musique incarnée qu’elle est allée puiser au plus douloureux d’elle-même, seule ou presque dans son nid organique bâti quelque part sur la terre, dans l’air, sous l’eau, au milieu des flammes, abritée mais perdue sous un ciel aléatoire, dans une époque irrésolue, entre la guerre et la fête, l’obscurité et les paillettes, la gloire et les oubliettes. Et parce que son « nord » s’est refusé à elle-même et aux autres pour des raisons qu’on peut ignorer ou ne pas vouloir savoir, l’album exulte de nouveauté, de simplicité, de courage et de force contenue, dont la puissance de tonnerre s’abat longtemps encore après l’éclair de l’écoute. Exilée d’elle-même, l’exploratrice des profondeurs, la voyageuse de la nuit, la chercheuse de lumière en territoire inconnu nous offre avec beaucoup de pudeur un trésor intime. Il semblerait que la souffrance ait payé, les coups de piolet ont fait jaillir la matière brute d’une musique dépouillée, riche en mélodies prélevées à la source : pures, limpides, sans phosphate ni arôme artificiel. Son âme est à nu, sa voix posée - mais ô combien toujours fière, en colère, insoumise, généreuse. Les machines électroniques ont été remisées. Il n’y a pas d’effet appuyé, pas d’emphase, pas de son de tambour ni de fanfare présidentielle. Pas de démonstration. Rien que des essences, des souffles, des cordes, des gouttelettes de cordes, des courants de cordes que la viole de gambe vient filer - un peu de rock aussi pour commencer, un ou deux « bras d’honneur », un peu de pop et de petites nappes bien comme il faut car on ne se refait pas. Et c’est beau. C’est beau à en pleurer. C’est drôle aussi parfois. La folle-dingue inventive, multirécidiviste et transformiste d’un album à l’autre n’a jamais été aussi folle que depuis qu’elle est sage. Une sagesse relative : comme si chaque morceau, taillé au mot, à la note et à la seconde près, en vous emmenant au bord d’un abîme à en donner le vertige, était prêt dans un mouvement tout aussi aérien à vous péter à la gueule. De ce salon qui aurait pu rester à la villa Médicis de Rome où elle a conçu son oeuvre pendant un an (et tout contre lequel, pour mon plus grand plaisir il fallait que je le dise, j’ai vécu oreille au mur), la chanteuse française en a fait un lieu universel, départ d’un voyage intérieur et culturel qu’elle nous invite à effectuer à ses côtés. C’est là tout le paradoxe et la poésie de cet album romantique, au toucher classique et académique, mais d’inspiration contemporaine et actuelle. Patrice Pluyette
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