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Naïve maison d'artistes

M83

M83

pop-rock

  "Une débauche de batterie épique, de chœurs de synthés à la Kate Bush et un sax emballé emprunté à Cut Copy...

 

"Une débauche de batterie épique, de chœurs de synthés à la Kate Bush et un sax emballé emprunté à Cut Copy s'unissent pour un résultat brillant" NME
 
"Une épopée de pop synthétique étourdissante… Porté par l'énergie du dancefloor, c'est de l'ecstasy numérique pure" Time Out
 
 
Ce n'est pas si difficile de faire dans la démesure. Queen et “Bohemian Rhapsody”, Pink Floyd et “Comfortably Numb”, Harry Nilsson et “Without You”, Jimmy Webb et “MacArthur Park” ou Guns N’ Roses et “Sweet Child o’ Mine”… L'histoire du rock est jalonnée de chansons ridiculement enflées et pompeuses, qui font figure d'énormes poteaux indicateurs des sentiments et communiquent peu d'émotion réelle. Ces morceaux à grand spectacle sont peut-être impressionnants, mais truffer des titres d'une énormité à court-circuiter les synapses de véritable résonance émotionnelle – les rendre mémorable pour d'autres raisons que leur taille – est beaucoup plus compliqué.
 
C'est un talent qu'Anthony Gonzalez a clairement maîtrisé avec Hurry Up, We’re Dreaming, un double album qui parvient à un accord efficace entre les exigences ostensiblement conflictuelles de la pop commerciale et du rock expérimental et contient des morceaux énormes. Le natif d'Antibes a travaillé sans relâche pour peaufiner l'art de la chanson alt.pop mégalithique depuis la formation de M83 en 2001. Son premier album éponyme cette année-là et le suivant deux ans plus tard, Dead Cities, Red Seas & Lost Ghosts, l'ont imposé comme un poids lourd dans la ligue post-rock/pop planante/électronica cosmique, doué pour produire des paysages sonores embrumés, multicouches, épiques et sous narcotiques créées (essentiellement en solo) à partir de sons électroniques retravaillés, de synthés somptueux, de voix murmurées et de guitares gorgées d'effets. Le troisième album, Before the Dawn Heals Us (2005) a augmenté la mise spectaculaire et ajouté une dose d'étrangeté sombre, tandis qu'en 2007, M83 a sorti le totalement ambient Digital Shades Vol 1. Et Saturdays = Youth, en 2008, hommage tout en nostalgie à l'adolescence de Gonzalez – et éloge non-dissimulée à des artistes comme Kate Bush et Jean-Michel Jarre – a préparé le terrain pour le monumental Hurry Up, We’re Dreaming.
 
Coproduit par le bassiste Justin Meldal-Johnsen (plus connu pour son travail avec Beck), mixé par Tony Hoffer (Air, Kooks) et bouclé en 13 mois, il bénéficie de la participation des chanteurs Zola Jesus (sur "Intro") et Brad Laner ("Splendor") et du collaborateur de longue date de Gonzalez, son frère, Yann. La décision de Gonzalez d'enregistrer un double album de 22 titres résulte d'une jeunesse impressionnée par l'album blanc des Beatles, Ummagumma de Pink Floyd et Mellon Collie and the Infinite Sadness des Smashing Pumpkins. "Les artistes qui ont tenté de faire quelque chose d'aussi colossal qu'un double album m'ont toujours inspiré, explique-t-il. Ça représente beaucoup de travail, mais j'ai toujours voulu réaliser un truc de ce genre un jour et je me suis dit qu'il était temps de me lancer."
 
Le titre ironiquement contradictoire est une référence au thème du rêve et du souvenir, deux activités que Gonzalez s'est trouvé à beaucoup plus faire depuis son installation à L.A. en janvier 2010. "Les trois premiers mois ont été très durs, révèle-t-il. Je me sentais seul dans mon appartement à travailler sur l'album et je ne sais pas pourquoi, mais j'ai commencé à me souvenir de mon enfance. Cela m'a rendu agréablement nostalgique et je me suis à me rappeler mes rêves de cette période – rien de très précis, plutôt des impressions. Je me suis dit que ce serait un bon concept pour l'album. C'est une rétrospective de ma vie, de l'enfance à l'adolescence et enfin à l'âge adulte." Ces souvenirs font surface le plus explicitement sur "Raconte-Moi Une Histoire" (quand il avait cinq ans, sa mère lui achetait un magazine pour enfants portant ce titre, accompagné d'une cassette d'histoires) et "Ok Pal", qui lui rappelle des épisodes de l'adolescence, "comme quand tu rencontres quelqu'un qui te comprend vraiment."
 
Le titre de l'album est aussi un bon résumé des deux aspects jumeaux de l'album – urgent et introspectif – et de la double identité de Gonzalez, passionné du dancefloor et rêveur solipsiste. "Midnight City" est ainsi une tranche de néo-disco qui parvient à relier Peter Gabriel et Underworld et comporte le gros interdit de la pop contemporaine – un solo de saxophone – et un fondu sonore en prime. "Reunion", aussi, est bâti sur une échelle gigantesque, ses couches de voix évoquant Toto produit par My Bloody Valentine, tandis que "Claudia Lewis" fait grimper en flèche, de l'affection à la passion, les sentiments de M83 pour la musique des années 1980 et glisse en douce de la basse slappée.
 
Inversement, "Where the Boats Go" enveloppe de paysages sonores planant une coda de piano sombre, "Splendor" qui mérite son titre, fait appel à un romantisme divinement lugubre et synthé-centrique et l'élément imprévisible de l'album, "Soon, My Friend" oublie l'électro en faveur d'une guitare acoustique, de cordes, de cuivres et d'un chœur. "J'aime le fait que l'album ressemble à un rollercoaster, confie Gonzalez. Parfois, il va vite, puis il ralentit pendant un temps. On ne peut pas garder le même tempo en permanence."
 
L'album est épique en termes d'échelle, mais aussi de structure, avec une intro et une conclusion et des titres brefs, comme "Train to Pluton" et "Fountains" servant d'interludes. Depuis longtemps, la musique de M83 a été qualifiée de filmique, notamment par Gonzalez, grand cinéphile (Les Moissons du Ciel de Terrence Malick, Nowhere de Gregg Araki, Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog et Safe de Todd Haynes font partie de ses films favoris). "Le disque est comme un film, avec un générique de début et de fin, explique-t-il. C'est un voyage, vous voyez ?"
 
Cet amour du cinéma a même permis à Gonzalez d'augmenter le volume sonore de sa voix pour ce nouvel album. Lorsqu'il écrit en studio, il passe souvent des films sans le son et, pendant qu'il travaillait sur "Wait", il regardait Aguirre, la colère de Dieu avec "Klaus Kinski et toute sa rage. Et j'ai décidé d'essayer de faire quelque chose où je criais presque, seul dans mon studio à L.A. Cela m'a poussé à aller plus loin avec ma voix. Morgan [Kibby, chanteuse et joueuse de claviers] est entrée et je lui ai fait écouter ce brouillon. Elle m'a dit que je devrais me mettre à chanter comme ça et ça a été une découverte. Une bonne, j'espère !"
 
Kings Of Leon, les Killers et Depeche Mode – avec lesquels M83 a tourné en 2010 – peuvent aussi être crédités pour le chant plus musclé de Gonzalez. Comme il le dit : "Quand vous voyez tous ces chanteurs sur scène, si sûrs d'eux devant un public énorme, cela vous inspire à essayer d'en faire autant et c'est ce que j'ai recherché pour l'album. Je me suis dit, ok Anthony ; tu viens d'avoir 30 ans. Il est temps d'être moins timide devant un micro. Je n'ai jamais chanté aussi fort que sur ce disque."
 
Le côté monumental et spectaculaire et la séduction éblouissante façon boule à facettes de chansons comme "Midnight City" ont offert à Gonzalez un défi en matière d'écriture, de composition et de production, "car mon histoire est très indé, très post-rock, ambient et filmique. Mais j'ai toujours été fasciné par des artistes pop, en particulier dans les eighties – Tears For Fears, Prefab Sprout, les Thompson Twins – et tous ces groupes ont eu une grosse influence sur cet album. C'est mon premier disque où le spectre musical est aussi large et ça compte beaucoup pour moi. La plupart du temps, les gens ne se souviennent que de mes chansons les plus cinématographiques et mélancoliques, mais je veux aussi les marquer avec mes morceaux pop."
 
Mais sur Hurry Up, We’re Dreaming, aux côtés des synthés, du slap, des synth drumset des solos de saxo, vous n'entendrez pas Gonzalez s'excuser de romancer les eighties. Il est irrémédiablement accro. "Je suis amoureux du son des années 1980, s'enthousiasme-t-il. J'ai toujours pensé que la production de l'époque était remarquable. C'est très clair, très puissant, sans trop d'éléments. La musique commerciale était meilleure à cette période. Je ne dis pas qu'elle est mauvaise aujourd'hui – au contraire, elle est très intéressante et souvent très novatrice – mais si vous écoutez la radio à présent, c'est pourri. Quand vous l'écoutiez à l'époque, il y avait Blondie, Madonna, Michael Jackson, Tears For Fears, Talk Talk… Des chansons géniales qui étaient aussi des œuvres artistiques fantastiques et importantes."
 
Des chansons fantastiques qui sont aussi des œuvres artistiques importantes – pour M83, cela veut dire des instruments joués live en studio et non par un ordinateur, à l'exception du logiciel Pro Tools utilisé pour l'enregistrement. Il a pu être ébloui par les synthés futuristes et somptueux de Jean-Michel Jarre sur "Oxygene" en le voyant à la télé dans son enfance, mais reproduire ces sons incroyablement modernes n'a jamais été l'objectif de Gonzalez. "L'idée centrale de cet album était de faire quelque chose à la manière des artistes enregistrant avant l'ère des ordinateurs. Aller dans un vrai studio, prendre le temps de trouver les bons sons pour les guitares… c'est plus une affaire artisanale."
 
"Mon histoire est celle de n'importe quel artiste, reconnaît Gonzalez. J'ai plus d'expérience aujourd'hui, je suis plus mûr et j'ai plus confiance en ma musique. Pour la première fois de ma carrière, je peux recréer en musique une idée que j'ai en tête. Je n'en étais pas capable auparavant. Je suis un grand romantique, surtout en matière de musique, ajoute-t-il. Il n'y a rien de plus beau que quelque chose de bien enregistré qu'on peut écouter sur une bonne chaîne." Il aurait pu ajouter quelque chose d'important – et de colossal.
 
 

 

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