Si, à l’entame des années 80 qui fit leur gloire, Madness consacra un album entier au chiffre sept (Seven, 1981), il apparaît de plus en plus évident que leur véritable chiffre porte-bonheur soit le neuf. Jugeons plutôt :
1979 : De la grisaille New Wave s’échappe une bande de lurons insensés qui prend Londres d’assaut par sa face nord-ouest, depuis le quartier populaire de Camden encore chaud des défilés punk. Baptisé Madness en hommage à une chanson du Jamaïcain Prince Buster qu’ils ont épinglé à leur répertoire, le groupe se compose de sept gaillards accoutrés en costards extra-larges et chapeaux melon étroits, qui avancent en formant une espèce de chenille humaine du plus bel effet. One step beyond, l’instrumental tonitruant qui ouvre leur premier album du même nom, sonne la charge de l’invasion ska qui déferle aussitôt sur l’Europe dans un chahut cuivré rythmé par les semelles des Doc Martens. Dans cette joyeuse caravane, ils ne sont pas seuls : The Specials, The Selecter ou encore The Beat, pour ne citer qu’eux, revitalisent tous ensemble les ors de la musique roots jamaïcaine, mento, ska et rock steady, en lui insufflant cet esprit anglais fait d’un savant et détonnant mélange de bouffonnerie monty-pythonesque et de conscience sociale. Miss Maggie vient de débarquer au 10, Downing Street et s’apprête à passer un sale quart d’heure. Au départ, sur le damier du revival ska, l’esprit est pourtant à la fête et Madness mène la danse à une cadence infernale, enchaînant les tubes (Night Boat to Cairo, Baggy trousers) en jouant aux faux crétins (Nutty boys) sur des vidéos burlesques qui contribuent à alléger les cœurs et à dégourdir les jambes. Lorsque la folle ambiance retombe, il n’y a presque plus personne de valide. Les Specials se démembrent après le grandiose et lugubre Ghost town, les autres claudiquent dans les tréfonds des bacs à solde alors que Madness, au contraire, connaît un nouvel essor encore plus spectaculaire que celui des débuts. A partir de 1981, un virage pop habilement négocié conduit le groupe à emprunter la voie jadis creusée par les Kinks, celle de la chronique sociale douce-amère (Grey day) et de l’ironie nonchalante sur fond d’humour londonien. The Rise and fall, leur chef d’œuvre de 1982, reprend exactement les choses là où Ray Davies les avait laissées sur le quasi homonyme Arthur or the decline and fall of the british empire des Kinks, en 1969. Thatcher fait la Malouine, transforme l’Angleterre en poudrière sociale, et Madness oppose à la dame de fer sa bonté caoutchouteuse et ses singles anti-déprime qui se classent avec une régularité de métronome dans le Top 20 britannique, qu’ils visitent plus de 20 fois en moins de dix ans. L’un de ces fameux 45t, Our house, traverse la Manche alors sans tunnel pour devenir leur plus gros succès Français. La façade se fissure malheureusement en 1986, après six albums qui ont tracé les contours de la plus belle carte de l’Angleterre des années 80. Fini de faire les pitres, c’est la fin du premier chapitre.
1999 : Un nouvel album un peu abusivement intitulé Wonderful scelle enfin en studio la réunion de Madness. En réalité, le groupe s’est rabiboché depuis le début de la décennie mais s’est contenté jusqu’ici d’apparitions live. L’une d’entre elles, à Finsbury park en août 1992, entre dans l’histoire des phénomènes sismologiques britanniques : au moment où le groupe entonne son hymne One step beyond, la foule rebondissante des 75 000 fans qui attendaient l’événement depuis huit ans provoque un (léger) tremblement de terre enregistré par les sismographes locaux. Et accessoirement sur un album live, Madstock, qui porte bien son nom. Les concerts bi-annuels, en été et à noël, deviennent un rituel scrupuleusement suivi par les anglais, qui considèrent toujours le groupe comme l’un de ses emblèmes les plus glorieux. L’agréable Wonderful, toutefois, ne relance qu’approximativement la folie Madness et le groupe retourne à ses pénates, laissant les compilations de ses anciens hits entretenir commercialement une flamme artistiquement éteinte. Il faut attendre 2005 pour voir le groupe renaître au grand complet une troisième fois, mais sous un nom d’emprunt, The Dangermen, le temps d’un album de reprises qui n’emballe pas les foules… hormis en France, où grâce au single Shame & scandal (remember Les Surfs et Sacha Distel) il s’octroie une improbable première place au Top 50. Mais The Dangermen sessions vol.1 n’a pas connu jusqu’à ce jour de volume 2.
2009 : Ce n’est pas l’éternel retour de Madness auquel on assiste, il s’agit DU retour de Madness. Entre temps la musique du groupe n’a pas cessé d’irriguer le meilleur de la pop exportée depuis l’Angleterre, de Blur à Lily Allen en passant par Kaiser Chiefs. Mais aujourd’hui, Madness reprend la main, tenant ici son meilleur album depuis The Rise and fall : The Liberty of Norton Folgate. Un disque concept entièrement consacré à leur ville fétiche, ce Londres dont chaque artère semble passer à travers leur corps, couler de source (d’inspiration), appartenir à leurs chromosomes. We’re London, clame en toute simplicité l’un des titres, et personne ne songerait à discuter telle évidence. Pour ce retour fracassant, le groupe a retrouvé ses producteurs légendaires, Clive Langer et Alan Winstanley. Il a surtout retrouvé la fougue de sa jeunesse – Forever young, ne ment pas le premier single –, la virtuosité mélodique, les orchestrations tourbillonnantes et la sève romanesque de ses plus grandes épopées. Cerise sur le cheesecake : au lieu se contenter d’empiler les chansons parmi les 23 enregistrées pour l’occasion, Madness a choisi d’articuler ce nouvel album comme un véritable opéra pop qui nous entraîne dans l’un des quartiers disparus du Londres exubérant de la fin du 19ème siècle. Aujourd’hui transformé en vulgaire bretelle d’asphalte et de béton reliant le Nord Ouest des commerçants de la City des spéculateurs, Norton Folgate fut autrefois un lieu autonome du reste de Londres (d’où The Liberty of…) où résidaient artistes de théâtre et jouisseurs en tout genre, qui cultivaient en cette enclave leur distinction et leur humour perfide. Ce portrait historique, qui s’étire en une fresque époustouflante clôturant l’album, peut sans peine servir de miroir à la propre distinction de Madness, groupe épicurien dont on n’est pas mécontent de retrouver la fameuse recette à base de Sugar and spice. Miraculeusement préservés de l’épreuve du temps, les arômes qui firent leur réputation internationale rejaillissent ici à travers une farandole de chansons déjà promises à devenir des classiques, et la plupart pouvant sortir en single. Sur On the town (en duo avec Rhoda Dakar, la voix légendaire de The Special AKA), Madness renoue même avec le ska cinglant des années Two-Tone, alors que Rainbows semble avoir surgi dans le jardin de Our house et que That close incarne le surlendemain de Tomorrow’s just another day. Aujourd’hui n’est pourtant pas un jour comme les autres : pour célébrer ses trente ans de carrière, Madness a décidé d’avoir vingt ans à nouveau. Et de revenir flambant neuf.
Qui existe d'une certaine manière comme le groupe que vous pensez connaître avec ses tubes de la fameuse époque où ils régnaient en maître et ses vidéos hautes en couleur et bouffonnes qui les accompagnaient, mais qui existe aussi de plein d'autres manières. Ils sont donc Madness, aussi barjots, sympas et craquants que le raconte la légende, des amants, des maris, des pères et des fils, des frères et des amis d'exception, vêtus de pantalons larges, des êtres de chair et de sang , ni plus, ni moins, les Pink Floyd du travailleur, les romantiques des pubs, peut-être es-ce d'ailleurs parce qu'ils sont londoniens, rien ne vaut son chez soi, et aussi qu'ils sont Madness, pas du genre à faire du sentimentalisme ni des courbettes, des artistes vernaculaires malins et fins, des provocateurs, des anglo-surréalistes touchants, des dramaturges bien de chez nous, un groupe 'pop-bubblegum' brechtien, des sages frappés par le ska et les Maytals, des gentlemen du groove du quartier stratégique de Camden qui font le lien entre Magritte et les Maytals, des visionnaires vaudevillesques célébrant l'énergie individuelle dans un monde déchu, des grands comiques mésestimés dévoués à la cause de l'expérience réelle, dont la sincérité touchante n'a jamais suffisamment été reconnue à sa juste valeur… Des types comme ça, vous n'êtes pas prêts d'en revoir, bichonnez-les, hier comme aujourd'hui, je les adore.
COFFRET COLLECTOR LUXE "The Liberty Of Norton Folgate"
3 CD, 1 VINYLE, 1 CARTE MEMBRE + MERCHANDISING OFFICIEL:
- Album 1 CD "The Liberty Of Norton Folgate"
- 2 CD 31 titres rares et inédits
- Carte membre pour accéder au "club M" sur un site Internet à l'accès restreint et aux contenus exclusifs
- 1 Badge, 1 Poster, et autres térsors collectors,...