
Pour certains le rap est un métier, pour d’autres une passion. L’Algérino a choisi très tôt d’appartenir à la seconde catégorie. Depuis son enfance dans le quartier de Félix Pyat, ce jeune Marseillais est tombé amoureux de ce mouvement. Il n’a pas dix ans lorsqu’il découvre les premiers clips de Benny B et se plonge dans l’univers du hip hop. Alors que la scène locale est focalisée sur la danse, il est l’un des premiers « petits » à prendre le micro. « J’ai commencé par la scène, le studio est venu après. Le premier concert que j’ai fait, c’était en 1992 à La Castellade. J’avais 11 piges » se souvient Samir, qui n’était pas encore L’Algé.
D’abord membre des B-Vice Juniors, il fait ses classes dans les guinguettes et partout où il peut. Sans pour autant chercher à devenir pro : l’ambition de Samir, c’est de devenir prof de math ou ingénieur. Mais le destin en décide autrement. Pote avec les Psy4 De La Rime, Samir est avec le groupe quand il enregistre son premier album. Naturellement, il finit par poser sur un morceau. Et voit comment vit un groupe animé par l’amour de la musique. « Ils ne vivaient pas du rap financièrement mais c’était leur vie. Ce qui a été déterminant, c’est que j’ai rencontré Akhenaton par le biais des Psy4. J’ai tout de suite sympathisé avec ce gars, après je lui faisais passer des maquettes enregistrées chez moi. Il a tout de suite accroché sur ce que je faisais. » La machine est enclenchée, Samir devient L’Algérino, signe chez 361 Records et se lance à corps perdu dans son art, décidant de devenir rapper malgré son bac S, son Deug et la réticence de ses parents.
Travailleur acharné, L’Algé ne cesse d’écrire et de perfectionner ses lyrics. Avec AKH en renfort, L’Algé passe à la vitesse supérieure et commence à concevoir son premier album après quelques apparitions sur des projets locaux. « Mon album, c’était Akhenaton qui devait le réaliser. Il a commencé à le faire, au bout de deux ou trois jours de studio il a arrêté. Il trouvait que je m’en sortais bien tout seul, que je savais ce que je voulais. J’ai joui d’une totale liberté sur cet album. »
Histoire de se durcir le cuir, L’Algé s’embarque sur la tournée d’IAM, où il partage la première partie avec ses confrères du label 361 Records, Chiens De Paille. Face à des publics de plusieurs milliers de fans d’IAM, Samir tient son rang et gagne ses galons de rapper qui sait séduire les foules.
En studio, L’Algé ne s’interdit aucune expérience et brise les barrières de l’orthodoxie rapologique. « Si tu écoutes bien mon album, tu verras qu’il y a plein d’instruments, des guitare électrique, etc. Il y a des choses à faire avec le rock, des fusions. Je ne me mets vraiment pas de barrières. Tout ce que je kiffe, je le mets dans ma musique. Je ne suis pas un puritain du rap » explique-t-il.
Ce premier album, L’Algé le veut complet et sincère. Et il n’hésite pas à aborder des thèmes complexes, comme en témoigne « Lever le voile », où il exprime ses convictions avec franchise. « Ma position est claire : il y a une loi, il faut la respecter. Maintenant, on est dans une démocratie, on peut exprimer notre opinion. Alors on n’ira pas contre la loi mais on a le droit d’exprimer notre foi, qu’on soit juif, musulman ou chrétien. »
Avec des morceaux comme « On est là », pur tube hip hop dansant et militant à la fois, L’Algé montre que son style est ample et son vocabulaire riche. Privilège d’un artiste qui a été plus loin dans les études que beaucoup de ses collègues. Avec des featurings d’Akhenaton, d’IAM et de quelques autres proches de la scène marseillaise comme Psy 4 de la rime, son premier album est une nouvelle preuve que Marseille est une des capitales du rap français.
Émouvant, sincère et pugnace, L’Algérino débarque avec un flow fougueux, des idées neuves et l’envie de marquer le rap français de sa griffe. Chaud comme le Sahara, le rookie vient jouer dans la cour des grands. La rage avec une touche d’espoir, voilà son credo.
« Si tu as le sang chaud, lève ton bras en l’air », dit-il dans « On est là ».
Et le son de L’Algérino résonne jusqu’à Paname.
« Paraît que les temps sont durs. À bout de nerf, on reste fort. Ce qui nous dirige, c’est la sincérité. Rapper avec le cœur… »
Dès l’introduction, L’Algérino, Samir dans le civil, ne dit pas tout mais indique la direction : vérité. Coûte que coûte. Peu importe le cynisme de l’époque, peu importe le politiquement correct qui dicte actuellement sa loi, L’Algérino, Marseillais qui a grandi là où le quotidien n’est jamais facile, là où la lutte n’est pas un vain mot, juste bon à dessiner des légendes usurpées, sort son premier album, « Variation De Son », où les poings serrés, les larmes retenues et la poésie du bitume pactisent avec force, conviction et foi. Ici, le rap se redécouvre. Embourbé depuis quelques temps dans un surplace parfois étouffant, il a besoin de nouveaux souffles, de nouveaux porteurs d’étendard, loin des clichés, loin des boucles fatiguées, qui tournent dans le vide. L’Algérino appartient, sans le moindre doute, à cette catégorie. Il tente tout le temps, rappe le cœur ouvert, les yeux droits devant, fixant l’avenir sans peur, préférant se frotter à l’incertitude plutôt que d’attendre, il fuit la facilité comme pour mieux imposer ses morceaux racés, sans concession, aptes à remplir les pistes de danse, pour preuve, le premier single, « On Est Là », fédérateur et animé d’un groove diabolique, comme d’éveiller les consciences. L’Algérino regarde son monde, s’essaye au témoignage, ne refuse aucune confrontation, aucune douleur, et se veut toujours tourné vers l’après. Se plaindre, pas question. Pointer du doigt les errances d’un monde moderne en pleine perdition, des raccourcis médiatiques systématiques (un barbu = un poseur de bombes, au hasard) aux destins des plus démunis, il chante l’aujourd’hui, servi par un flow motivé et concerné, entre sourires en coin, émotions à fleur de peau et cris de révolte. Un nouveau souffle, oui. Celui qui, à onze ans, dégainait ses premières rimes sur scène, et qui pensait encore à tracer jusqu’au diplôme d’ingénieur ou de professeur de maths (il est bac +6), a finalement choisi la musique. Toutes les musiques. Ses morceaux savent mêler les ambiances et se moquent des recettes, ils passent d’un rap pur et dur à des croisements funk, electro et même rock (il revisite, entre autres, Led Zeppelin), des constructions qui aiment installer des ambiances, une approche totalement cinématographique de son art, où les sons suggèrent autant d’images que les mots. Nouveau souffle. Pas étonnant de le retrouver signé chez 361 Records, géographiquement et moralement, Samir fait preuve de cohérence. Le grand frère Akhenaton lui a fait confiance en lui laissant diriger cet album. En l’emmenant en première partie de la tournée IAM. Là, il a dû apprendre, observer, sa passion pour la musique y a indéniablement gagné en cohésion. Ses certitudes et ses visions pouvaient alors siéger sans risque sur ce disque qui dégage une générosité rarement entendue, presque irréelle en 2005, à l’heure des faux-semblants rois. Ce disque si personnel, si politique, oui, quand un citoyen s’exprime avec ses tripes, il est politique, si varié, devrait interpeller du monde. Et montrer la voie à suivre pour les prochaines années. Parce que l’Algérino ne fait pas semblant, parce qu’il pense haut et fort, parce qu’il ne raconte pas un autre, parce qu’il aime le micro. Avec « Étoile D’un Jour », aux côtés de Soprano ou « En Force », Samir raconte le monde plus qu’il ne le fantasme. Enfin. « Il paraît que le rap, c’est le chant des Arabes et des Blacks, je suis citoyen du monde et je rappe aussi pour mon frère white… » ou « Parce qu’on préfère la guerre à la paix, les armes au dialogue, je suis mort d’un cancer de la haine généralisée… », une prose qui vibre, qui brille ou qui brûle, et où l’Histoire tient sa place, de l’Irak aux massacres de Sabbra et Chatilla, de l’Afghanistan à New York, des quartiers pauvres aux couloirs du pouvoir où l’on écrit le futur des hommes sans la moindre pitié, une prose qui a conscience de son impact, et qui donc réfléchit avant de larguer ses bombes. Admirable. Ou sur « Est-ce Que Tu M’as Vu ? », deuxième single imparable, où il remonte dans son passé, où il chante la fierté bien placée, le combat d’une existence, où il ne se cherche aucune excuse, «Est-ce que tu m’as vu révolté du système, quand j’allume la télé, personne me ressemble, au parlement, personne me représente, quand on me parle de mes semblables, c’est que des braqueurs, on ferme les yeux sur eux quand ils sont professeurs » et où il se livre, souvent touchant : « Est-ce que tu m’as vu, p’tit gars timide, tchatcheur fébrile, qui tremble quand une fille l’regarde… », assumant ses faiblesses. L’Algérino refuse le rôle du sur homme, viril et abonné à Scarface. Il va bien plus loin, en quête d’élévation. Sur les 18 titres de ce « Variation De Son », il oscille entre textes à vocation universelle et textes plus intimes. Il se mesure à Akhenaton sur « Dans Le Mouv’ », morceau enlevé, énergique, au coup de poing narquois. Sur « M.A.R.S », il retrouve AKH avec Shurik’N et ses potes des débuts, PSY 4 De La Rime, pour un hymne au rap de la Capitale du sud, celui qui ne triche pas, à l’efficacité d’un ring surchauffé. Sur « Lever Le Voile », il rappelle qu’être Arabe en France aujourd’hui relève toujours du parcours du combattant, malgré les beaux discours, évoque au détour d’une phrase, Ideal J et livre un morceau anti-raciste d’une intelligence rare. Pas victime, ni souffre douleur. Il ne se contente pas d’un constat. Dieu, le respect de la famille, l’amour du son, lui susurrent de persévérer, plutôt que de s’enfermer dans une aigreur autant destructrice qu’inutile. Comme sur le morceau qui clôt ce disque lumineux, « La Patience Est Une Arme ». Une arme bien plus puissante que n’importe quelle crise de mythomanie trop souvent constatée dans le rap dernièrement. Le grand photographe de guerre Robert Capa a dit un jour : « Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près. » L’Algérino, lui, est au cœur des choses.
" Paraît que les temps sont durs. À bout de nerf, on reste fort. Ce qui nous dirige, c’est la sincérité. Rapper avec le cœur… " Dès l’introduction, L’Algérino, Samir dans le civil, ne dit pas tout mais indique la direction : vérité. Coûte que coûte. Peu importe le cynisme de l’époque, peu importe le politiquement correct qui dicte actuellement sa loi, L’Algérino, Marseillais qui a grandi là où le quotidien n’est jamais facile, là où la lutte n’est pas un vain mot, juste bon à dessiner des légendes usurpées, sort son premier album, " Variation De Son ", où les poings serrés, les larmes retenues et la poésie du bitume pactisent avec force, conviction et foi. Ici, le rap se redécouvre. Embourbé depuis quelques temps dans un surplace parfois étouffant, il a besoin de nouveaux souffles, de nouveaux porteurs d’étendard, loin des clichés, loin des boucles fatiguées, qui tournent dans le vide. L’Algérino appartient, sans le moindre doute, à cette catégorie. Il tente tout le temps, rappe le cœur ouvert, les yeux droits devant, fixant l’avenir sans peur, préférant se frotter à l’incertitude plutôt que d’attendre, il fuit la facilité comme pour mieux imposer ses morceaux racés, sans concession, aptes à remplir les pistes de danse, pour preuve, le premier single, " On Est Là ", fédérateur et animé d’un groove diabolique, comme d’éveiller les consciences. L’Algérino regarde son monde, s’essaye au témoignage, ne refuse aucune confrontation, aucune douleur, et se veut toujours tourné vers l’après. Se plaindre, pas question. Pointer du doigt les errances d’un monde moderne en pleine perdition, des raccourcis médiatiques systématiques (un barbu = un poseur de bombes, au hasard) aux destins des plus démunis, il chante l’aujourd’hui, servi par un flow motivé et concerné, entre sourires en coin, émotions à fleur de peau et cris de révolte. Un nouveau souffle, oui. Celui qui, à onze ans, dégainait ses premières rimes sur scène, et qui pensait encore à tracer jusqu’au diplôme d’ingénieur ou de professeur de maths (il est bac +6), a finalement choisi la musique. Toutes les musiques. Ses morceaux savent mêler les ambiances et se moquent des recettes, ils passent d’un rap pur et dur à des croisements funk, electro et même rock (il revisite, entre autres, Led Zeppelin), des constructions qui aiment installer des ambiances, une approche totalement cinématographique de son art, où les sons suggèrent autant d’images que les mots. Nouveau souffle. Pas étonnant de le retrouver signé chez 361 Records, géographiquement et moralement, Samir fait preuve de cohérence. Le grand frère Akhenaton lui a fait confiance en lui laissant diriger cet album. En l’emmenant en première partie de la tournée IAM. Là, il a dû apprendre, observer, sa passion pour la musique y a indéniablement gagné en cohésion. Ses certitudes et ses visions pouvaient alors siéger sans risque sur ce disque qui dégage une générosité rarement entendue, presque irréelle en 2005, à l’heure des faux-semblants rois. Ce disque si personnel, si politique, oui, quand un citoyen s’exprime avec ses tripes, il est politique, si varié, devrait interpeller du monde. Et montrer la voie à suivre pour les prochaines années. Parce que l’Algérino ne fait pas semblant, parce qu’il pense haut et fort, parce qu’il ne raconte pas un autre, parce qu’il aime le micro. Avec " Étoile D’un Jour ", aux côtés de Soprano ou " En Force ", Samir raconte le monde plus qu’il ne le fantasme. Enfin. " Il paraît que le rap, c’est le chant des Arabes et des Blacks, je suis citoyen du monde et je rappe aussi pour mon frère white… " ou " Parce qu’on préfère la guerre à la paix, les armes au dialogue, je suis mort d’un cancer de la haine généralisée… ", une prose qui vibre, qui brille ou qui brûle, et où l’Histoire tient sa place, de l’Irak aux massacres de Sabbra et Chatilla, de l’Afghanistan à New York, des quartiers pauvres aux couloirs du pouvoir où l’on écrit le futur des hommes sans la moindre pitié, une prose qui a conscience de son impact, et qui donc réfléchit avant de larguer ses bombes. Admirable. Ou sur " Est-ce Que Tu M’as Vu ? ", deuxième single imparable, où il remonte dans son passé, où il chante la fierté bien placée, le combat d’une existence, où il ne se cherche aucune excuse, "Est-ce que tu m’as vu révolté du système, quand j’allume la télé, personne me ressemble, au parlement, personne me représente, quand on me parle de mes semblables, c’est que des braqueurs, on ferme les yeux sur eux quand ils sont professeurs " et où il se livre, souvent touchant : " Est-ce que tu m’as vu, p’tit gars timide, tchatcheur fébrile, qui tremble quand une fille l’regarde… ", assumant ses faiblesses. L’Algérino refuse le rôle du sur homme, viril et abonné à Scarface. Il va bien plus loin, en quête d’élévation. Sur les 18 titres de ce " Variation De Son ", il oscille entre textes à vocation universelle et textes plus intimes. Il se mesure à Akhenaton sur " Dans Le Mouv’ ", morceau enlevé, énergique, au coup de poing narquois. Sur " M.A.R.S ", il retrouve AKH avec Shurik’N et ses potes des débuts, PSY 4 De La Rime, pour un hymne au rap de la Capitale du sud, celui qui ne triche pas, à l’efficacité d’un ring surchauffé. Sur " Lever Le Voile ", il rappelle qu’être Arabe en France aujourd’hui relève toujours du parcours du combattant, malgré les beaux discours, évoque au détour d’une phrase, Ideal J et livre un morceau anti-raciste d’une intelligence rare. Pas victime, ni souffre douleur. Il ne se contente pas d’un constat. Dieu, le respect de la famille, l’amour du son, lui susurrent de persévérer, plutôt que de s’enfermer dans une aigreur autant destructrice qu’inutile. Comme sur le morceau qui clôt ce disque lumineux, " La Patience Est Une Arme ". Une arme bien plus puissante que n’importe quelle crise de mythomanie trop souvent constatée dans le rap dernièrement. Le grand photographe de guerre Robert Capa a dit un jour : " Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près. " L’Algérino, lui, est au cœur des choses.

