
Dietrich Henschel débute sa carrière internationale dans Der Prinz von Homburg de Henze (Deutsche Oper Berlin) et Doktor Faust de Busoni (Opéra national de Lyon, avec Kent Nagano). Dans la foulée, il est engagé au Châtelet pour Alceste de Gluck avec John Eliot Gardiner, la reprise de Doktor Faust et Die schweigsame Frau de Strauss avec Christoph von Dohnányi ; à l’Opéra Bastille, il chante le rôle-titre de Pelléas et Mélisande et Capriccio de Strauss… Son vaste répertoire comprend en outre les rôles d’Orphée et Ulysse (Monteverdi), Almaviva, Papageno et Don Giovanni (Mozart), Figaro (Rossini), Wolfram et Beckmesser (Wagner), sans oublier les opéras contemporains. Il collabore avec de nombreux chefs d’orchestre comme Christoph von Dohnányi, Kent Nagano, Christoph Eschenbach, Zubin Mehta, John Eliot Gardiner, Colin Davis, Nikolaus Harnoncourt, Philippe Herreweghe, René Jacobs, William Christie, etc., et est régulièrement invité par les orchestres et théâtres les plus prestigieux d’Europe. Reconnu comme un des grands interprètes du lied, Dietrich Henschel est invité dans le monde entier avec les pianistes Fritz Schwinghammer, Helmut Deutsch et Michael Schäfer. Son importante discographie comprend des lieder et cycles de Mahler, Wolf, Schubert, Korngold, Beethoven, ainsi que l’intégrale de Doktor Faust de Busoni (Grammy Award). Dietrich Henschel est l’expression du musicien complet : formé en Allemagne comme pianiste et chef d’orchestre, il voit sa carrière de chef d’orchestre se concrétiser et triomphe au Châtelet en 2004 lors d’une série de concerts avec l’ensemble Diabolicus, avec lequel il collabore régulièrement depuis. Suite à ces concerts,
il est invité à diriger les orchestres symphoniques de Castilla y León, de l’Opéra de Rouen, du Théâtre royal de la Monnaie, l’Ensemble Orchestral de Paris…
Son répertoire de prédilection inclut la musique symphonique allemande du XIXe siècle, et la musique du XXe siècle, avec une attention particulière pour les compositeurs de l’École de Vienne.
Schubert est mort le 19 novembre 1828. Il avait trente et un ans. Les derniers mois de son existence, alors que la syphilis, puis le typhus achevaient de le ronger, portèrent au jour des chefs-d’œuvre absolus : sa neuvième symphonie (« La Grande »), les trois Klavierstücke D 946, la messe en mi bémol, le quintette pour cordes D 956, la fantaisie en fa mineur, les ultimes sonates D 958, 959, 960… et ce Chant du Cygne recueil posthume de Lieder.
C’est ici, dans ce cycle, que se trouvent les mélodies de Schubert les plus tragiques, les plus empreintes du sentiment d’une mort proche, dont la venue est observée les yeux grand ouverts. Et les poèmes retenus sont, en apparence, divers (sept de Rellstab, six de Heine, un de Seidl), mais ils concentrent de façon saisissante l’imaginaire de Schubert, ses hantises : le départ, la mort de la bien-aimée, la songerie amoureuse.
Avec ce programme, nous touchons du doigt ce qui fut l’âme romantique même, entre le rêve amer et la douleur déchirante, mais surtout nous accédons à ce que Schubert avait de plus cher : par la musique faire voir ce qui est terrible pour mieux nous en consoler.
> Un sens des couleurs et du texte ainsi qu'une intelligence dans la caractérisation qui n'est pas sans évoquer son maître et modèle Dietrich Fischer-Dieskau
> Un cycle de Lieder incontournable complété
L’éditeur du recueil posthume intitulé Le Chant du cygne, à qui l’on doit également ce titre et qui rassembla ces lieder en un cycle, a été, pour cette initiative, l’objet de bien des critiques : on lui a reproché d’avoir réuni des pièces qui n’avaient rien en commun, d’avoir arbitrairement, pour des raisons purement lucratives, rassemblé les derniers lieder de Schubert en une suite qui donne l’illusion d’une pensée cyclique, mais qui ne se justifie aucunement du point de vue dramatique.
Contre un tel reproche, je ne puis que m’inscrire en faux. La suite de lieder proposée par l’éditeur possède un lien dramatique, qui témoigne d’une grande sensibilité théâtrale. Dans Le Chant du cygne est mis en oeuvre un « caractère » dont la structure psychologique apparaît comme étonnamment cohérente.
La tension qui, d’un bout à l’autre, soutient l’« action » est, dans ses moments dramatiques comme dans ses moments lyriques, ou encore dans ses aspects plus souriants, d’une immédiate efficacité.
Le parcours commence par les stations du souvenir : souvenir d’un flot d’images, visions du vécu, moments douloureux, êtres aimés. Mémoire du désir. D’amours heureux et malheureux. Puis vient l’adieu : passage dans un autre monde, où le souvenir est figé et où, née de cette immobilité, la conscience de l’immuabilité et de l’irréversibilité de ce qui fut aboutit au désespoir. Vient enfin la découverte du désir, comme seul moyen de surmonter cette immobilité.
Dietrich Henschel

