
Bien qu’ayant débuté le violon dès l’âge de cinq ans, David Grimal a pris le temps d’interroger sa nécessité intérieure de musicien, en un mot, de
construire un univers personnel. Après le Conservatoire National Supérieur de Paris où il travaille avec Régis Pasquier, il bénéficie des conseils d’artistes prestigieux tels que Schlomo
Mintz ou Isaac Stern, passa un an à l’école des Sciences Politiques, puis fait la rencontre, cruciale, de Philippe Hirshhorn. Dès lors, l’interprétation musicale comme métaphore du questionnement spirituel devint son évidence, son naturel.
Son intégrité artistique et la pureté de son jeu le conduisent à être sollicité dans le monde entier :
Europe, Etats-Unis, Asie, Australie, Amérique Latine, Afrique du Sud. Il est l’invité régulier de prestigieuses formations comme l’Orchestre de
Paris, l’Orchestre Philharmonique de Radio-France, l’Orchestre National de Lyon, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, l’English Chamber Orchestra, le Mozarteum de Salzbourg,
Berliner Sinfonie, l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, l’Ulster Orchestra, l’Orchestre National d’Irlande,
l’Orchestre de la Fondation Gulbenkian, le Sinfonia Varsovia, l’Orchestre de Chambre de Moscou, le Capitole de Toulouse, l’Orchestre
Philharmonique de Strasbourg, Orchestra de la Ciudad de Mexico, le Stockholm Chamber Orchestra, la Bayerische Kammerphilharmonie, le
Florida Philharmonic Orchestra, l’Orchestre de la Radio de Budapest, Bucarest, Bâle, Bilbao, Bochum, Nancy, Pays de Loire… Il se produit régulièrement sous la baguette de chefs tels Emmanuel Krivine, Mathias Bamert, Hubert Soudan, Stanislas Skrowaczewski, Lawrence Foster, Jap van Sweden, Yan Pascal Tortelier,
James Judd, Michael Schonwandt, Frübeck de Burgos, Heinrich Schiff, Christoph Eschenbach…
David Grimal a le privilège de compter parmi ses partenaires de grands interprètes, comme Boris
Berezovsky, James Galway, Valery Afanassiev, Truls Mork, Xavier Phillips Georges Pludermacher,
Yuri Bashmet, Jian Wang, Gérard Caussé, Michel Beroff, François René Duchable, Marc Coppey, Alain Planès, Nicholas Angelich, Anne Gastinel,
Paul Lewis,… et de se produire dans les lieux et festivals les plus prestigieux, comme le Wiener
Muzikverein où il a reçu le Prix Européen de la Culture 1996 lors d’un concert exceptionnel, le Lincoln Center de New-York, la salle Pleyel, le
Théâtre des Champs-Élysées, la Cité de la Musique, le Konzerthaus à Berlin, le Mozarteum de Salzbourg, l’Été des Grands Interprètes, les Folles Journées de Nantes, les festivals de Menton, Stavanger, Risor, Prades, Cervantino, Mermoz “festival de musique en mer”, l’auditorium du
musée du Louvre, du musée d’Orsay…
Sa discographie comprend notamment l’intégrale des sonates et partitas de Bach (Transart Live), les sonates de César Franck et Richard Strauss enregistrées avec Georges Pludermacher
(Harmonia Mundi), les trois sonatines de Schubert en compagnie de Valery Afanassiev (Aeon), un disque Dohnányi avec Marc Coppey, Michel Beroff et Gérard Caussé. Un DVD présentant sept pièces pour violon seul, écrites
pour lui par sept compositeurs (Gasparov, Zur, Zygel, Pauset, Tanada, Escaich, Kissine) est en préparation.
David Grimal a souhaité initier la création d’un collectif de musiciens unissant des professionnels issus de grandes formations européennes à des
solistes et des chambristes internationaux : Les Dissonances. Cette formation à géométrie variable, mais aussi groupe de réflexion et de
création, est déjà l’invitée de nombreuses saisons et festivals (Radio France, Cité de la musique…).
Une intégrale des quatuors de Beethoven est également en préparation au sein du quatuor h2o (en compagnie de Floriane Bonanni, Lise Berthaud et François Salque). Par ailleurs, David
Grimal est artiste en résidence à la scène nationale Le Volcan au Havre.
David Grimal joue le Stradivarius de 1710, “Ex Roederer”, prêté par Fazenda Ipiranga, MGuaranesia/MG, Brésil.
Extraits du livret
Il y a maintenant quinze ans, j’étais assis dans un train pour Bruxelles avec
mon violon et Bach dans la tête. Arrivé à la gare du Midi, je me dirigeai vers le
conservatoire, où je retrouvai Philipp Hirshhorn pour une séance de travail assez particulière. Dans la folie de mes vingt ans, j’avais décidé de lui jouer l’intégrale des sonates et partitas.
Nous étions dans la fameuse salle des concerts du conservatoire de Bruxelles encore imprégnée des âmes des grands musiciens qui s’y étaient produits. J’étais seul sur scène, soliste d’un orchestre imaginaire dont il n’y avait que les chaises et les pupitres disposés là pour le concert du soir. Au milieu du velours des spectateurs fantômes était assis Philipp Hirshhorn.
Alors que je terminais l’exécution de l’Adagio de la première sonate, il se leva pour me livrer son verdict et là, à sa grande surprise, je lui répondis que j’étais venu lui jouer l’ensemble des pièces et que je ne voulais pas entendre ses remarques avant la fin. Il me regarda d’un drôle d’air et retourna s’asseoir…
Nous quittâmes la salle après la deuxième sonate pour aller déjeuner. Comme il ne disait rien, à la fin du repas, j’essayai d’engager la conversation sur le mystère de la musique de Bach. Je lui dis que je me sentais comme un ignorant porté par son inconscience des choses. Après un long silence, il m’invita à regarder autour de moi les plantes vertes du restaurant :
« Combien de verts vois-tu ?
– Je ne sais pas, des milliards, un seul…
– Les feuilles sont-elles toutes les mêmes ? Sont-elles parallèles ?
- Je ne sais pas, toutes différentes et pourtant semblables sur une même plante,
parallèles toujours mais jamais vraiment. Pourquoi ?
– Eh bien Bach, c’est pareil…
– Ah ? »
Après un long silence, et devant ma perplexité, il ajouta la phrase suivante :
«Tu vois, les proportions – comme celles d’une feuille, d’une fleur, d’un arbre :il y a toujours une symétrie, mais elle n’est jamais exacte… et les couleurs, c’est sol mineur, c’est mi majeur, c’est sol mineur dans mi majeur, ou mi majeur dans sol mineur…»
Puis nous traversâmes de nouveau la rue pour aborder la deuxième partie avec la deuxième partita et la Chaconne. Quelques heures plus tard, avec un mélange de fierté d’être allé au bout de mon entreprise et un sentiment de gêne confuse
de lui avoir imposé de m’écouter pendant toute la journée, je m’apprêtais à
lui dire au revoir pour prendre mon train lorsqu’il me dit cette dernière phrase, qui résonne encore en moi : «Bach est comme nous : il souffre, il crie, c’est ça violon seul… Seul, tu comprends ? »( ..) «Il crie, Bach », mais il trouve la paix avec le monde grâce à la musique. C’est la description du monde, comme si la « théorie des cordes » de Bach avait résolu le schisme ontologique entre l’infiniment petit et l’infiniment grand : il nous parle de cet instant zéro, l’instant éternel du commencement. Dieu, les hommes, la nature, l’évidence devant la complexité, la vie avant tout. C’est la courbe du monde sous la lumière des astres.
David Grimal
(...)Plutôt qu’une transcription, plutôt qu’une étude saturée de révérence et de
mythologie, je préfère donc faire écouter ma propre vision, partielle et subjective, de cette musique : une vision que j’espère réincarnée, non mythologique, peut-être simplement humaine de l’oeuvre de Bach.
Brice Pauset,
novembre 2008

