Ben Kweller
Ben Kweller

 Vous souvenez-vous de l'époque où les mecs qui faisaient du rock en solo gouvernaient les hit-parades, où vous ne pouviez pas allumer la radio sans entendre "Free Fallin'" ou "Born in the U.S.A." ? Ben Kweller n'en a rien oublié. Le nouvel album du chanteur de 25 ans -intitulé Changing Horses, rappelle l’époque ou Petty et Springsteen  ont donné  un coup de jeune à leur rock, et sont devenus encore plus célèbres qu’ils ne l’étaient déjà.

Sur ce troisième album paru chez ATO Records, Kweller utilise un grand nombre d'instruments différents : guitares acoustiques, électriques, basse, piano, glockenspiel, tambourin, xylophone, orgues, batterie, harmonica, et même du triangle. Le tout surplombant des harmonies vocales chatoyantes, afin de créer une œuvre à jamais mélodique, doucement nostalgique, qui montre la profondeur de l’art de cet auteur-compositeur en perpétuelle évolution.

Non seulement ce natif de Greenville (Texas) utilise beaucoup plus d’instruments que sur ses deux albums précédents, mais en plus il joue lui-même de tous ces instruments – de la guitare-slide à la batterie. « C’était intimidant de tout jouer moi-même », dit Kweller. « Certaines personnes de mon entourage pensaient que c’était une idée folle, mais la récompense est d'autant meilleure que l’idée de départ était dingue. »

Il a trouvé un véritable coach en la personne du producteur anglais Gil Norton (Pixies, Foo Fighters), vers qui il s’est tourné pour l’aider a réaliser son projet. « Gil m’a donné de l’assurance pour montrer aux gens que je pouvais faire ça », dit-il. Norton a aussi exercé la fonction d'arrangeur pour Kweller.  « Il est excellent pour trouver la quintessence d’une chanson ou d’une mélodie et la mettre au premier plan. » Ensemble, ces deux-là étaient partis pour créer un véritable mur du son. « J’ai toujours été pour garder les premières prises et préserver leur pureté en ne les surchargeant pas » dit Kweller, « mais il y a quelque chose à l'opposé de ça qui peut être magnifique aussi. »

En effet, la production de Ben Kweller est en complet contraste avec celle de son précédent album, On My Way, qui a été enregistré en live dans une chambre, sans casque et presque sans effets. Kweller dit du nouvel album qu'il y a « une différence entre simple et simpliste », qu'on peut « avoir des tonnes d'instruments, mais donner encore plus de caractère à l'ensemble s'il est bien dirigé. »

 

Changing Horses pourrait bien être l'album le plus direct de Ben Kweller. L’écriture est linéaire et concentrée, avec des textes sur la liberté et les voyages. Le morceau d’ouverture "Run", un retour nostalgique sur la vie de bohème de Kweller, donne le ton, tandis que l’estival "I Gotta Move" nous amène à la pensive berceuse "Penny on the Train Track", où Kweller songe à ses drôles de retrouvailles avec un ancien ami qui est maintenant policier. « J’étais au Wal-Mart à Greenville à la recherche d’un piège à souris, lorsque j'ai rencontré un copain de lycée qui m'a montré son insigne. Cela a été un grand moment pour moi de réaliser que nous grandissons tous. De penser que quelqu’un avec qui j'avais fait les 400 coups est devenu flic ! »

 

L’album contient également beaucoup de chansons sur l'amour et les relations, typiques du style de Kweller, comme le mélancolique "Sundress", le très émouvant "Magic", le nostalgique "Until I Die" et le torturé "Nothing Happening", qui raconte la perte d’un ami. Ensuite, vient "Thirteen", une ballade au piano que Kweller considère comme le chef d’œuvre de l’album.

 

« "Thirteen" fut une découverte pour moi », dit-il. « En temps que songwriter d'obédience pop, tu as toujours la pression pour écrire des refrains faciles à reprendre en chœur. Dernièrement je me suis rendu compte de l’importance de privilégier l’émotion aux structures classiques des standards pop. Avec "Thirteen" j'ai accumulé les couplets, et à aucun moment je n’ai ressenti le besoin d’écrire un refrain. Les paroles de la chanson tendaient à l'auto-biographie. Toutes les émotions se déversaient de moi pendant que je les écrivais. Je pensais à ma femme Liz et à tous ce que nous avons traversé ces huit dernières années. Je pensais aussi aux amis qui vont et viennent, aux gens que tu penses à tort bien connaître, aux  surprises de la vie, les bonnes et les mauvaises. »

 

Kweller a beaucoup évolué depuis qu’il a quitté le lycée au milieu des années 90 pour jouer du rock’n’roll avec son premier combo ado-punk Radish. Quand le groupe a splitté en 1999, Kweller a déménagé à Brooklyn pour entamer sa carrière solo. Il a traîné avec la scène Anti-Folk de New-York et auto-produit un album intitulé Freak Out It's...Ben Kweller, qui a retenu l’attention d'Evan Dando, de Jeff Tweedy, et même de Dave Matthews qui fit signer Kweller sur son label indépendant ATO.

2002 fut l'année de l'album Sha Sha, où l’on retrouve des influences allant de la pop-folk délicate au rock endiablé. Il fut suivi en 2004 de On My Way, salué par la critique pour son charme étrange et son mélange d'harmonies vives et agiles, brillantes de power-pop. Aujourd'hui, par ses clins d'œil aux héros du rock des années 70 et 80, Kweller passe à l’étape suivante de sa carrière, et s’apprête sans doute à devenir le meilleur rocker du moment.

Autres oeuvres
1
L'album
Changing Horses
Ref
 RC69

1
 Gypsy Rose
2
 Old Hat
3
 Fight
4
 Hurtin' You
5
 Ballad of Wendy Baker
6
 Sawdust
7
 Wantin' Her Again
8
 Things I Like To Do…
9
 On Her Own
10
 Homeward Bound
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