Anthony Joseph
Biographie

Tout a commencé un jour de carnaval, quand ses parents se sont rencontrés. Un classique sous les tropiques. C’est ainsi qu’Antony Joseph est né le 12 novembre 1966, le jour de la fête de diwali, un rituel hindou qui célèbre le passage de l’obscurité à la lumière. C’est moins classique. L’anecdote éclaire la suite de l’histoire de ce preacher illuminé par une vision du monde, un tout cosmique dont la musique n’est qu’une communion organique. Voilà ce dont parle entre les lignes l’alchimie de cet apprenti-sorcier, un mix rétro-futuriste et une méta-fiction surréaliste où son tambour de bouche fait raisonner sur l’autel du groove les hymnes des grand-messes baptistes de son enfance, mais aussi le verbe tout en verve des Calypsonians, ces chantres aux rimes bien ajustées. A l’égal des beat poètes, à l’image des jazz prophètes, à l’instar des rappeurs esthètes, Anthony Joseph invoque les esprits du voodoo funk et de la soul spirituelle en une spectaculaire odyssée à travers toute la Great


Black Music. « J’aime à penser que nous jouons la bande-son d’un territoire où toutes les diasporas noires se retrouvent ensemble. L’Afrique, les Amériques et les Caraïbes en un son. »

« Bird Head Son ». C’est donc lui, en fait un sacré type qui ne jure que par la spiritualité, un rien de swing magique au creux des reins. Lui et tous les fantômes qui peuplent son esprit. Une diablesse vampirique et un cousin country, la tendresse d’une grande-mère et l’absence d’un père, un grand-père et le souvenir douloureux de ses battoires, un frère et tous les non-dits, l’âme d’un ami retrouvé au milieu de la jungle, « ce territoire qui conserve les traces de nous tous, malgré les aléas de la vie ». « Bird Head Son », c’est aussi une chanson, « un cri primal » à l’heure de l’exil anglais et un constat amer lors des retrouvailles avec cet archipel qui a baigné ses vertes années. Pour l’accompagner dans les tréfonds de sa mémoire, pour y creuser au plus profond ce sillon originel qui va de l’intime à l’universel, Anthony Joseph a choisi de s’entourer des siens. L’esprit de famille, on y revient.

Tout d’abord le Spasm Band – double référence aux orchestres de rue tels que décrits par Louis Armstrong dans son autobiographie, mais aussi aux spasmes provoqués par les psalmodies baptistes –, un groupe d’amis du Sud de Londres qu’il forma voici dix ans lors de la lecture de sa toute première nouvelle au titre éminement symbolique: “The African Origins Of UFOs”. Ce trio basse-percussions-saxophone, noyau dur de « Llego de lion », qui donnait son énergie nucléaire à ce premier essai est désormais rejoint par d’autres électrons libres. Des percussionnistes, des voisins de palier, un guitariste branché « black rock », et trois invités qui apportent, chacun à sa manière, une note supplémentaire à cette synthèse syncrétique : les fines lamelles de David Neerman, au vibraphone éclectique ; le souffle du tromboniste Joe Bowie, fondateur des légendaires Defunkt ; et le toucher blue funk de Keziah Jones, ami de longue date d’Anthony Joseph. « L’univers finit toujours par assembler de manière harmonieuse les choses qui doivent être réunies. »
 

Autres oeuvres
2
Rubber Orchestras

Anthony Joseph, créole griot

« The griot is the sound of universal culture. »Cette phrase d’ouverture de son nouvel album donne la clef d’accès à l’univers d’Anthony Joseph, poète et musicien né le 12 novembre 1966 à Port Of Spain en 1966. Le jour de la fête de diwali, un rituel hindou qui célèbre le passage de l’obscurité à la lumière. L’anecdote éclaire la suite de l’histoire de ce preacher illuminé par une vision du monde, un tout cosmique dont la musique n’est qu’une communion organique. C’est dans cette île peuplée de troubadours, de légendes orales et des soubresauts du carnaval, qu’il va grandir, avant de traverser l’Atlantique. En 1989, il atterrit en Grande-Bretagne. Il va bientôt devenir un homme de la grande ville, sans oublier ses racines rurales. Collectionneur de vinyles, esthète de la Great Black Music, du blues roots à la deep house, le Londonien s’illustre vite sur la scène « black rock » puis dans les réseaux du spoken word. Tout en peaufinant une écriture, dont atteste un premier recueil poétique « Desafinado » en 1994, suivi quatre ans plus tard de « Teragaton ». Anthony Joseph cultive ainsi la différence de son style, créolisé par nature et ouvert à toutes les expressions artistiques. En 2004, il sera sélectionné pour être l’un des cinquante auteurs originaires des communautés de l’ex-empire pour la photo « The Great Day », qui renvoie au fameux cliché jazz pris à Harlem en 1958. Dès lors l’histoire s’accélère pour ce sorcier des sons et des sens, qui va pouvoir réunir toutes ces passions en un projet.
 
Ce sera le Spasm Band, un groupe à géographie et géométrie variables. « Pour moi, la poésie est musique. Elle se doit d’être scandée, chantée, déclamée. » Alors qu’il publie un essai intitulé « The African Origins Of UFOs », Anthony Joseph enregistre en 2006 « Llego De Lion », un album qui le hisse au niveau international. Il y joue « la bande-son d’un territoire où toutes les diasporas noires se retrouvent ensemble » Congo punk et voodoo funk, jazz ésotérique et reggae atypique, sa démarche syncrétique enflamme les scènes. Trois ans et bien des shows bouillants plus tard, il signe un second opus, l’autobiographique « Bird Head Son », référence au surnom dont il était affublé gamin. La formule s’enrichit d’électrons libres, dont le tromboniste Joe Bowie et le guitariste Keziah Jones, sans perdre l’énergie nucléaire qui fondait l’originalité du Spasm Band, un nom qui
 rappelle les spasmes provoqués par les psalmodies baptistes. On pourrait en dire tout autant des performances irradiantes de ce groupe.
C’est d’ailleurs à la fin d’une longue tournée européenne, qu’Anthony Joseph et le Spasm band se sont « enfermés » plusieurs semaines durant le rude hiver  londonien 2011. Histoire de faire chauffer les grooves
incendiaires qui irradient « Rubber Orchestras », son nouvel album. Si la formation a bel et bien changé – le batteur Michel Castellanos et le joueur de congas Oscar Martinez aux congas ont rejoint le saxophoniste/flûtiste Colin Webster, le bassiste Andrew John et le guitariste Christian Arcucci –, la formule alchimique reste la même, tout comme les intentions qui s’entendent entre les lignes du titre. « L’idée de Rubber Orchestras m’est inspirée par des vers du poète surréaliste Ted Joans. Quand je les ai lus, une étincelle a jailli dans ma tête. J'ai immédiatement su que ce poème résumait ce que j'essayais de faire avec ma poésie : une sorte de signification flexible, une écriture mutante basée sur la langue spontanée. Comme du caoutchouc ! » Une prosodie qui renvoie à la variété des ambiances de cet album, où la nouvelle rythmique cubaine imprime des cadences plus « calypso rock » en surimpression de la trame « voodoo funk ». « Même s’il y a toujours les Caraïbes et le jazz, cet album sonne un peu plus rock, le son est bien plus lourd de par la présence d’un batteur. De même, nous avons essayé d'être plus concentrés sur les chansons. Il s’agit d’une évolution naturelle, essayer d’harnacher l'énergie de ce groupe en construisant des chansons. » Suivant ce sillon fertile, les textes s’ancrent plus profondément sur le terrain politique : « Un livre, lui aussi intitulé Rubber Orchestras, paraîtra en novembre. Rien d’autobiographique comme le précédent, mais un récit en trois parties nettement plus expérimental. J’y aborde le passé colonial des Caraïbes, l’héritage amérindien,le passé africain. La langue est plus de surréaliste et le texte plus politique. » Mais que l’amateur de groove ne déchante pas, il y sera encore question de musique, de jazz et de calypso, de tout le reste…

Pour en savoir plus
L'album
Rubber Orchestras
Ref
 NV823411
Code ean
 3298498234114
Prix
 AD070
Format
 Digipak

1
 Griot…
2
 Started off as a dan…
3
 She is the sea…
4
 Cobra…
5
 Tanty Lynn…
6
 Bullet in the rocks…
7
 Money Satan…
8
 Speak the name…
9
 Damballah…
10
 Generations…
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