
Ambroisie est un pari avant tout autre chose. Car son penchant naturel vers le répertoire classique ne bride pas sa volonté d’ouverture et c’est en médiateur actif et créatif qu’il envisage son rôle auprès des talents émergeants. Ce "laboratoire expérimental" offert aux jeunes talents souhaite tendre vers un accès plus large de la musique classique, provoquer un élargissement du champs culturel.
Le destin du jeune label né avec l'année 1999 s'est depuis noué autour d'Amarillis (un trio extensible selon les répertoires), d'Héloïse Gaillard (flûte à bec et hautbois baroque), d'Ophélie Gaillard (violoncelle), de Violaine Cochard (clavecin), d'Éric Speller (hautbois) et d'Olivier Peyrebrune (piano). Cette sélection volontairement restreinte est à la mesure des modestes moyens du label, qui préfère se montrer modéré mais efficace, pour ensuite élargir, lorsqu'il sera financièrement en mesure de le faire, son sérail. Elle reflète également le souhait d'Ambroisie de travailler avec des artistes d'exception capables de rayonner dans plusieurs répertoires, sur plusieurs instruments et au sein de plusieurs formations. Leur point commun : une même exigence pour trouver le ton juste dans chaque répertoire. A ces jeunes musiciens se sont ajoutés d'autres, plus confirmés : Philippe Cassard, Christophe Rousset entre autres, bientôt rejoints par d'autres encore.
C’est avec eux qu’Ambroisie avance, confiant en l’avenir : celui de jeunes artistes en qui je crois profondément, celui de projets inédits et originaux qui tendent à revaloriser la musique classique et ses interprètes, celui d’une culture accessible et naturelle.
Une initiative courageuse, un pari, sûrement. Une structure, en tous cas, prête à s'investir pour le rayonnement des jeunes talents, en France comme à l'étranger, au disque comme en concert.
Nicolas Bartholomée
Le piano avant la musique Arpenter l'oeuvre de Debussy pour l'instrument qu'il exerçait, le piano, est comme ouvrir un livre sur l'histoire du langage musical. Tout ce que cet interprète de Schumann et de Chopin a pu recevoir de "bonnes manières" dans l'art de la composition y trouve sa place : le piano de Debussy est toujours autant "piano" que "de Debussy". Certes, tous les pianismes issus du langage romantique se mettent au service d'un projet poétique toujours original, et proprement debussyste quant à lui (adjectif qui recoupe un vaste territoire allant de raffiné à vague) ; ils ne cèdent cependant jamais tout à fait, et savent imposer leur présence dans une construction qui intégre en permanence une conscience "de ce qui sonne" et de "comment les Anciens s'y sont pris" pour que cela sonne. Pas de grand soir musical dans la littérature pour piano de Debussy : consubstantiel au salon et aux aménités du discours à soi-même, l'instrument ne se prête pas aux révolutions autres que poétiques. Le ton peut changer, pas le vocabulaire.

